Mémoires cTOmer Talon, t. VIII, 2e part., p. 40 et suiv
repoussait ces propositions, parce qu'il tenait avant tout à traiter de la paix avec l'Espagne. Condé négociait aussi avec les députés du Parlement et parvenait même à les rappeler à Paris en grande pompe. Ils y revinrent avec une lettre du roi qui les mandait à Pontoise. Dans l'assemblée où ils rendirent compte de leur mission, le duc d'Orléans proposa d'en finir avec le cardinal qui trompait tout le monde. Trois avis furent émis : remercier le roi et lui demander de dispenser les députés du Parlement de se rendre à Pontoise; déclarer le duc d'Orléans régent ou lieutenant général de l'État jusqu'à ce que le cardinal eût quitté le royaume; prier simplement le duc d'Orléans d'user, en sa qualité d'oncle du roi, de ses bons offices pour établir la paix et éloigner le cardinal. Après bien des hésitations, on s'arrêta, par 74 voix contre 69, à un arrêt tout à fait extraordinaire : il déclarait que le roi n'était pas en liberté, mais prisonnier du cardinal ; le duc d'Orléans était prié d'employer l'autorité du roi et la sienne propre pour obtenir la liberté du roi et préserver le royaume de la ruine; en conséquence, on lui attribuait la qualité de lieutenant général jusqu'à la sortie du cardinal. Enfin le prince de Condé était prié de prendre commandement des armées et les officiers du roi étaient déclarés responsables de sa personne. On revenait aux extravagances. Pendant que le duc d'Orléans écrivait de nouveau au roi, mais en vain, pour obtenir l'éloignement du cardinal, le Parlement discutait sur l'exécution de l'arrêt qui mettait à prix la tête de Mazarin et sur les moyens de lui faire la guerre. Il établit sur les habitants de Paris une taxe générale semblable à celle des boues et lanternes, et ordonna la vente des meubles du cardinal. Le duc d'Orléans et le prince de Condé, mieux avisés, font accepter par le Parlement l'établissement d'un conseil de ses députés, sous la présidence du chancelier;
ils obtiennent de l'Hôtel de Ville l'établissement d'une taxe sur les portes cochères et les boutiques, au lieu de l'impôt proposé par le Parlement; ils se rendent à la Chambre des comptes et à la Cour des aides pour les décider à envoyer des députés au conseil; en réalité, pour faire reconnaître leur autorité par ces deux compagnies qui acceptent.
Mazarin voyant que la situation des princes se consoli- Le Parlement dait, et comprenant la nécessité de mettre fin au désarroi général, se décida à frapper un grand coup. Une déclaration du 1er août 1652 annula les dernières résolutions du Parlement et de l'Hôtel de Ville, interdit le Parlement de Paris, le transféra à Pontoise, et ordonna à tous les présidents et conseillers de se rendre dans cette ville1. Aussitôt que cette déclaration fut connue dans 'Paris, quinze magistrats du Parlement en sortirent et se rendirent à Pontoise sous divers déguisements. Le premier président Mole y vint également, ainsi que les pairs ecclésiastiques et laïques du parti de la cour. Le parlement de Pontoise enregistra, en présence du roi et d'un certain nombre de ses membres, la déclaration qui le transférait dans cette ville ; il décida ensuite la rédaction de remontrances pour obtenir le rétablissement de la paix et l'éloignement de Mazarin. Sur ce dernier point, le nouveau Parlement restait donc en parfait accord avec l'ancien2. Les magistrats demeurés à Paris continuaient à se réunir et à siéger comme s'ils avaient formé la cour de justice du roi. Ils décidèrent qu'ils ne liraient pas la déclaration royale, tant que le cardinal ne serait pas éloigné, et en même temps ils déclarèrent les magistrats de Pontoise indignes d'exer-
1. Isambert, t. XVII, p. 288; Mémoires cI'Omer Talon, t. VIII, 2e part., p. 45 à 73.