‹ Le parlement de ParisChapitre 40 sur 238 · Procès-verbaux des Étals de 1595, p · texte numérisé non relu

Procès-verbaux des Étals de 1595, p

5. Procès-verbaux des États de 1593, p. '280; L'Estoile, op. cit., t. VI, p. 35.

sentement déclarer une reine, étant encore incertain d'un roi, ce serait rompre la loi salique, loi fondamentale de l'État et tellement gravée ès-cœurs des Français qu'ils ne s'en départiront jamais. Que, d'ailleurs, les Français ne pouvaient goûter que le roi d'Espagne se réservât le droit de donner un roi à la France, qu'il pouvait bien se faire un gendre à sa volonté, mais que de constituer un roi sur eux, cela dépendait de leur pouvoir et autorité, et non de princes étrangers ». Les États comprirent bien qu'ils allaient à une rupture; aussi s'empressèrent-ils, pour éviter cette catastrophe, d'ordonner la nomination d'une nouvelle Commission qui entrerait en négociations avec l'ambassadeur d'Espagne.

Le Parlement ne cessait pas de se montrer attentif à ce L'arrêt qui se passait aux États. Dès le 25 juin, un jeune conseil- LeMaistre 1er des Enquêtes, Charles de Marilhac, prévint la Cour qu'on s'occupait de l'élection d'un roi et demanda que le Parlement se montrât vigilant. La Cour décida qu'elle se réunirait le 25 juin pour statuer sur les affaires publiques. Mayenne, effrayé, s'empressa de négocier avec le Parlement et obtint que l'assemblée des chambres serait retardée; mais le Parlement, étant ensuite resté sans nouvelles, décida de se réunir le 28 juin. L'audience fut particulièrement solennelle; on se sentait à un de ces moments décisifs dans l'histoire d'un peuple. Le conseiller de Marilhac dénonça le projet d'abroger la loi salique. Le procureur général Mole se montra, lui aussi, très énergique pour la conservation « intègre » de la loi salique « corroborée par la vétusté et par tant de siècles ». Le conseiller du Vair, qui devint plus tard garde des sceaux, fut le plus éloquent. « C'est à la loi salique que l'on en veut? C'est contre celle-là qu'on aveu déclamer don Inigo de Mendoze, c'est contre celle-là qu'on a veu les prédica-

teurs se lempester en leurs chaires ? et néanmoins c'est celle-là qui depuis douze cents ans a conservé le royaume en entier, et l'a mené, de masle en masle, toujours en même race, jusqu'aux princes sous lesquels nous sommes nés ; c'est elle qui nous a garantis de la tyrannie des Anglais et les a extirpés des entrailles de la France, où les discordes civiles les avaient fourrés. Bref, c'est celle-là qui maintient toutes les autres, qui est l'appui de nos fortunes, la moitié de nostre repos, l'ornement et la grandeur de l'Estat. >■ « Je vois vos visages pâlir, ajouta-t-il en terminant, et un murmure plein d'étonnement s'élever parmi nous, et non sans cause, car jamais peut-être il ne s'ouït dire que si effrontément on se jouât de la fortune d'un si grand et si puissant royaume, si publiquement on trafiquât d'une telle couronne, si impudemment on mît vos vies, vos biens, votre honneur à l'enchère comme l'on fait aujourd'hui? Et en quel lieu ?... Au cœur de la France, au conspect des lois, à la vue du Sénat, afin que vous ne soyez pas seulement participants, mais coupables de toutes les calamités qu'on ourdit à la France?... Réveillez-vous donc1. » Les magistrats ligueurs étaient anéantis sur leurs sièges : ils ne firent, au dire de l'Estoile, « que tournoyer autour du pot >. La grande majorité s'arrêta à la rédaction d'un arrêt proposé par le président Le Maistre, qui y a attaché son nom. Cet arrêt prescrit d'adresser des remontrances au duc de Mayenne, à l'effet d'obtenir « qu'aucun traité ne se fasse pour transférer la couronne en la main de princes ou princesses étrangers ; que les lois fondamentales de ce royaume soient gardées, et les arrêts donnés par ladite Cour pour la déclaration d'un roi catholique et français, exécutés »2.

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