‹ Le parlement de ParisChapitre 189 sur 238 · Mémoires de d'Ormesson, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires de d'Ormesson, t. II, p

toute cette canaille, mais le premier président refusa et, par la seule autorité de sa parole et de son geste, il parvint à calmer ces furieux et à les faire sortir. Au Parlement la haine contre Mazarin n'était pas moindre, et le 15 décembre, en présence du duc d'Orléans, l'orage éclata à la suite d'un discours du conseiller Machault. Partisan dévoué du prince de Condé, ce magistrat ne craignit pas de dire que tous les désordres procédaient de l'ambition de quelques personnes ecclésiastiques qui voulaient faire injure à l'une des branches de la maison royale. Le coadjuteur, piqué au vif, répondit qu'il ne pouvait souffrir que des membres de l'Église fussent ainsi maltraités. Machault répondit, avec plus de hardiesse encore que la première fois, qu'il avait en effet voulu l'attaquer parce que son désir d'être promu au cardinalat était une source des maux dont on souffrait. Le conseiller Durand alla plus loin. Il commença par prier les ecclésiastiques de se retirer, sous prétexte que son avis ne pouvait pas être dit en leur présence. On sait, en effet, que les clercs ne prenaient pas part aux affaires criminelles entraînant peine de mort. Mais on objecta que, dans une délibération de cette nature, un simple magistrat ne pouvait pas, par son seul avis, changer le caractère de l'affaire et la rendre criminelle. Aussitôt le conseiller Durand, sans attendre que le différend fût tranché, déclara que son avis était de mettre à prix la tête du cardinal en promettant une récompense considérable à celui qui amènerait en justice Mazarin, mort ou vif. Aussitôt de toutes parts s'éleva une grande clameur et tous les ecclésiastiques se retirèrent pour ne pas prendre part à un arrêt qui concluait à la mort. Cette proposition n'obtint d'ailleurs aucun succès. La délibération fut continuée encore pendant quelques jours et la proposition décrétée contre le cardinal fut définitivement écartée sur cet avis qu'il était contradictoire de décréter

contre un homme déjà banni. On proposa alors de ne décréter contre lui que pour le cas où il rentrerait, dans le royaume. Mais le président de Bellièvre, qui devait conduire auprès du roi une députation de huit conseillers pour lui adresser des remontrances, fit remarquer qu'il n'était pas convenable de s'irriter à ce point dans cette affaire tant qu'on ne connaîtrait pas les volontés du roi. Les présidents à mortier s'étant joints au premier président et aux conclusions des gens du roi, on finit par se décider à rendre un arrêt aux termes duquel « le président de Bellièvre et huit autres députés se rendraient auprès du roi pour l'informer de ce qui se passait sur la frontière ; que des conseillers seraient envoyés dans les provinces de Champagne et de Picardie pour dresser procès-verbal du retour du cardinal Mazarin, que défenses seraient faites aux maires et échevins desdites provinces de lui donner passage et que toutes déclarations et précédents arrêts donnés contre ledit cardinal et ses adhérents seraient maintenus et exécutés J » .

Retour Mazarin était en effet rentré en France ; il était à Sedan

le 25 décembre; le lendemain il en sortait et marchait sur Reims, à la tête de forces imposantes. En même temps le roi, pour désorganiser le Parlement, appelait auprès de lui le premier président. Le roi lui avait en effet donné les sceaux trois jours avant de sortir de Paris. Le premier président n'avait pas encore rempli ses fonctions nouvelles, mais il n'osait pas partir sans l'avis du duc d'Orléans; celui-ci lui ayant laissé pleine liberté, il s'empressa d'aller rejoindre le roi2. Le duc d'Orléans, malgré son intention de se retirer des affaires, ne put résister au désir d'ap-

1. Voy. sur ces différents points Mémoires cI'Omer Talon, t. VIII, 1" part., p. 26 à 50.

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