Mémoires, t. II, p
la Cour le tenait pour un prince si sage et si avisé qu'elle savait bien qu'il n'en viendrait pas à l'emploi de la force. A l'archevêque de Lyon il dit : « Je ne puis, Monsieur, sans émotion, vous entendre répéter ce que mon respect m'a fait dissimuler lorsque le prince a parlé. En me regardant comme particulier, vous pourriez me parler ainsi que vous le supposiez à propos, mais dès que la compagnie respectable que je représente ici est blessée par des termes injurieux, je dois en être affecté et je ne le puis souffrir. Sachez donc, Monsieur, que le Parlement ne trompe ni joue personne et qu'il rend à chacun ce qui lui est dû. Il n'a jamais eu d'autre intention que de remplir ses obligations et de conserver la dignité et l'autorité des lois. En usant ainsi, la Cour n'a fait d'affront à personne. » L'archevêque essaya de répliquer qu'il ne fallait pas s'en tenir aux mots et qu'affront était un mot italien. Le président Le Maistre riposta vertement que pour lui il n'était ni espagnol ni italien1. La Cour applaudit à la fermeté de son président et personne n'osa casser l'arrêt. Bien au contraire, on disait pour le défendre que, loin de créer des nouveautés et d'empiéter sur une autorité quelconque, il affirmait les principes séculaires de la monarchie française. Les modérés et les sages ont su gré au Parlement de cette décision qui préparait la fin des dissensions intestines. Aussi n'est-il pas étonnant qu'il ait profondément froissé les Espagnols et leurs partisans.
De leur côté, les Ligueurs laissèrent éclater leur fureur; les prédicateurs se montrèrent particulièrement violents contre l'arrêt du président Le Maistre*. Quelques-uns allèrent jusqu'à proposer l'élection du duc de Guise, et
1. L'Estoilk, t. VI, p. 44; De Thou, Histoire de France, t. XI, p. 735.
2. Voy. les exemples dans L'Estoile, Journal de Henri IV, t. VI, p. 43, 49 et 59.
du roi.
tel était aussi le projet du duc de Feria et des Seize. Ce projet convenait tout particulièrement à Mayenne, dont le duc de Guise était le neveu1. Certains Ligueurs et même des membres du Conseil du duc de Mayenne voulaient qu'on emprisonnât quelques conseillers du Parlement pour faire comprendre à la Cour de justice la faute qu'elle avait commise2. Bientôt les Ligueurs reçurent un nouveau coup, ce fut la conversion du roi Henri IV.
Nous ne pourrions pas, sans nous écarter de notre La conversion sujet, nous arrêter aux négociations et aux difficultés de cette conversion. Les protestants affirmaient que cette conversion était surtout un acte politique, mais que le roi restait de cœur avec eux. Ce qui est certain, c'est que le roi, au moment de changer de religion, recommanda à ceux qui étaient chargés de l'éclairer de ne pas abuser des instructions théologiques, et qu'il refusa de signer une profession de foi qui reconnaissait les droits de la papauté5. Cette conversion avait tant coûté au roi, qu'ayant convoqué, peu de temps après, les députés des protestants, il se garda bien de leur parler de son changement de religion4. On doit toutefois rendre cette justice au grand roi qu'il s'efforça toujours de maintenir l'égalité et d'assurer la paix entre ses sujets, sans distinction de religion, catholiques ou protestants. Sans doute les catholiques l'accusèrent, pendant les premiers temps, de garder ses préférences pour leurs adversaires, de même qu'ensuite ce fut le tour des protestants de soutenir que le roi penchait du côté des catholiques. La vérité est qu'il fit toujours tous ses efforts pour rester juste entre tous et
1. Voy. sur tous ces points L'Estoile, op. cit., t. VI, p. 50 à 63.