Mémoires cTOmer Talon, t. VII, 2e partie, p. 146 à
M. de Brienne donna lecture d'une déclaration datée du 17 août 1651 ; elle portait que pour faire cesser le prétexte que les malintentions de ses peuples prenaient sur le bruit, qu'ils faisaient courir eux-mêmes, que Sa Majesté voulait rappeler le cardinal Mazarin auprès de sa personne, le roi déclarait l'avoir exclu pour toujours de ses Conseils et banni de son royaume et défendait d'avoir commerce avec lui. La déclaration ajoutait que, le roi ayant donné satisfaction à ses peuples, il fallait qu'ils sussent le déplaisir qu'il recevait de la conduite de Condé, lequel ayant été comblé de biens et par le feu roi et par la reine sa mère et tiré naguère de prison à la prière de son oncle le duc d'Orléans et du Parlement, ayant été rétabli dans ses charges, gouvernements et places, ayant été pourvu du gouvernement de la Guyenne qu'il a désiré au lieu de celui de Bourgogne, ayant été payé de sommes immenses qu'il prétendait lui être dues, ayant été gratifié de tant de places qu'il a souhaitées, nonobstant toutes ces marques d'estime, il se dispensait de rendre à la reine ce qu'il lui devait et faisait des desseins préjudiciables à l'Etat. La déclaration continue en énumérant les principaux griefs du roi contre le prince : « il engage des gentilshommes à faire des levées et à se tenir prêts au premier signal ; il a renforcé les garnisons de ses places ; il en a fait fortifier d'autres de sa propre autorité ; il laisse croire qu'il conserve intelligence avec les Espagnols ; ses troupes ravagent les contrées qu'elles occupent1 ».
Le lendemain, Condé se rendit au Parlement pour demander qu'on lui fît son procès et en même temps il déclara qu'il ne s'était pas opposé au changement de ministère. Mais il récrimina contre le coadjuleur Gondi, l'accusant de vouloir faire prendre les armes au peuple.
1, Mémoires de Goulas, t. III, p. 377 à 579,
La délibération fut remise au surlendemain, mais le 21 août 1651, au lieu d'une discussion, il y eut au Parlement une véritable émeute et la vie du coadjuteur fut même un instant en danger; il ne fut sauvé que par le fils du premier président1. Pour mettre un terme à ces scènes de désordre, Anne d'Autriche défendit au prince de Condé et au coadjuteur de se rendre au Parlement. Le premier président fit remarquer à la reine que cette défense pouvait bien être faite au coadjuteur, mais qu'elle ne saurait s'adresser au premier prince du sang qui avait droit de séance et la reine, reconnaissant la justesse de cette observation, ne maintint la prohibition que pour Gondi. Pour en finir avec cette affaire et sur les instances du Parlement, la reine se décida à rendre une déclaration qui proclamait l'innocence du prince de Condé, condamnait la politique de Mazarin et promettait son exclusion perpétuelle. Mais il fut convenu que cette déclaration ne serait lue que le jour de la majorité du roi2. En même temps la reine rappela au ministère Châteauneuf, La Vieuville et Mathieu Mole, qui conserva la première présidence du Parlement.
Ce nouveau changement décida le prince de Condé à une rupture complète, bien qu'il eût obtenu satisfaction de la reine et qu'il ait pu constater par les dernières séances du Parlement que ses partisans n'étaient pas en majorité.
Le roi, ayant atteint sa majorité, se rendit, le jeudi 7 septembre 1651, au Parlement pour la déclarer et tenir son premier lit de justice. Cette cérémonie a été décrite dans tous ses détails par tous les mémoires contemporains; aussi suffira-t-il de rappeler les seuls faits qui offrent
1. Mémoires du cardinal de Retz, t. Il, p. 472 et suiv. ; Mémoires de Joly, p. 229 et 331 ; Isambert, t. XVII, p. 258.