L'Estoile, Journal de Henri IV, t. VI, p
Premiers rapports du roi
avec le Parlement
de Paris.
vis-à-vis certains membres du Parlement ; il oubliait les difficultés devant lesquelles ce grand corps judiciaire s'était souvent heurté et les services extraordinaires qu'il avait rendus à la royauté en opposant au projet d'élection d'un roi des Ligueurs et des Espagnols le principe de la monarchie héréditaire. Le roi n'était pas moins rigoureux contre les curés de certaines paroisses et il ordonnait de les expulser sans merci de la capitale. Mais, du moins, sa sévérité se justifiait-elle par les prédications ardentes qu'on continuait à fulminer contre lui1. L'édit même d'amnistie générale accordée à ceux qui avaient appartenu à Paris au parti de la Ligue donna au roi l'occasion de faire injure au Parlement; il le fit vérifier par son Conseil, au lieu de s'adresser à sa Cour de justice. C'était refuser toute existence légale au Parlement qui était resté à Paris, au lieu de se rendre à Tours, et, en effet, le Parlement de Paris n'était, comme on disait alors, qu'un antiparlement. Mais c'était aussi oublier encore une fois que ce même Parlement avait lutté à Paris pour la cause de la monarchie héréditaire contre la Ligue, le roi d'Espagne et le légat.
Il semble d'ailleurs que, l'émotion du premier moment passée, et sur les observations qui lui furent faites de divers côtés, notamment par les magistrats restés fidèles, Henri IV se rendit mieux compte de ce qu'il devait au Parlement. Celui qui avait été établi à Tours fut transféré à Paris le 27 mars 1594; le même jour, Pithou et Loysel furent nommés procureur et avocat généraux au Parlement de Paris en l'absence des titulaires2. L'interdit était levé sur le Parlement de Paris, de sorte que ses membres rentraient en fonctions et que le Parlement pouvait siéger sans attendre l'arrivée des magistrats de Tours