‹ Le parlement de ParisChapitre 44 sur 238 · L'Estoile, op. cit.. t. VI, p. 72 et · texte numérisé non relu

L'Estoile, op. cit.. t. VI, p. 72 et

Lorsqu'il apprit, le 10 janvier 1594, que le gouverneur de Paris, de Belin, était obligé de se retirer sous la pression du légat et des Espagnols, il s'assembla pour adresser des remontrances au duc de Mayenne. Par un arrêt mémorable il délara qu'il protestait contre les mauvais desseins des Espagnols et de ceux qui voudraient les introduire en France ; il ordonna aux garnisons étrangères de sortir de la ville de Paris et déclara qu'il s'opposait à l'expulsion de Belin. Le prévôt des marchands était invité à tenir une assemblée de ville pour assurer l'exécution de l'arrêt et la Cour ajoutait, sous forme comminatoire, qu'elle cesserait toute audience tant que son arrêt ne serait pas exécuté. Le duc de Mayenne, fort embarrassé, ouvrit des négociations avec le Parlement et s'y rendit en personne le 12 janvier, protestant contre les faux bruits qu'on faisait courir sur son compte, affirmant qu'il n'avait jamais pensé à chasser un seul bourgeois de la ville, qu'il ne ferait rien sans l'avis et le conseil de la compagnie. Quant au sieur de Belin, il n'avait pas, d'après Mayenne, reçu, mais demandé et obtenu son congé. C'était donc de plein gré qu'il sortait de Paris, car on ne pouvait le contraindre à y rester par la force. Mayenne s'étant retiré, la Cour entra en délibération ; il fut décidé qu'on supplierait le duc du Maine d'ordonner à Belin de rester, ou que, s'il devait quitter Paris, la garnison espagnole le suivrait. Ces demandes ne purent recevoir satisfaction : d'une part, il y avait engagement, avec le légat, de faire sortir Belin qui, de son côté, était disposé à quitter la ville de son plein gré ; d'autre part, les forces espagnoles étaient nécessaires pour assurer l'autorité de Mayenne. La résistance du Parlement, dans ces circonstances, n'aurait fait qu'exciter les troubles qui se préparaient. Partout on tenait des conventicules et une agitation extrême régnait dans la ville. Le Parlement comprit bien la gravité de la situation et laissa partir

Belin qui alla rejoindre le roi, en même temps que, par un arrêt du 18 janvier 1594, il déclara formellement qu'il restait uni à Mayenne. On espérait par là calmer les esprits. Mais les membres du Parlement étaient trop avisés pour ne pas prévoir les événements qui se préparaient et qui répondaient à leurs vœux secrets. On en eut bientôt la preuve, lorsqu'on apprit le 1" mars, à Paris, que le dimanche précédent, 27 février, le roi s'était fait sacrer à Chartres.

Dès le lendemain, les Seize, avec la permission de Mayenne, se réunirent aux Carmes pour décider qu'ils ne feraient jamais la paix avec l'hérétique. Le Parlement s'émut vivement de cette assemblée. Le meurtre du président Brisson était présent à tous les esprits et le Parlement redoutait encore une fois les violences des Seize. Le duc de Brissac, successeur de Belin comme gouverneur de la ville, vint au Parlement, de la part du duc de Mayenne, pour lui déclarer que, si l'on avait permis aux Seize de s'assembler, c'était pour une fois seulement et que le fait ne se renouvellerait pas. Or, le jour même où cet engagement était pris, les Seize se réunissaient de nouveau et en public. Le dimanche suivant, le duc de Mayenne quittait Paris à cinq heures du matin, presque clandestinement. De nouveaux troubles étaient à redouter, suscités par les assemblées des Seize et par les sermons enflammés des prédicateurs qui se laissaient aller jusqu'à demander le meurtre du roi1. Les Ligueurs n'ignoraient pas, en effet, les négociations engagées avec le roi; afin d'écarter la catastrophe qui se préparait pour eux, ils s'efforçaient de ranimer le fanatisme et les passions populaires.

Le Parlement Dans ces graves conjonctures, le Parlement de Paris,

contre les Seize.

1. Voy. sur tous ces points les détails dans L'Estoile, Journal de Henri IV, t. VI, p. 172, 175.

abandonné à lui-même, rendit un autre arrêt mémorable pour assurer la paix à tout prix. Le 14 mars, il défendit de s'assembler sous peine de la vie. L'arrêt fut publié à son de trompe dans tous les carrefours de Paris ; cette décision visait surtout les Seize. Mais, pour leur ôter tout prétexte à émeute, l'arrêt ajoutait qu'il interdisait aussi de parler en mal de la Sainte Union. Le duc de Brissac avait demandé qu'on mît dans l'arrêt la défense de traiter de la paix avec le roi de Navarre. Mais le Parlement répondit qu'il n'avait pas coutume d'insérer des clauses de cette nature dans ses arrêts. D'ailleurs Brissac lui-même savait ce qu'aurait valu une pareille déclaration, puisque le jour même il eut une entrevue avec Henri IV. Quelques jours après, le roi rentrait à Paris1.

A peine Henri IV installé dans sa capitale et les Espagnols sortis, le président de Nulli se présenta au roi pour lui faire sa révérence. Henri IV lui demanda en quelle qualité il la lui voulait faire, et le président ayant répondu que c'était comme très humble et très obéissant serviteur, le roi lui fit répondre qu'il ne tenait pas pour ses sujets et serviteurs ceux qui étaient pour l'Espagnol et qu'ils pouvaient s'en aller avec lui. Le président de Hacqueville fut reçu, mais n'obtint pas meilleure réponse : « Monsieur le président, lui dit le roi, je suis' bien aise de vous voir; je sais les bons offices que vous m'avez faits ici ; je vous en remercie. Toutefois, quand il était question de quelque affaire qui importait à mon service, vous étiez ordinairement malade; je suis d'avis que vous vous retiriez à votre grand conseil2. » Le roi, comme on le voit, se montrait, dès la première entrevue, plein de hauteur et fort sévère

1. Le 22 mars 1594. Voy. les détails dans L'Estoile, op. cit., t. VI, p. 185 et 332.

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