‹ Le parlement de ParisChapitre 53 sur 238 · Mémoires de Mme de Mornay, t. I, p. 271 et · texte numérisé non relu

Mémoires de Mme de Mornay, t. I, p. 271 et

qui fît scandale. On décida de le discuter en présence du roi, dans une véritable conférence tenue à Fontainebleau. Le roi s'était réservé de prononcer le jugement; mais il reconnaissait volontiers qu'à la veille de Coutras, d'Arqués et d'Ivry, il ne s'était pas trouvé en aussi grande peine. Le roi donna tort à du Plessis, qui tomba en disgrâce1. La papauté essaya de profiter de ces bonnes dispositions du roi pour obtenir la publication du concile de Trente, si souvent réclamée et toujours refusée, mais nous verrons que Henri IV sut résister à cette demande, autant dans l'intérêt de l'Église gallicane que pour satisfaire les protestants. En toute circonstance, le roi savait choisir la solution la plus juste et la plus conforme aux intérêts de la monarchie et de l'État. Il a ainsi évité à la France, par sa sagesse et son habileté politique, la continuation de la guerre civile. Il ne faut jamais oublier, en effet, que pendant tout le règne de Henri IV les partis étaient sans cesse sur le point d'en venir aux mains. Du Plessis fut plusieurs fois l'objet de tentatives d'assassinat à cause de son dévouement à la cause protestante. En 1597, un gentilhomme appelé Phal essaie de le mettre à mort dans un guet-apens. Immédiatement des gentilshommes accourent de toutes parts pour le venger comme en plein moyen âge. En 1601, du Plessis est l'objet d'une nouvelle tentative d'assassinat2.

1. Voy., pour plus de détails, Mémoires de Mme de Mornay, p. 368, 571 et suiv. L'évêque d'Évreux, l'adversaire de du Plessis, proclama sa victoire dans ses sermons et fit chanter des Te Deum. Mais la foudre étant tombée sur la chaire où il avait prêché à Paris, et sur Saint-Germain-l'Auxerrois. paroisse du roi, Mme du Plessis vit dans ces prodiges le doigt de Dieu intervenant en faveur des protestants. Ce qui est certain, c'est que par crainte de la foudre on ne laissa plus prêcher l'évêque d'Évreux à Paris. Voy. Mémoires de Mme de Mornay, t. I, p. 573 à 587.

2. Voy. Mémoires de Mme de Mornay, t. I, p. 524 et suiv.; 540 et suiv. et t. IL p. 15. Du Plessis, averti que des gentilshommes veulent le venger en faisant la guerre à la famille de Saint-Phal, s'empresse de convoquer un conseil de famille. Parmi ses parents

Rien ne serait plus facile que de multiplier les exemples et de montrer à quel point les esprits restaient surexcités. Pour en donner la preuve, il suffira de rappeler qu'au commencement du règne de Louis XIII l'assemblée des protestants de la Rochelle préparait la guerre civile et ne songeait rien moins qu'à réformer l'État1. Loin de seconder le roi dans ses difficultés intérieures, le Parlement tenta des résistances qu'il fallut briser. Il lui arriva, suivant une formule bien connue, d'être plus royaliste que le roi et de défendre la royauté contre le roi. On en a une preuve remarquable à l'occasion de l'enregistrement de l'édit d'amnistie générale. Cet édit exceptait, par son article 6, ceux qui avaient participé à l'assassinat du feu roi. Or plusieurs princes lorrains étaient soupçonnés d'y avoir pris part et notamment la duchesse de Montpensier. Pour les mettre à couvert, une autre disposition de l'édit étendit l'amnistie à tous les princes et princesses qui auraient fait leur soumission. Cette disposition exaspéra le Parlement : il n'admettait pas que le roi eût le droit de transiger en matière de régicide. Henri IV eut les plus grandes peines à soumettre le Parlement qui céda seule-

les uns lui proposent la voie des armes, les autres lui préfèrent celle de la justice. On finit par se prononcer pour la seconde solution, d'autant plus que le roi promit de se faire partie et poursuivant et de rendre justice sans être requis. Le roi donna en effet au Parlement commission de commencer une instruction. Mais les maréchaux s'emparèrent de l'affaire. La procédure fut alors suspendue au Parlement, sous condition de la reprendre si Saint- Phal ne se soumettait pas à la décision des maréchaux. Ceux-ci condamnèrent Saint-Phal à faire des excuses solennelles à du Plessis, en présence du roi. Saint-Phal se soumit. Les Mémoires de Mme de Mornay (t. I, p. 540) donnent des détails très curieux sur cette cérémonie.

1. C'est en se rendant à la Rochelle à cette occasion, que Louis XIII, passant par Saumur, retira à du Plessis le gouvernement de cette ville. Du Plessis en fut vivement froissé et à juste titre. Il avait en effet toujours su allier son dévouement au roi à sa fidélité au protestantisme.

ment à une seconde lettre de jussion. Il exigea en outre que le duc de Mayenne, avant de prendre séance en qualité de pair, déclarât « que les auteurs de l'attentat cruel, du coup inhumain, du parricide détestable commis sur la personne du roi Henri III d'heureuse mémoire, étaient des traîtres et des scélérats exécrables ; que, s'il avait eu connaissance d'un si damnable dessein, il aurait fait tout son possible pour en empêcher l'exécution1 ».

