‹ Le parlement de ParisChapitre 38 sur 238 · Bernard, Procès-verbaux des Étals de 1593, p · texte numérisé non relu

Bernard, Procès-verbaux des Étals de 1593, p

Le procureur général Mole, qui était présent comme délégué du Parlement, s'empressa de protester au nom de la loi salique, et les autres membres du Parlement également présents, d'un mouvement unanime et spontané, se joignirent à lui.

L'archevêque de Lyon se leva alors pour déclarer que cette protestation était contraire au droit des États. Les délégués du Parlement répondirent en déclarant qu'ils allaient se retirer et qu'ils n'assisteraient plus aux séances, ce qui fut aussitôt fait. Le Parlement s'empressa de se réunir le même jour à trois heures de l'après-midi et protesta par un arrêt contre les prétentions du duc de Feria et contre l'abolition de la loi salique. Le duc de Mayenne s'était rendu au bailliage du palais pour se tenir au courant des événements. L'avocat du roi, Hotman, vint lui apprendre la résolution de la Cour, portant qu'elle ne pouvait ni ne devait. Le procureur général Mole, fort ému, déclara au duc de Mayenne « que sa vie et ses moyens étaient à son service, qu'il en disposerait comme il lui plairait, mais qu'il était vrai Français, était né Français, et mourrait Français, et que devant que d'être jamais autre, il y perdrait et la vie et les biens1 ». Les États généraux exaspérés répondirent par une déclaration violente contre le Parlement. Ils n'admettaient pas que l'absence des députés du Parlement pût en rien arrêter leurs délibérations. « Nul n'avait le droit d'être admis aux États sans être élu par les provinces, il ne fallait pas souffrir que les libertés d'une si notable assemblée, qui prétendait être par-dessus le roi, fussent diminuées et amoindries pendant cet interrègne par des personnes inférieures au roi*. » Mayenne, plus habile, comprenant que les États allaient trop loin et qu'il fallait ménager le Parlement, demanda

î. L'Estoile, Journal de Henri IV, t. VI, p. 15.

'1. Bkrnard, Procès-verbaux des États de 1593, p. 485.

et obtint qu'une fois la décision des États arrêtée, il aurait le droit, en qualité de lieutenant général, de prendre l'avis de la Cour et celui de son conseil. Les partisans du pape et de l'Espagne commirent au contraire une véritable maladresse. Le 29 mai, le Dr Mendoza se présenta au nom du duc de Feria aux États et prononça un long discours contre la loi salique. Il n'eut d'autre résultat que de provoquer des protestations qui se seraient môme traduites par des interruptions violentes, sans la présence du duc de Mayenne'. Il fallut battre en retraite, et, le 15, un des ambassadeurs du roi d'Espagne proposa une autre combinaison : puisqu'on ne voulait pas s'écarter de la loi salique, il fallait élire l'archiduc Ernest d'Autriche, qui épouserait un jour l'infante d'Espagne. La situation devenait de plus en plus périlleuse; Henri IV le comprit bien, et, pour y mettre terme, il fit annoncer aux États de Paris, par l'archevêque de Bourges, son intention d'abjurer. En même temps, il proposait une trêve de trois mois comme préliminaires de la paix. De leur côté, les Seize et le clergé présentaient requête aux États, à l'effet de procéder sans délai à l'élection d'un roi et subsidiairement de n'accepter aucune trêve, ni conférence, sans connaître l'avis du Saint- Siège2. Les Seize se permettaient même d'ordonner des poursuites contre ceux qu'ils appelaient des « demandeurs de paix ». Cette fois encore le Parlement, menacé dans ses prérogatives, fit preuve d'une grande fermeté. Il manda le lieutenant civil La Bruyère, qui s'était permis d'informer contre certaines personnes ayant tenu des assemblées pour négocier la paix. Le président Le Maistre déclara que c'était une honte pour une ville comme Paris de tolérer de pareilles atteintes à la liberté et de permettre que des informations fussent faites par des gens qui avaient encore

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