‹ Le parlement de ParisChapitre 192 sur 238 · Mémoires cI'Omer Talon, t. VIII, lre part., p · texte numérisé non relu

Mémoires cI'Omer Talon, t. VIII, lre part., p

ration commencée ne pouvait pas l'interrompre. A la Chambre des comptes, le prince de Condé eut un autre ennui. On décida qu'il aurait rang au-dessus du premier président, ce qui froissa tous les présidents qui se retirèrent, sauf un. A la Cour des aides, le prince de Condé fut tout à fait malmené. Le premier président lui dit à la face qu'il était criminel de lèse-majesté par lettres enregistrées au Parlement, qu'il avait combattu les troupes du roi, qu'il en avait les mains ensanglantées et qu'il avait suscité la guerre civile jusque dans Paris. Le prince de Condé lui ayant demandé s'il faisait ce discours en son nom ou par ordre de la Cour, le premier président lui répondit sur un ton hautain qu'en sa place il avait le droit de dire son sentiment et qu'il n'avait jamais été désarmé par sa compagnie. En définitive, toute cette tentative d'agitation tournait mal pour les princes. On se borna, au Parlement, à la Chambre des Comptes et à la Cour des aides, à prescrire des remontrances pour l'expulsion du cardinal Mazarin. L'assemblée de l'Hôtel de Ville demanda aussi l'éloignement du cardinal et le retour du roi à Paris. On lui proposa de se mettre en rapport avec les autres villes, pour les décider à agir dans le même sens auprès du roi. Mais ce projet fut repoussé à cause de sa hardiesse. On décida même de refuser toute espèce de secours pour assister les princes contre le roi. Il y a plus : le prévôt des marchands et les échevins vinrent se plaindre au Parlement de ce que les troupes du prince de Condé rompaient les ponts et jetaient l'épouvante tout autour de Paris, de sorte que toute communication avec le roi devenait impossible.

Le duc d'Orléans et le prince de Condé comprirent qu'il fallait négocier. Ils s'efforcèrent toutefois de le faire dans les conditions les plus avantageuses. Ils commencèrent par déclarer au Parlement qu'ils ne consentiraient à la

paix qu'à la condition de l'éloignement du cardinal Mazarin. C'était une manière de masquer leur défaite. Ils commirent une autre faute lorsqu'ils déclarèrent que la paix devait être faite par leurs seuls députés qui étaient le duc de Rohan, les sieurs de Chavigny et Goulas. Aussitôt le cardinal de Retz manifesta son mécontentement d'être exclu et souleva toutes sortes de difficultés. De son côté, le Parlement s'agite, fait venir le procureur général et lui donne ordre de se rendre à Saint-Germain pour supplier le roi, au nom du Parlement, des autres cours souveraines et de l'Hôtel de Ville, de faire cesser les désordres des gens de guerre. A Paris, il n'y avait plus aucune sécurité pour personne, pas même pour le duc d'Orléans qu'on insultait jusque dans son château. Les paysans, à dix lieues à la ronde, arrivaient tous dans la capitale avec leurs bestiaux et leurs meubles, pour échapper au pillage et à l'incendie. L'armée du roi et celle du prince de Condé étaient, en effet, aux portes de Paris et un conflit devenait imminent. Le Parlement essaya de négocier avec le roi et avec le prince de Condé pour obtenir une conférence et l'éloignement des troupes. Le prince promit de retirer ses troupes à dix lieues de Paris si celles du roi en faisaient autant. Le Parlement décide que les gens du roi iront négocier cette affaire à Saint- Germain. Il demande même au maréchal de l'Hospital, gouverneur de Paris, de se joindre à la députation. Mais le gouverneur répond qu'il ne peut pas quitter la ville sans un ordre du roi. Bientôt les événements se précipitent et deviennent tout à fait tragiques. Les troupes du roi ayant forcé le pont de Saint-Cloud, le prince de Condé en prévient le Parlement et demande que les bourgeois de Paris se joignent à lui pour repousser cette attaque. Six mille volontaires le suivent au Bois de Boulogne. Le prince de Condé tient conseil à Madrid. Il attaque Saint-Denis, s'en empare et fait la gar-

nison prisonnière. A Paris, rémotion est à son comble et le désordre règne partout. Le Parlement s'en plaint au duc d'Orléans et perd la tête. L'avocat général Talon l'adjure de ne pas se laisser intimider par l'émotion populaire, de continuer à rendre la justice avec fermeté, tout en faisant garder le palais par les bourgeois. C'est qu'en effet la foule s'ameutait tous les jours devant ses portes et la veille même des femmes étaient parvenues à pénétrer dans le passage qui séparait la première chambre des Enquêtes de la seconde; elles avaient injurié les commissaires; elles leur reprochaient de s'amuser à travailler à gagner de l'argent pendant qu'elles mouraient de faim. Sur ces entrefaites, on eut des nouvelles du voyage des gens du roi à Saint-Germain. Ils avaient non sans peine obtenu des passeports pour le gouverneur de Paris et pour M. de Béthune, député du duc d'Orléans. Le roi consentait à recevoir les remontrances du Parlement, mais il ne voulait pas, pour le moment, retirer ses troupes, car elles avaient peut-être déjà commencé leur attaque. Cette nouvelle indisposa vivement le duc d'Orléans; il fut profondément froissé de ce que le roi ne négociait pas avec lui, mais avec le Parlement. Sous prétexte de protéger cette cour, il lui envoya des gardes ; mais le Parlement les refusa1.

Le Parlement rendit un arrêt ordonnant d'itératives remontrances contre le cardinal2. Lorsque ses députés se présentèrent auprès du roi et que le président de Nesmond voulut lire les remontrances, le jeune roi fort irrité lui arracha le papier des mains et lui dit qu'il en parlerait à son Conseil. Le président, croyant que le roi agissait par ignorance, voulut lui expliquer que les remontrances se

1. Voy. sur ces divers points Mémoires cTOmer Talon, t. VIII, lre part., p. 125 à 185.

Page 1