‹ Le parlement de ParisChapitre 194 sur 238 · Mémoires d'OMER Talon, t. VIII, iie part., p. 5 à · texte numérisé non relu

Mémoires d'OMER Talon, t. VIII, iie part., p. 5 à

pour pourvoir à la sûreté publique. Le nombre des pauvres et des misérables était si élevé, qu'on tint dans la salle Saint-Louis une assemblée où toutes les compagnies et corps de métiers furent convoqués, pour aviser à la situaion. On se décida à ordonner une aumône publique. Les conseillers se taxèrent à cent livres ; les présidents et maîtres des Requêtes à cent cinquante et les présidents de la Cour à deux cents livres. Le désordre fut à son comble, lorsque, à la suite de la bataille du faubourg Saint- Antoine où 2 000 hommes furent mis hors de combat, la ville fut obligée d'ouvrir les portes aux troupes du prince. Condé était maître de Paris, mais l'anarchie entrait avec lui dans la capitale, et la misère était telle que la vie matérielle devenait à peu près impossible. On en fut réduit à faire sortir tous les prisonniers de la Conciergerie, faute de pain pour les nourrir.

Le duc d'Orléans et le prince de Condé mettaient la ville en demeure de faire cause commune avec eux, et, comme le prévôt des marchands et les échevins ne pouvaient s'y résoudre, l'Hôtel de Ville fut attaqué et pillé; il y eut de nombreuses victimes et l'ordre ne fut rétabli que sur le tard par l'intervention de M. de Beaufort. Paris était dans la consternation et chacun rejetait la faute sur son voisin. Le duc d'Orléans témoigna d'une véritable douleur; quant au prince de Condé, il était d'avis de profiter de ces désordres pour se rendre maître de Paris. Le prévôt des marchands s'était empressé de donner sa démission, sur l'ordre des princes qui firent élire Broussel1.

On pouvait croire que la fortune des princes n'avait jamais été plus haute. Le duc d'Orléans, qui avait oublié sa promesse de se retirer des affaires, semblait maître du

1. Voy. aussi, pour tous les faits qui précèdent, Mémoires cTOmeiï Talon, t. III, 2e partie, p. 24 et suiv.

royaume. Le prince de Condé partageait cette souveraineté ; tous deux avaient à leur disposition les parlements et la bourgeoisie. Us se firent une telle illusion qu'ils songèrent à reconstituer le Parlement de Paris et décidèrent à cet effet qu'il serait tenu une assemblée générale. Le garde des sceaux Mole écrivit aux membres du Parlement pour leur défendre de se rendre à cette réunion. Les présidents et les gens du roi obéirent, mais quatre-vingts conseillers répondirent à l'appel du duc d'Orléans. Celui-ci se défendit d'avoir pris aucune part aux émeutes de l'Hôtel de ville ; il demanda que la justice reprît son cours et qu'on poursuivît les coupables. Le Parlement rendit arrêt portant « que, si la députation envoyée au roi depuis plus de quinze jours ne rapportait pas de réponse, il serait passé outre et qu'on délibérerait sur les affaires publiques ».

Mazarin comprit que le moment de parler était venu : il fit répondre au Parlement que le roi était disposé à écarter le cardinal, à la condition qu'auparavant les députés des princes réunis à ceux du Parlement présenteraient des propositions pour la paix. Cette réponse produisit une satisfaction générale. Seul le prince de Condé s'en irrita et proposa au Parlement de décider que la conférence s'ouvrirait seulement après le renvoi du cardinal. Cent dix conseillers votèrent cette proposition, dans une séance où les présidents s'abstinrent de paraître1. Tout était donc remis en question ; l'agitation reprit dans Paris soumis à la domination des princes. Les négociations devinrent plus irritantes et plus confuses. Le prince de Condé demandait au roi le bâton de maréchal pour Marcin et d'Ognon, un gouvernement pour M. de Nemours, des sommes considérables pour lui-même, moyennant quoi il s'engageait à faire revenir Mazarin dans les trois mois. Mais Mazarin

Page 1