‹ Le parlement de ParisChapitre 26 sur 238 · Voir L'Estoile, Journal, t. II, p · texte numérisé non relu

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un instant notre attention. Vis-à-vis des huguenots, le Parlement, qui leur avait toujours été hostile, reculait cependant devant des mesures trop rigoureuses. Il ne voulait pas qu'ils fussent mis hors de la justice et qu'on pût encourir la mort pour sa foi. Vis-à-vis du pape, ce Parlement si catholique se révoltait devant un acte qui constituait une ingérence dans la succession au trône. Il était vraiment gallican et monarchique. Enfin, vis-à-vis du roi de Navarre, il s'arrêtait à une décision singulièrement favorable à sa cause et fortifiait son opposition contre l'excommunication papale. On verra encore le Parlement, dans maintes circonstances, prendre en main l'intérêt de la monarchie, et cela en faveur de Henri IV. Il n'y a aucune exagération à dire que dans sa conquête de la couronne le roi fut puissamment aidé par le Parlement. Sans doute le Parlement s'ingérait par là, de plus en plus, dans les affaires politiques. Mais il y était déjà fortement engagé par les événements qui se précipitaient dès la fin du règne de Henri III.

Le 1er octobre 1585, le roi ordonnait encore une fois au Parlement d'enregistrer un édit qui rétablissait la plupart des offices précédemment supprimés par mort, tant les besoins de la guerre étaient pressants.

Mais, peu à peu, l'autorité du roi s'affaiblissait dans la capitale au profit de la Ligue, qui s'organisait de plus en plus sérieusement dans Paris et y établissait même le fameux gouvernement des Seize. En mars 1587, on fit courir le bruit que les Ligueurs préparaient une révolution dans la capitale. Le Parlement se réunit et ordonna de faire bonne garde aux portes de la ville pour prévenir toute surprise. Quelques jours après, le duc de Mayenne, accompagné de plusieurs seigneurs et sur l'invitation du roi, quitta Paris pour que le calme pût s'y rétablir. Le roi, fort mécontent de tous ces troubles, déchargea sa

LE PARLEMENT DE CHARLES VII A HENRI IV. 4b

colère contre les huguenots, « bien qu'il fût moins offensé d'eux, comme dit L'Estoile, que de la Ligue ». Il fit publier par le Parlement l'édit de confiscation et de vente des biens des huguenots et se plaignit à sa cour de justice de ce qu'elle laissait circuler dans Paris et même jusque dans les salles du palais toutes sortes de libelles diffamatoires contre sa personne : c'était là une cause de désordre et de rébellion qu'il fallait prévenir et le roi menaçait les membres du Parlement de s'en prendre à leurs personnes s'ils ne faisaient cesser ces scandales. Le Parlement prescrivit une enquête; une ordonnance fut préparée, mais toutes ces mesures restèrent sans résultat, tant l'autorité du roi était déjà affaiblie et sa personne profondément méprisée.

Les prédicateurs étaient particulièrement violents contre Henri III. La Sorbonne se réunissait le 16 décembre 1587 pour décider « qu'on pouvait ôter le gouvernement aux princes lorsqu'on ne les trouvait pas tels qu'il fallait, comme on ôtait l'administration aux tuteurs qu'on avait pour suspects ». Le roi, averti de cette incartade, appela près de lui au Louvre, le 50 décembre, la Faculté de théologie et sa cour de parlement. Il voulait réprimer l'une en présence de l'autre. Aussi reprocha-t-il à la Sorbonne son insolence de prêcher contre le roi et contre toutes ses actions, même contre celles qui intéressent l'Etat. Il prit à partie quelques-uns des prédicateurs, rappela la belle résolution prise par la Sorbonne le 16 du mois, mais il ajouta qu'il n'y prenait pas garde parce qu'elle avait été arrêtée après déjeuner. Il terminait en disant que, malgré ces outrages et bien qu'il en eût la puissance, il ne voulait pas se venger, comme l'avait fait Sixte-Quint qui avait envoyé aux galères certains cordeliers à raison de leurs prédications ; il aimait mieux tout oublier et tout pardonner, à condition que les faits ne

se renouvelleraient pas, et, pour le cas contraire, il priait sa cour de parlement, ici présente, de faire bonne et exemplaire justice afin que cet exemple contînt à l'avenir les séditieux dans le devoir1.

La situation du roi n'avait jamais été plus précaire.

Quelque temps après, au mois de mai 1588, malgré la défense du roi, le duc de Guise vint à Paris pour prendre la direction du mouvement populaire et, après la journée des Barricades, Henri III fut obligé de quitter la capitale où il ne devait plus rentrer, pour ne pas être prisonnier dans son propre palais. Le premier soin du duc de Guise, maître de Paris, fut d'essayer de rendre le Parlement favorable à sa cause. Mais celui-ci n'oublia pas ses devoirs envers le roi. Le premier président Achille de Harlay reprocha durement au duc de Guise son entreprise : « C'est grand'pitié, lui dit-il, quand le valet chasse le maître; au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur est au roi, et mon corps est entre les mains des méchants ; qu'on en fasse ce qu'on voudra. » Le duc de Guise ne put s'empêcher d'admirer un aussi noble langage; il avoua « qu'il s'était trouvé à des batailles, à des assauts et à des rencontres les plus dangereuses du monde, mais qu'il n'avait jamais été étonné comme à l'abord de ce personnage ».

Le duc de Guise, espérant que la présence du cardinal de Bourbon pourrait modifier les dispositions du Parlement, l'amena au palais et le lui présenta. Mais en présence de ces magistrats en costume, le duc se troubla, et le président de Harlay lui présenta des observations aussi fermes qu'à leur première entrevue : « Pour ma compagnie, disait-il, elle est assise sur les fleurs de lis et, étant établie par le roi, elle ne peut respirer que pour son service; nous perdrons tous plutôt la vie que de fléchir à

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