‹ Le parlement de ParisChapitre 201 sur 238 · Mémoires de Mme de Motteville, chap. 24, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Mme de Motteville, chap. 24, t. II, p

guerre et des finances, mais même et aussi celles de la justice.

Il est certain que le Parlement n'était pas organisé pour prendre part aux affaires politiques. Ce rôle ne lui convenait pas ; il était aussi incompatible à son origine qu'à l'esprit de ses membres. Le Parlement n'avait été pendant des siècles qu'une cour de justice et, lorsque le pouvoir royal avait voulu donner à une assemblée une participation aux affaires publiques, il avait convoqué les États Généraux. Sans doute ceux-ci avaient cessé d'être réunis souvent, mais c'est précisément parce qu'ils n'avaient pas rendu les services qu'on attendait d'eux. D'une part, ils n'avaient aucune force vis-à-vis de la royauté à laquelle ils ne pouvaient soumettre que des vœux ; d'autre part les membres des trois ordres ne songeaient trop souvent qu'à leurs intérêts personnels et ne comprenaient pas encore les besoins de l'Etat. Les instructions que recevaient les députés de la province de Bretagne se ramenaient à deux points : refuser tout subside au roi, sauvegarder les privilèges de la province. Les députés des autres contrées ne se conduisaient pas autrement. Aussi le roi était-il obligé d'agir contre ou sans l'avis des États Généraux. Ceux-ci tombèrent ainsi dans le discrédit ; ils n'étaient pour la monarchie qu'une gêne et la nation ne voyait pas bien clairement quels services ils pouvaient rendre. Aussi le roi put-il se dispenser, pendant de longues années, de les convoquer, et, lorsqu'on parla de les réunir au lendemain de la majorité de Louis XIV, cette nouvelle ne produisit aucun effet sérieux dans la nation, bien que la France fût alors profondément troublée à l'intérieur et fût encore en guerre avec l'étranger. On sait que ces Etats Généraux furent convoqués et qu'ils ne furent pas tenus et aucune récrimination d'une certaine gravité ne s'éleva, pas même de la part des parlementaires,

Le Parlement espérait-il les remplacer? Certes, pendant ces troubles de la Fronde, le Parlement suivait un plan bien arrêté, qu'il ne craignait pas de dévoiler, tandis que les seigneurs s'en tenaient aux intrigues et s'attachaient à dissimuler leurs desseins. La Fronde seigneuriale nous aurait mené à l'anarchie, les seigneurs se seraient distribué les places, les richesses et l'autorité, sans parvenir à s'entendre entre eux. La Fronde parlementaire affirmait son respect pour la monarchie, mais elle voulait en limiter les pouvoirs.

Elle demandait la suppression des arrestations arbitraires et un certain contrôle en matière de finances, ainsi que le respect de l'inamovibilité des magistrats.

Ces prétentions étaient tout à fait sages. Mais le Parlement était-il bien l'assemblée qui devait et pouvait contrôler et limiter le pouvoir royal ? Là était son erreur. Un corps judiciaire ne saurait devenir une assemblée politique. On ne conduit pas les affaires de l'État comme on instruit et juge un procès. C'est ce qu'avait déjà judicieusement relevé le cardinal de Retz. « Le Parlement, écrivait-il dans ses Mémoires, comme toutes les compagnies établies pour le repos, ne pouvait être propre au mouvement1. » Les remontrances prenaient un temps infini et étaient une cause de discussions interminables. On nommait des rapporteurs, on procédait à des mesures d'instruction, on entendait les gens du roi, on rendait des arrêts et pendant ce temps, c'est-à-dire durant des semaines et même des mois, tout restait en suspens. Les remontrances pouvaient paralyser l'autorité du roi, mais non la limiter. Il ne faut pas oublier non plus que les hommes de loi, à raison même de leurs habitudes judiciaires, voient et jugent les affaires à un point de vue qui

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