Mémoires du cardinal de Retz, t. II, p
un intérêt politique et historique1. C'est dans cette séance que le greffier donna lecture de la déclaration qui proclamait l'innocence du prince de Condé. Deux jours auparavant, le Parlement avait enregistré une autre déclaration qui renouvelait tous les arrêts rendus contre Mazarin2. On espérait ainsi rendre le nouveau roi populaire, grouper autour de lui toute la noblesse et assurer définitivement la paix.
On fut bien vite déçu. Des' deux princes qui avaient joué un rôle sous la régence, le premier, Gaston d'Orléans, jusqu'alors gouverneur général du royaume, déclara que, son pouvoir ayant cessé, il allait se retirer dans son apanage, qu'il laisserait le Conseil du roi agir en pleine liberté et qu'il souffrirait tout du roi, même la suppression de ses pensions3. Il était visiblement découragé. A quoi l'avaient en effet mené toutes ces agitations? Il était bien obligé maintenant d'en reconnaître la stérilité. Quant au prince de Condé, il était, au contraire, si violemment exaspéré du changement de ministère qui l'obligeait à renoncer à toute domination, qu'il n'assista même pas au lit de justice. Il se rendit successivement dans le Berry et à Bordeaux où il fut reçu avec enthousiasme.
Le roi prépara une déclaration contre les princes de Condé, de Conti, la duchesse de Longueville, les ducs de Nemours et de Larochefoucault. Elle provoqua au Parlement une discussion orageuse dans laquelle on contesta, avec quelque apparence de raison, au premier président le droit de siéger parce qu'il avait scellé la déclaration en
1. Voy., sur ce lit de justice, Isambert, t. XVII, p. 258; Mémoires de Joly, p. 241; Mémoires de d'Ormesson, t. II, p. 652; Mémoires d'OMER Talon, t. VII, p. 160 et suiv. ; Mémoires du cardinal de Retz, t. II, p. 254; Mémoires de Goulas, t. III, p. 404; Mémoires de Mme de
MOTTEVILLE, l. III, p. 427.