‹ Le parlement de ParisChapitre 34 sur 238 · Le 24 septembre 1591. Isambert, t. XV, p · texte numérisé non relu

Le 24 septembre 1591. Isambert, t. XV, p

LE PARLEMENT DE PARIS ET HENRI IV. Gl

Larcher, le conseiller au Ghâtelet Tardif, sont arrêtés dès la première heure. Les Seize se constituent eux-mêmes en une sorte de tribunal, les accusés sont interrogés pour la forme, puis immédiatement pendus et étranglés dans la prison même. Le président Brisson essaya d'échapper à la mort; il demanda en grâce d'être au moins confiné au pain et à l'eau entre quatre murailles pour terminer le livre qu'il avait commencé à l'usage de la jeunesse. Mais ses juges furent inflexibles et, lorsqu'il l'eut compris, il s'écria : « Justus es, Domine, et rectum judicium tuum. » Ainsi fut pendu, dit l'Estoile, ce jour, un premier président de la Cour par son clerc1. Lorsque ce fut le tour du président Larcher, il ne put s'empêcher de s'écrier en voyant le corps du président Brisson : «Je n'ai plus de regret de mourir, puisque je vois la cruauté qui s'est exercée contre un si digne homme et si homme de bien ». On amena enfin Tardif qui était sérieusement malade depuis plusieurs jours. Il s'évanouit à la vue du supplice. Ces assassinats frappèrent de stupeur les bourgeois et le peuple de Paris. Le Parlement fut suspendu de fait; c'était ce que désiraient les Seize. Le jour même de l'assassinat des trois magistrats, ils avaient demandé au prévôt des marchands et aux échevins la formation d'une Chambre ardente pour juger les hérétiques et les politiques. Le curé de Saint-Benoît adressa une autre requête dans le même sens au Conseil d'État, avec indication des magistrats qui rempliraient les fonctions de juge. Une autre liste fut soumise par Boucher au même Conseil ; elle comprenait quarantequatre membres, tous du corps du Parlement. En même

1. T. V, p. 124. On fit courir en ville le quatrain suivant :

C'était un grand clerc que Brisson, Mais un petit clerc de l'école L'a fait rictus à l'espagnole Et lui a montré sa leçon.

temps les dames de Nemours et de Montpensier étaient invitées à exercer toute leur influence auprès des magistrats pour les décider à retourner au palais et à rendre la justice. Tous refusèrent, quelques-uns par peur et dans la crainte d'être pendus à leur tour, d'autres avec la plus grande dignité, la plupart même avec courage. L'avocat du roi, Dorléans, reçut les députés des Seize en les appelant des méchants et des meurtriers. Le président Le Maistre leur déclara qu'il ne rentrerait au palais que pour faire pendre ceux qui avaient mis à mort le président et les autres gens de bien. Il traita le curé de Saint-André d'homme sanguinaire et lui reprocha d'être la cause de la mort du plus grand homme de bien de sa paroisse et du plus catholique1. Cette fermeté des magistrats rendit courage à une partie de la population, contint les Seize et empêcha de nouveaux assassinats. De son côté Mayenne, prévenu du meurtre des trois magistrats, arriva en toute hâte à Paris et fit mettre à mort tous les coupables qu'on put arrêter. Puis il se rendit quelques jours après au Parlement pour y installer quatre présidents à mortier et y faire publier un édit d'amnistie. C'était en réalité proclamer la déchéance des Seize. Mayenne prononça leur dissolution et leur défendit de se réunir. Mais les excitations contre le roi n'en continuaient pas moins en province comme à Paris. Le 7 janvier 1592, le parlement de Rouen déclarait coupable de haute trahison tout partisan de Henri IV. En même temps un nouveau pape, Clément VIII, favorable à l'Espagne, adressait le 15 février un bref aux prélats et aux nobles de France; il leur promettait de soutenir la Ligue et les engageait à élire un roi catholique. Un autre bref dans le même sens fut lancé le 9 mai 1592. Dans ces brefs le pape oubliait à quel degré les trois

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