Mémoires cTOmer Talon, t. VII, 2e partie, p
de la guerre civile, le prince de Conti l'interrompit et s'écria : « Le mot de guerre civile est une injure à Monsieur le Prince, M. le premier président n'aurait pas dû le prononcer ». Le premier président répondit: « Je n'ai parlé de guerre civile que par supposition et d'ailleurs, en la place que j'occupe, personne n'a le droit de m'imposer silence ». Toute la compagnie se rangea à l'avis de son chef et le prince de Conti, se voyant abandonné, fit des excuses : il affirma qu'il n'avait jamais eu le dessein d'offenser la compagnie, mais il ajouta qu'il lui avait été bien dur d'entendre parler de guerre civile et reprocher à son frère d'être capable d'une pensée aussi criminelle. Le premier président répondit qu'il avait seulement exprimé des craintes de troubles; « qu'il n'était que trop vrai que les éloignements des princes du sang et les lettres qu'ils écrivent au Parlement sont bien souvent les commencements des guerres civiles, témoin ce qui est arrivé en la personne de M. le prince de Condé, père, aïeul et bisaïeul1 ». Le premier président s'efforça d'amener une réconciliation entre le duc d'Orléans et le prince de Condé, mais il y réussit si peu que ces deux princes se rapprochèrent au contraire pour contraindre la reine à renvoyer ses ministres.
La reine dut en effet se séparer de Letellier, Servien et Lionne, et malgré ces satisfactions données au prince de Condé, celui-ci continua à rester hostile à la Cour. Il finit par déclarer qu'il serait satisfait si on lui donnait sûreté contre le cardinal Mazarin. Il obtint en effet arrêt en ce sens et Condé vint saluer le roi. Mais la réconciliation fut purement apparente.
Ces agitations continuelles perpétuaient le trouble dans l'État. La reine s'en rendait exactement compte et s'en plaignait, disant que partout, à la ville et ailleurs, il n'y