ISAMBERT, t. XX, p
Unigenitus.
Parlement n'osa pas protester ni présenter de remontrances1. Mais c'était aussi la dernière des humiliations qu'il devait subir. Deux faits allaient lui permettre de rentrer dans la vie politique et d'y jouer un certain rôle. L'un était la bulle Unigenitus ; l'autre le testament du roi.
Bulle Les commencements de l'affaire de la bulle Unigenitus
remontent à quelques années en arrière, mais le rôle du Parlement ne devint important qu'à la veille de la mort de Louis XIV2. Nous n'exposerons pas ici les détails de cette affaire qui rentre dans l'examen des questions religieuses du grand règne et nous nous bornerons à faire connaître le rôle du Parlement. Le Père Quesnel avait publié depuis plus de vingt ans un livre qui était dans les mains de tous, et qui avait reçu l'approbation d'un grand nombre d'évêques. Il avait pour titre : Réflexions morales sur le Nouveau Testament. En 1699, les jésuites, profitant de leur toute-puissance et de l'autorité que le Père Le Tellier, confesseur du roi, avait prise sur l'esprit de Louis XIV, attaquèrent cet ouvrage, sous prétexte qu'il ne contenait pas moins de cent une propositions entachées d'hérésie et de la même nature que celles de Jansénius dans son commentaire sur saint Augustin. Le Père Quesnel fut soutenu par d'influents personnages et notamment par le cardinal de Noailles. Mais ce fut en vain. Le cardinal fut disgracié et les querelles religieuses continuèrent. Sous ces querelles se cachaient aussi des difficultés de l'ordre politique. C'est ainsi que les jésuites condamnaient la proposition par laquelle le Père Quesnel disait « que la crainte d'une
1. Voy. de curieux détails sur la séance d'enregistrement dans les Mémoires de Saint-Simon, t. X, p. 242.
2. Voy. sur l'affaire de la bulle Unigenitus sous Louis XIV, Le Roy, La France et Rome de 1700 à 1715, Paris, 1891, 1 vol. in-8.
excommunication injuste ne doit pas nous empêcher de faire notre devoir1 ». C'était donner, en condamnant cette proposition, pouvoir au Saint-Siège de délier, même par une excommunication injuste, les sujets de leurs devoirs envers le roi et détruire ainsi à la fois la déclaration de 1682 et la base des libertésgallicanes. Mais, chose curieuse, Louis XIV se préoccupa bien plus des dangers de nouveaux troubles religieux et, sous l'influence de son confesseur, il s'adressa au pape pour obtenir la condamnation du livre incriminé. On a dit que le pape Clément XI ne se souciait pas d'intervenir dans cette affaire et c'est bien plutôt sur les vives instances de Louis XIV que de son propre mouvement, qu'il rendit la bulle Unigenitus. Le pape entendait bien profiter des avantages que lui donnait la situation contre un prince qui trop souvent avait humilié le Saint- Siège, mais peut-être ne voyait-il pas tout le profit qu'il pouvait tirer de sa bulle, pas plus que le roi, placé sous l'influence de son confesseur, ne s'apercevait des dangers qu'elle présentait pour le pouvoir royal. Le Parlement et bien certainement aussi les ministres se rendaient un compte exact de la situation. Nous en aurons bientôt la preuve à l'occasion de l'enregistrement de la bulle. Après être venu à bout de la résistance de certains évêques, le roi voulut préparer l'enregistrement de la bulle au Parlement. Il appela d'abord le premier président dans son cabinet. « Il lui dit qu'on se préparait à faire des difficultés, mais qu'il ne les écouterait pas; qu'il était le maître et qu'il voulait être obéi ». Il ajouta que si les gens du roi voulaient préparer des obstacles, « il leur marcherait à deux pieds sur le ventre et que le chemin n'était pas long de son cabinet à la Bastille. » Après avoir congédié le premier président, il reçut le procureur général et les avocats