‹ Le parlement de ParisChapitre 193 sur 238 · Voy. Isambert, t. XVII, p · texte numérisé non relu

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faisaient tantôt de vive voix, tantôt par écrit, selon la gravité des circonstances. Le roi lui coupa la parole et se borna à dire : « Retirez- vous, messieurs. » Jamais on n'avait assisté à pareil spectacle. Quelques députés insistaient pour qu'on donnât lecture des remontrances. La reine se fâcha à son tour et dit que cette insistance était un manque de respect envers le roi qui avait suffisamment fait connaître sa volonté. Le Parlement fut profondément affecté de cette réception, mais il fit en même temps preuve d'une grande sagesse : il persista dans ses remontrances, en adressa de nouvelles, tout en continuant à condamner la guerre civile. Les autres parlements suivirent presque tous cet exemple.

Convaincus de leur impuissance vis-à-vis des parlementaires, les princes essayèrent d'ameuter la populace contre eux. Le Parlement fut plus d'une fois assiégé et les magistrats coururent les plus grands dangers. Le Parlement demeura inébranlable dans sa fermeté. On aurait dit qu'il avait hérité des qualités de son premier président qui l'avait abandonné pour se rendre à Poitiers auprès du roi. Il résistait aux menaces des princes et de la populace, comme il avait résisté à leurs séductions et à celles de la Cour.

Tout en demandant l'éloignement de Mazarin et en assurant autant que possible la sécurité de la ville, le Parlement comprit qu'un rapprochement était plus facile avec la Cour qu'avec les princes. Les députés du Parlement s'étaient rendus à Saint-Germain à la fois pour satisfaire à la volonté du roi et pour demander l'éloignement du cardinal Mazarin au nom de la compagnie. Le roi leur fit entendre qu'il désirait une conférence à laquelle le Parlement enverrait des députés avec pleins pouvoirs. Dans la lettre que le roi avait écrite aux députés du Parlement, il reconnaissait tout le bien que sa cour de justice avait fait

pour la cause de l'État et se déclarait prêt à tenir compte de son avis, « Sa Majesté n'ayant rien tant à cœur que de donner la paix à son royaume et étant disposée d'embrasser tous les moyens possibles pour cette bonne fin ». Les députés firent relation, le 7 juin, au Parlement de leur entrevue avec le roi. En même temps le Parlement reçut de la reine de Suède une lettre par laquelle elle lui offrait sa médiation. On proposa de la renvoyer au roi sans délibérer. Mais Omer Talon s'y opposa en prouvant par des précédents que le Parlement avait maintes fois reçu des lettres de souverains étrangers du moment qu'ils n'étaient pas ennemis du roi. Le duc d'Orléans intervint à son tour, dans un but tout différent. Il demandait au Parlement de rompre toute négociation tant que le cardinal Mazarin ne serait pas sorti du royaume. L'avocat général Talon, dans l'assemblée du 10 juin, combattit cette proposition : il demanda et obtint l'envoi de députés pour ouvrir une conférence et pour demander aussi l'éloignement du cardinal. Talon fut très éloquent et ne craignit pas de reprocher au Parlement son indifférence. « Pour mettre fin à ces misères publiques, dit-il, nous souhaitons la paix et bien que les malheurs que nous ressentons soient les fléaux de la main de Dieu et la marque de sa colère, ils se produisent pourtant par nous-mêmes et par une certaine indifférence que nous avons des calamités publiques. La clameur des pauvres gens qui sont brûlés, pillés, assommés, réduits à la dernière extrémité, se lève de la terre pour demander justice au ciel1. » Ce discours produisit grand effet. Il fut arrêté : « que des députés porteraient aux pieds du roi l'assurance que ses officiers s'empresseraient à lui rendre tous les devoirs dont ils lui étaient débiteurs aussitôt après l'éloignement du cardinal Mazarin, lequel était la

