Mémoires de Talon, t. VIII, 2e partie, p. 75 et
cer aucune charge dans le Parlement de Paris1. Le parlement de Pontoise répondit en cassant l'arrêt rendu par le Parlement de Paris, qu'il taxait d'acte fait par des gens interdits et sans pouvoir. En même temps des lettres du roi transféraient la Chambre des comptes, la Cour des aides et les trésoriers de France hors de Paris2. L'anarchie était à son comble. Cette situation n'était pas faite pour déplaire à Mazarin. Celui-ci consentit à s'éloigner pour ôter tout prétexte à la guerre. Par une déclaration du 12 août, le roi fit connaître qu'il se séparait de son fidèle serviteur. En réalité, la rupture n'était qu'apparente et Mazarin, retiré à Sedan, continua à diriger les affaires. On voulait seulement enlever aux princes tout prétexte à la continuation des hostilités. Le Parlement, le 20 août, déclara que le roi ayant fait le premier pas, il fallait désormais une obéissance absolue au roi, et on prévint dans ce sens le duc d'Orléans. Celui-ci vint à la compagnie, accompagné du prince de Condé, et promit de mettre bas les armes, moyennant l'éloignement du cardinal. Tous deux demandaient en même temps des passeports au roi. Mais on leur répondit qu'il fallait avant tout désarmer. Les affaires semblaient se compliquer encore une fois, lorsque le roi promulgua le 26 août, sur l'avis du cardinal, un édit d'amnistie générale, sous la seule condition de poser les armes dans les trois jours qui suivraient la publication de cet édit par le Parlement séant à Pontoise. Le préambule de cet édit est particulièrement remarquable; il contient un résumé de tous les faits qui ont agité les dernières années de la régence. Le roi dit qu'il y avait lieu d'espérer qu'à sa majorité tous les sujets ne respireraient plus que l'obéissance due, mais il constate qu'au contraire le prince
1. Mémoires du cardinal de Retz, t. III, p. 236; Mémoires de Talon, t. VIII, 2- partie, p. 78.
2, Mémoires d'OMER Talon, t. VIII, 2e part., p. 81,
de Condé, qui était déjà lié avec les Espagnols, a fait une ligue avec le prince de Conti, la duchesse de Longueville, les ducs de Nemours et La Rochefoucauld, et pris ouvertement les armes contre le roi, dans le Berry et en Guyenne, pendant qu'à Paris le duc d'Orléans, d'accord avec le prince de Condé, traversait en toutes choses l'autorité du roi. L'édit rappelle très habilement que le projet des princes était d'assujettir à leurs intérêts la ville de Paris et le Parlement; que, n'ayant pas pu y réussir, ils ont ameuté la populace contre l'assemblée générale de la ville et le Parlement, et fait massacrer des magistrats et des officiers, qu'ils ont même appelé à leur aide les Espagnols des Pays-Bas. Malgré tout, le roi fit connaître qu' « oubliant leur faute lorsqu'ils les reconnaissent et s'en désistent, nous avons désiré, en faisant connaître au public nos intentions sur ce qui s'est passé depuis les présents troubles, donner des effets de notre bonté et clémence à tous ceux qui se sont éloignés de leur devoir, pourvu qu'ils y rentrent sincèrement et actuellement1 ». Cette déclaration d'amnistie fut vérifiée au parlement de Pontoise le 26 août, et ensuite envoyée à Paris. Certains magistrats l'apprécièrent très sévèrement; Orner Talon lui reproche de justifier tous les actes du cardinal Mazarin, même le transfert du Parlement à Pontoise ; il critique les magistrats qui ont quitté Paris, car cette translation autorisait à croire que le roi peut changer le Parlement de résidence, ce qui n'est vrai qu'autant que le roi a perdu toute autorité dans la capitale, comme on en eut des exemples pendant la guerre des Anglais et pendant la Ligue. Enfin Omer Talon ajoute que les magistrats de Pontoise étaient aussi esclaves de la cour que ceux de Paris étaient soumis à la volonté des princes2. Lorsque