ÏSAMBERT, t. XV, p
3. L'Estoile, Journal de Henri IV, t. V, p. 260. Voy. aussi p. 266.
d'Aix remit la province entre les mains du duc de Savoie et celui-ci vint en effet dans la capitale de la Provence recevoir le serment des magistrats. Il promit en retour de défendre le pays contre Henri IV.
Dans certaines contrées cette haine contre le nouveau roi se prolongea pendant plusieurs années. Le parlement de Rouen décrétait encore le 7 janvier 1592 que des potences seraient dressées dans les carrefours sous la surveillance d'un conseiller pour les partisans de Henri IV1.
Heureusement la situation était bien différente pour La situation le roi dans d'autres parties du royaume. Le parlement de a Pans* Bordeaux commença par se montrer fort hésitant ; il ne reconnaissait ni Charles X ni Henri IV, mais il recommandait aux gouverneurs et consuls des villes, par arrêt du 19 août 1599, « de veiller à ce qu'il ne se fît aucun changement dans le gouvernement » ; puis, dès l'année suivante, il reconnut le roi Henri IV. Pendant que certains parlements s'unissaient au nom de la Ligue à celui de Paris, d'autres, de création récente et destinés à être opposés aux révoltés, affirmaient la royauté de Henri IV et rendaient la justice en son nom : c'était le parlement de Tours ayant à sa tête le premier président de Harlay et qui, dès les premiers temps du règne de Henri IV, comptait près de deux cents magistrats, tandis que le Parlement de la Ligue à Paris n'atteignait pas le chiffre de quatre-vingts membres ; c'était encore la partie du parlement de Normandie qui siégeait à Caen; celle du parlement de Bourgogne qui avait d'abord été fixée à Flavigny, puis ensuite à Semur; celle du parlement de Toulouse, établie à Carcassonne; celle du parlement d'Aix,
1. Voy. Arthur Desjardins, Henri IV et les parlements, discours de rentrée prononcé à l'audience solennelle du 5 novembre 1877, p. 27.
transportée à Pertuis; celle du parlement de Grenoble siégeant à Romans. Toutefois la plupart de ces cours de justice mettaient comme condition expresse ou tacite de soumission1 l'observation de la déclaration de Saint-Cloud. La guerre éclatait donc entre les parlements comme elle existait entre les armées. Elle n'eut d'autre résultat que d'affaiblir et même de compromettre, pour un instant, la grandeur du Parlement de Paris, et, cependant, il sut toujours garder la modération et placer la royauté au-dessus des partis. Il eut bientôt l'occasion d'en donner la preuve dans les graves événements qui s'accomplirent à Paris même. Placé seul en face de l'émeute, il put se convaincre de ce que devenait l'État en l'absence d'un prince chargé de faire respecter l'ordre et la justice. Un sergent des Seize, appelé Le Gay, ayant été condamné par sentence du Châtelet pour excès et violence envers un conseiller, le prévôt des marchands, La Chapelle, et ses satellites, se présentèrent en armes au palais et intimèrent au Parlement l'ordre déjuger, c'est-à-dire d'absoudre le coupable; « sur laquelle bravade et indignité, dit l'Estoile, faite à une cour de parlement, la première de l'Europe, furent faits, par une damoiselle, des vers français qui coururent à Paris, nonobstant le mauvais air* ». Le danger était tel qu'on multipliait les condamnations à mort pour rétablir le calme, mais sans aucun résultat. C'est surtout à la suite de la mort du cardinal de Bourbon et pendant le siège de Paris que la situation du Parlement de la Ligue fut particulièrement grave. Le 8 août 1590, une véritable émeute éclata dans Paris ; on disait qu'elle était suscitée par les partisans du roi de Navarre qui profitaient des souffrances du
i. La Sorbonne restait hostile, elle reconnaissait au pape le droit d'excommunier et de déposer les rois et elle proclamait qu'il n'était pas permis de reconnaître Henri de Bourbon.