Mémoires (I'Omer Talon, t. VIII, t part., p. 92 à
l'affaire vint au Parlement, il y eut grande agitation, et les avis les plus divers furent proposés. Messieurs de la Grand'Chambre demandaient que les princes commençassent par exécuter leurs promesses en désarmant leurs troupes; puis on irait trouver le roi; d'autres étaient d'avis de prier le duc d'Orléans d'écrire au roi pour obtenir des passeports. Broussel, toujours belliqueux et porté à la violence, voulait qu'on se fortifiât à Paris pour repousser le cardinal. Le prince de Condé, oubliant toutes ses promesses, déclara qu'il ne déposerait pas les armes, tant qu'il n'aurait pas obtenu ses sûretés. Enfin on rendit un arrêté qui remerciait le roi d'avoir arrêté le cardinal, et le suppliait de rentrer dans Paris. Le duc d'Orléans était prié d'écrire au roi que lui et le prince de Condé portaient les armes, qu'en conséquence ils demandaient des passeports pour les étrangers et une amnistie pour tous. Talon affirme que cet arrêt ne fut obtenu que par surprise et par violence. Les présidents de Némond et de Longueil auraient employé toutes sortes de moyens pour falsifier les votes. A la Chambre des comptes et à la Cour des aides, qui avaient reçu ordre de quitter Paris, on décida d'adresser des remontrances au roi et de cesser de remplir les charges pour donner au roi une preuve d'obéissance. De son côté, l'assemblée de l'Hôtel de Ville adressa au roi des remerciements et insista pour obtenir une paix définitive. Quoi qu'en dise Omer Talon, la déclaration du roi avait partout répandu la satisfaction et ruiné la cause des princes. Ceux-ci comprirent si bien qu'ils étaient perdus, qu'ils songèrent à négocier sérieusement. Mais le roi, sentant maintenant sa force, entendit bien en profiter. Les princes ayant demandé des passeports, on les leur refusa. Ils essayèrent de s'adresser au Parlement de Paris, et, comme on l'a vu, ne furent pas plus heureux. D'ailleurs, le Parlement était lui-même en pleine déroute, et chaque jour le
parlement de Pontoise devenait plus nombreux. Le cardinal de Retz, toujours désireux de jouer un grand rôle, alla trouver le roi le 9 septembre à Compiègne pour prendre son bonnet de la main de Louis XIV, et en même temps pour traiter au nom du duc d'Orléans1.
Mais le roi, bien informé par Mazarin sur le caractère de ce personnage, l'évinça poliment en lui disant qu'il était disposé à rentrer à Paris à la condition « que les Parisiens fissent quelque chose pour hâter ce retour en ne souffrant plus le retour violent de ceux qui voulaient faire durer les troubles ». Le 14 septembre, le corps de ville envoya des députés auprès du roi qui refusa de les recevoir : il s'écria même qu'il s'étonnait qu'un prévôt des marchands nommé par des factieux osât paraître devant lui. Le Parlement de Paris ayant demandé audience pour présenter ses hommages fut également repoussé : « attendu que les officiers réunis à Paris étaient des rebelles, en contravention manifeste avec les ordres de Sa Majesté qui avait transféré son Parlement à Pontoise2 ». Ce reproche était certes mérité, car le Parlement de Paris continuait à refuser de publier la déclaration d'amnistie.
Le Ghâtelet reçut du roi l'ordre de procéder à cette publication vérifiée à Pontoise; mais le Parlement de Paris lui fit des défenses et en fait le Châtelet ne procéda pas à la publication. Le parlement de Pontoise fut tout autrement traité ; il n'était pas en état de révolte vis-à-vis du roi ; on lui reprochait même d'en avoir exécuté les ordres trop servilement. Aussi le roi consentit à recevoir ses remontrances sur les affaires de l'État, mais pour lui donner une leçon et des ordres impératifs : « Toute autorité, répondit le roi dans ses lettres patentes, nous appartient. Nous la tenons de Dieu seul, sans qu'aucune per-
1. Voy. Mémoires d'OMER Talon, t. VIII, 2e part., p. 89 à 98.