‹ Le parlement de ParisChapitre 188 sur 238 · Voy. les Mémoires de Goulas, op. et loc. cit · texte numérisé non relu

Voy. les Mémoires de Goulas, op. et loc. cit

qualité de garde des sceaux. De plus le Parlement éprouvait des hésitations et le premier président s'était rendu impopulaire à ce point qu'un jour son hôtel fut assiégé par la populace et que sa vie courut de nouveaux dangers. On en voulait au Parlement de se rapprocher de la Cour contre les princes et on se demandait s'il n'en viendrait pas à tolérer le retour de Mazarin. Mais bientôt le Parlement n'eut plus d'hésitation. Le prince de Condé avait définitivement levé l'étendard de la révolte ; la flotte espagnole était entrée dans la rivière de Bordeaux et la guerre civile éclatait de nouveau de divers côtés. Les parlements d'Aix, de Toulouse, de Dijon, de Rouen s'étaient prononcés contre les princes. Le Parlement de Paris reconnut que le moment était venu d'enregistrer la déclaration que le roi avait rendue contre eux.

Le 2 décembre, le parquet du Parlement reçut du prince de Condé un mémoire justificatif : le prince déclarait qu'il avait fait connaître au roi pour quels motifs il avait pris les armes et il voulait en rendre également compte au Parlement. Les gens du roi l'apportèrent sur le bureau et déclarèrent qu'il n'y avait pas lieu de le lire, mais de l'adresser au roi parce qu'il venait d'un prince révolté. Puis on revint à la question de l'enregistrement de la déclaration du roi. Le duc d'Orléans qui était présent, voyant qu'il ne pourrait pas empêcher cet enregistrement, préféra se retirer. En vain lui dit-on que cette formalité faciliterait le retour de Mazarin ; il répondit que ce retour n'était pas à craindre après les promesses réitérées et solennelles de la couronne. Mais on oubliait que le jeune roi, devenu majeur, n'avait pris aucun engagement. Quoi qu'il en soit, le duc d'Orléans s'étant retiré, on alla aux voix et deux opinions furent proposées, l'une d'enregistrer la déclaration, de prier le duc d'Orléans de continuer ses bons offices et de rappeler que si le procès était fait à Monsieur le Prince, il fallait le tra-

duire devant le Parlement, le roi y étant présent selon les anciennes lois du royaume. L'autre avis consistait à ne pas enregistrer la déclaration, mais on rendrait arrêt comme en 1615 pour défendre à toutes personnes de faire des levées de gens de guerre et de porter les armes contre le roi. Le premier avis l'emporta. Les intrigues n'en continuaient pas moins de toutes parts. Le prince de Condé négociait secrètement à la fois avec les Espagnols et avec le cardinal. Aux uns il offrait Danvillers dont le prince de Gonti était gouverneur; quant à Mazarin, il lui promettait pleins pouvoirs à la condition d'obtenir le château de Blaye et le gouvernement de Provence pour le prince de Conti. De son côté le Parlement chargeait le duc d'Orléans de travailler à la paix et de s'occuper de la plainte des gens du roi contre le cardinal Mazarin. Enfin on sut bientôt que Mazarin négociait en secret avec la Cour pour reprendre le pouvoir1. Aussitôt la noblesse, le Parlement, la Ville, le peuple se coalisèrent pour ainsi dire d'instinct contre le cardinal. Celui-ci avait trouvé le véritable moyen de se rendre populaire en travaillant à une paix glorieuse pour la France avec l'Espagne. Mais le peuple ignorant se porta en tumulte, le 6 décembre, au palais du duc d'Orléans pour demander la paix au duc. Celui-ci répondit imprudemment qu'il ne s'occupait pas d'affaires et qu'il fallait s'adresser au premier président. Aussitôt la populace se porta en tumulte devant l'hôtel de ce magistrat. Mole fut encore une fois admirable de dignité et de sang-froid ; il fit ouvrir toutes les portes pour que chacun pût entrer. Aussitôt la foule fit irruption, l'injuria en l'appelant Mazarin et quelques-uns le menacèrent même de leurs poignards. Le maréchal de Schomberg, qui était présent avec quelques capitaines suisses, offrit de mettre à la porte

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