‹ Le parlement de ParisChapitre 204 sur 238 · ISAMBERT, t. XVII, p · texte numérisé non relu

ISAMBERT, t. XVII, p

moins mal traité. Le roi s'attacha bien plus à le restreindre à ses fonctions judiciaires qu'à l'abaisser; il estimait sa cour de justice, reconnaissait tous les services qu'elle rendait à l'État et accordait la plus haute considération à ses magistrats. Mais il entendait que le Parlement ne se mêlât plus à l'avenir des affaires de l'État, pas plus d'ailleurs que de celles de la noblesse. Nombre de magistrats avaient depuis longtemps été attachés à des grands seigneurs. Ceux-ci les prenaient comme directeurs de leurs affaires politiques ou privées et ils attiraient à eux ces magistrats par des pensions ou autres bienfaits; une déclaration du 22 octobre 1655 interdit à l'avenir ces accords. Désormais les magistrats devront se réserver pour le service du roi. La même ordonnance enjoint « au Parlement de ne prendre connaissance des affaires générales de l'État et des finances ni de rien ordonner ou entreprendre pour raison de ce contre ceux qui en avaient l'administration, à peine de désobéissance1 ». On essaya bien, en province, de prendre cette déclaration pour prétexte à de nouveaux troubles, mais l'ordre fut facilement maintenu par les intendants, dont les fonctions venaient d'être rétablies. Quant au Parlement, il n'était pas encore soumis à l'autorité royale d'une manière absolue; il essayait de conserver une partie de sa force et, sous prétexte de police ou de service du roi, il tentait de s'assembler de nouveau. Or le seul mot d'assemblée jetait le ministère dans la terreur et mettait Louis XIV en fureur. On en eut bien la preuve dans le célèbre lit de justice que le roi vint tenir en costume de chasse, le 10 avril 1655, pour imposer silence au Parlement et lui défendre de s'assembler de nouveau. On a discuté à perte de vue sur le costume que portait le roi, sur le point de savoir s'il était

\. Voy. l'art, de Cousin, dans la Revue des Deux Mondes de mars

venu à l'improviste, de qui il était accompagné. Avait-il la cravache à la main? Quelle était la couleur de ses bottes? Ces recherches sont un peu puériles. Deux points seulement méritent d'être relevés : le roi n'est pas venu sans être attendu et il avait, au contraire, prévenu le Parlement de son arrivée ; mais elle fut si rapide qu'on n'eut pas le temps de le recevoir avec le cérémonial accoutumé. Celui-ci ne fut observé que pour sa sortie l. Le roi était d'ailleurs accompagné de toute sa cour qui l'avait suivi à la chasse et qui après la séance retourna avec lui à Vincennes. Cette entrée du roi froissa profondément le Parlement. Le roi affichait un sans-façon qui n'était pas dans ses habitudes et qu'on ne pouvait interpréter que comme une sorte de marque de mépris ou tout au moins de hautaine souveraineté. Mais ce fut un fait peut-être unique dans toute l'histoire de son règne, et en toutes circonstances le roi marquera pour son Parlement une véritable estime. Il entendait même que le Parlement restât libre et indépendant dans l'administration de la justice, comme il voulait l'être dans le gouvernement de l'État. C'est ainsi qu'en matière d'évocation, comme on en aura bientôt la preuve, le roi donna toujours raison à son Parlement contre les entreprises du Conseil. Même dans le procès de Fouquet, le roi déclara, tout au moins au début, et à plusieurs reprises, qu'il n'exercerait aucune pression sur les magistrats et si, plus tard, il eut le tort d'oublier parfois cette promesse au même cours du procès, c'est que celuici tendait à devenir interminable. On sait qu'il dura plus de trois ans, qu'il causa une certaine agitation, non seule-

1. Voy. le discours de M. de Royer, prononcé à la rentrée de la cour de cassation en 1856. Cpr. les Mémoires de Mme de Motteville, chap. 49, t. IV, p. 46, où il est dit : « Le roi vint une fois du bois de Vincennes au Parlement, en grosses bottes, leur défendre de s'assembler». Voy. aussi le Journal général de l'Instruction publique du 20 décembre 1854.

ment à l'intérieur, mais même à l'étranger où on ne manquait pas de présenter cette affaire si longue comme une nouvelle preuve de la faiblesse de l'autorité royale. Mais on ne doit pas juger la conduite d'un roi par un fait exceptionnel de son règne, et, pour connaître les vrais sentiments du roi vis-à-vis des magistrats de son Parlement, il vaut mieux se reporter à ses Mémoires où il dit en propres termes à son fils : « Je sais, mon fils, et je puis vous protester sincèrement que je n'ai ni aversion ni aigreur dans l'esprit pour mes officiers de justice. Au contraire, si la vieillesse est vénérable dans les hommes, elle me le paraît encore plus dans ces corps si anciens. J'ai pour eux l'affection et la considération que je dois, et je suis si persuadé qu'en aucune partie de l'État le travail n'est peut-être plus grand ni les récompenses moindres1. ■» Louis XIV n'adresse, au début de son règne, à ses magistrats qu'un seul reproche, toujours le même, celui de se mêler de lois et de politique, alors qu'ils doivent s'en tenir au jugement des procès.

Le Parlement Après la séance tenue par le roi en habit de chasse, le d/reiever Parlement affligé, mais non découragé, fit des remonia tête. trances, et Mazarin, comprenant que le roi avait été trop loin, s'efforça d'arranger l'affaire. Il persuada au premier président d'adoucir les termes de ses plaintes et au roi d'écouter les raisons de son Parlement « avec la bonté d'un père qui sait pardonner et punir équitablement2 ». Le cardinal réussit, mais il ne tarda pas à s'en repentir. Le Parlement cherchait à relever la tête. Il essaya d'abord de résister à un édit sur la monnaie; Mazarin répondit en exilant plusieurs magistrats. La reine mère en éprouva la joie la plus vive et commit l'imprudence de la faire

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