1. Mémoires cI'Omer Talon, t. VIII, lre part., p. 186 et suiv.

seule et l'unique cause des maux de l'État, dans l'occurrence des affaires présentes. »

Les députés ayant insisté sur le renvoi de Mazarin, le roi leur répondit qu'il allait en délibérer et en effet deux jours après, le 16 juin, le roi envoya la réponse suivante par écrit : qu'il y avait sujet de s'étonner qu'une compagnie, animée de bonnes intentions et composée de tant de personnes sages et avisées, insistât si obstinément sur une chose que des sujets rebelles assistés des forces de l'Espagne prétendaient obtenir les armes à la main. Le Parlement de Paris eût agi plus prudemment en différant de délibérer sur ce sujet jusqu'à ce que les troupes fussent sorties du royaume. Cependant Sa Majesté, n'ayant rien tant à cœur que de donner la paix à ses peuples et satisfaction à son Parlement, se résoudrait à éloigner de ses conseils et à renvoyer hors du royaume le cardinal Mazarin, pourvu que cette condescendance eût pour effet de faire rentrer les princes dans le devoir, de rompre les ligues et associations formées tant au dedans qu'au dehors du royaume, de procurer la soumission de Bordeaux et des autres villes et provinces révoltées. Sa Majesté demandait au Parlement quelle garantie il pourrait lui offrir sur ces points. Cette réponse fort habile était visiblement l'œuvre de Mazarin et de Mathieu Mole ; on sut mauvais gré à celui-ci d'avoir adressé des reproches indirects au Parlement en qualité de garde des sceaux, en oubliant qu'il était aussi premier président.

Pendant ce temps les maux s'accumulaient sur Paris ; les marchands de la capitale écrivaient à leurs correspondants de ne leur envoyer ni marchandises ni lettres de change, car toute sécurité avait disparu ; ils n'avaient plus aucun crédit à l'étranger ni dans les Échelles du Levant. Seul le nombre des mendiants et gens de mauvaise vie se multipliait de plus en plus. Dans

les campagnes, les terres n'étaient plus cultivées *. Pour obtenir la paix, le Parlement comprit qu'il fallait avant tout une promesse des princes emportant soumission complète à condition du renvoi de Mazarin. Le Parlement engagea des négociations avec les princes qui prirent l'engagement demandé. Mais en même temps ils essayèrent d'attacher le Parlement à leur cause en ameutant la populace contre lui. Pendant que le duc de Beaufort ameutait la populace de la Place Royale pour faire piller le palais Mazarin, le duc d'Orléans annonçait qu'il viendrait violenter le Parlement, s'il ne faisait pas cause commune avec lui. Le Parlement fut tellement ému qu'il remit son assemblée. Quelques-uns seulement vinrent au palais; ils hésitèrent à rendre un arrêt d'union avec les princes et se retirèrent sans rien décider. Il fallut faire garder le palais par des compagnies de bourgeois. Malgré tout, le Parlement eut la sagesse et le courage de refuser tout arrêt d'union avec les princes ; rien ne put l'émouvoir, malgré l'émeute qui envahit le palais. Plusieurs magistrats furent blessés et nombre de personnes tuées (25 juin 1652). Proclamer l'union, c'eût été, en effet, reconnaître la légitimité de la guerre civile. Le Parlement s'en tint à un arrêt qui envoyait des députés au roi pour le supplier de renvoyer le cardinal; il s'engageait à se rendre ensuite avec les princes aux ordres du roi. Pendant toutes ces lenteurs, l'émeute grossissait de jour en jour. Les magistrats, n'ayant plus aucune sécurité, étaient moins nombreux dans les chambres. Le 27, le Parlement rendit arrêt donnant permission d'informer contre les coupables et d'obtenir monitoire. Les curés recevaient l'ordre de faire connaître à leur prône les injures dirigées contre les magistrats. L'Hôtel de Ville tenait aussi des assemblées

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