I. Mémoires de Louis XIV, t. II, p
'2. Mémoires de Mme de Motteville, chap. 49, t. IV, p. 48.
éclater. La reine n'avait pas oublié les mauvais jours de la Fronde ni les tourments que lui avaient causés les parlementaires. Mme de Motteville étant entrée dans l'appartement de la reine, celle-ci s'était approchée d'elle et lui avait dit tout bas, avec un visage riant : « Madame, il y en a dix d'exilés ou de prisonniers. — Votre Majesté est donc bien aise? — Je le suis en vérité, reprit la reine, mais pas tout à fait, car je voulais qu'on les mît tous à la Bastille, et par la douceur ordinaire de M. le cardinal, il n'y en a qu'un. » Elle s'empressa d'ajouter que le premier président devait se tenir sur ses gardes et que s'il faisait le méchant on le traiterait de même sorte. Le Parlement, au lieu de protester bruyamment, préféra implorer la clémence du cardinal. On était loin du jour où il avait rendu son mémorable arrêt contre Mazarin. Tous les gens du palais firent cause commune avec le Parlement : les avocats prirent la robe courte et refusèrent de plaider; les procureurs cessèrent de postuler à la barre et le cours de la justice fut suspendu. Les présidents du Parlement en profitèrent pour remontrer à Mazarin combien l'exil des magistrats était préjudiciable aux intérêts de tous et le cardinal, porté par caractère et par intérêt à la clémence et à la paix, consentit au rappel des exilés1.
Qu'on se garde d'en conclure qu'il s'était mis du côté du Évocations. Parlement. Sous ce rapport sa politique ne changea plus. Certain d'être le plus fort, il resta toujours aussi du côté du gouvernement, toutes les fois qu'un conflit éclata avec le Parlement. Il se servit sans scrupule du Conseil pour casser les arrêts du Parlement et le dominer. C'est surtout à ce moment que le Conseil du roi, inspiré par Mazarin, abusa des évocations, au point d'empiéter sur la
i. Mémoires de Mme de Motteville, chap. 49, t. IV, p. 48.
compétence de la Cour suprême de justice. « Par là, il fît voir à cette compagnie qu'il était temps qu'elle s'humiliât sous le joug de la puissance légitime de son roi1. » Le Parlement se plaignit cependant au roi et dès le mois d'août 1656 il demandait la cessation des abus des évocations. Mais la compagnie éprouvait une telle terreur à l'idée d'adresser des remontrances en la forme au roi, que pour ne pas indisposer Louis XIV, elle lui députa les gens du roi, afin de le prévenir que dans le cas où les excès du Conseil ne cesseraient pas on serait obligé de faire des remontrances. L'avocat général, Denis Talon, fut chargé de se rendre à Compiègne, auprès du roi, pour remplir cette délicate mission. « Nous avons, dit-il, tant de confiance dans la bonté de Votre Majesté, que nous pensons qu'ayant fait réflexion sur toutes les démarches et les circonstances de cette affaire, pleins de respect et de soumission, et ayant vu que le désordre des évocations, qui depuis quelques années ont passé jusqu'à l'excès et produit un sujet de se plaindre, légitime et sans affectation, elle préviendra les remontrances très humbles qui lui doivent être faites sur cette matière, et qu'elle reconnaîtra que le Parlement et ceux qui le composent n'ont point d'inclinations ni de desseins qui ne tendent au service et à la gloire de Votre Majesté; c'est la prière que nous lui faisons d'office de notre chef.... »
Le roi se montra très bienveillant, promit d'étudier l'affaire, ajouta « qu'il considérait le Parlement comme la première compagnie de son État, laquelle il voulait conserver dans toute l'étendue de sa fonction et que chacun vécût selon les règles prescrites par les ordonnances des rois ses prédécesseurs ». D'ailleurs le roi ajoutait qu'il recevrait volontiers des remontrances qui