Le Parlement fut encore moins bien inspiré lorsque par ses chicanes en matière de finance il entrava la politique extérieure du grand roi. Sa conduite fut surtout lamentable avant la paix de Vervins. Ne fallait-il pas en effet à tout prix chasser l'Espagnol qui foulait le sol de la France? Les autres corps judiciaires avaient d'ailleurs les mêmes torts, notamment la Chambre des comptes qui, en 1595, s'opposait à la création de trésoriers provinciaux des parties casuelles. Le roi heureusement savait recourir à tous les moyens, aux épigrammes, aux ordres impératifs, aux supplications. « Si vous me faisiez offre de deux ou trois mille écus chacun, disait-il aux membres de la Chambre des comptes, ou me donniez avis de prendre vos gages... ce serait un moyen pour ne point faire des édits. Mais vous voulez être bien payés et pensez avoir beaucoup fait quand vous m'avez fait des remontrances pleines de beaux discours et de belles paroles. » Au mois d'avril 1597, à la veille de la paix, il dit au Parlement : « Je viens demander l'aumône pour ceux que j'ai laissés sur la frontière, pour des gens qui servent nuit et jour et emploient leur vie pour obtenir un repos ». Après la paix de Vervins, la résistance du Parlement devint-elle raisonnable comme on l'a dit parfois?... Il est permis d'en douter. Tout au plus peut-on reconnaître que l'ennemi

1. Voy. Lettres missives de Henri IV, t. IV, p. 500, 551 , 554; t. IX, p. 415. Cpr. Desjardins, op. cit.. p. 57.

était chassé du territoire et que le Parlement ne se rendait pas compte des grands desseins politiques du roi et de ses ministres qui voulaient faire de la France la première puissance de l'Europe en profitant des troubles de l'Allemagne. Mais, pour réaliser de pareilles entreprises, il fallait des armées et de l'argent. Le Parlement préféra se faire l'écho des sentiments naturels du peuple, toujours prêt à repousser l'impôt. Il se laissa dominer par l'esprit légiste, recourant à de véritables querelles de procureur pour adresser au roi des remontrances, au risque même de compromettre son crédit, car l'abus des remontrances ne pouvait qu'en diminuer les effets et indisposer le pouvoir royal. Le Parlement de la Ligue, siégeant à Paris, avait en définitive rendu plus de services à Henri IV que ce prince n'en obtint de son propre Parlement royal rétabli dans la capitale. C'est ce qu'il s'agit d'établir maintenant en reprenant les faits.

Dès qu'il s'agit de remettre en vigueur l'édit de pacification de 1577, les méfiances des membres du Parlement vis-à-vis des huguenots se firent jour. La délibération prit dans les chambres assemblées douze jours entiers, toute affaire cessante. Le Parlement se montra longtemps divisé, surtout sur l'admission des huguenots aux États généraux et dans les cours souveraines. Le rapporteur de Fleuri avait conclu à la vérification pure et simple de l'édit, en faisant remarquer que toute limitation ou restriction aurait pour effet de diminuer l'autorité du roi. Néanmoins quelques conseillers se montrèrent très violents contre ce projet; l'édit de 1577 n'était pour eux qu'une feuille de papier à laquelle il ne fallait attacher aucune importance. Ils disaient volontiers qu'un juge hérétique ferait plus de mal à lui seul qu'une armée tout entière; que, si l'on voulait empêcher les troubles de se renouveler, il fallait restaurer la religion catholique dans

tout son éclat. Le discours le plus remarquable fut sans contredit celui du conseiller Goquelay, chanoine de Notre-Dame. Il commença par abjurer la Ligue et faire amende honorable pour avoir appartenu à cette détestable association ; mais, après s'être laissé aller à une semblable erreur, il n'entend pas en commettre une plus grande en entretenant la discorde entre les catholiques et les huguenots. Si on veut la paix dans l'État et dans l'Église, il faut s'unir et se tolérer et surtout se garder de se laisser égarer par des prêtres ignorants des Saintes Écritures et de leur interprétation. Quant à admettre ceux de la religion réformée dans les États, ce serait tout simplement imiter l'exemple des papes qui en maintes circonstances avaient reçu les hérétiques dans les conciles. Il conclut à la vérification pure et simple de l'édit, sans aucune modification. Ce fut l'opinion qui l'emporta, mais de six voix seulement, par 59 voix contre 53 sur 112 votants. Le procureur général ne fut pas satisfait de ce résultat et après la levée de l'audience il alla trouver le premier président pour le prier de mettre sur l'arrêt cette simple mention : « Ouï le procureur général », sans ajouter, comme il était d'usage, « ce requérant ». Les huguenots eurent connaissance du fait et ne l'oublièrent pas *.

De plus graves difficultés allaient se produire à l'occasion de mesures financières. Le Parlement pressenti s'était montré défavorable et il avait même refusé de vérifier l'édit des consignations, et adressé des remontrances au roi. Henri IV, fort mécontent, fit savoir au Parlement qu'il tenait essentiellement à cetédit, que, si on continuait à refuser son enregistrement, il se rendrait lui-même au Parlement et qu'il profiterait de l'occasion pour apporter

1. Voy. sur tous ces points L'Estoile, op. cit., t. VII, p. 12 à 17.

une demi -douzaine d'autres édits dans sa manche. « Traitez-moi, ajoutait-il, en s'adressant au premier président, comme les moines, victum et vesliticm. Je ne mange pas toujours mon saoul et, quant à mes habillements, regardez, monsieur le président, regardez comme je suis accoutré1. » Quelque temps après, le roi, apprenant que les Espagnols avaient mis le siège devant Cambrai, demanda de nouvelles ressources pour secourir la ville ; mais le Parlement refusa d'enregistrer les édits bursaux et ne céda qu'après des jussions réitérées. Ce retard fut la cause de la perte de Cambrai qui succomba le o octobre 1595 -.

La guerre continuant avec l'Espagnol et la paix conclue avec Mayenne ayant coûté 5 580 000 livres, d'autres subsides devenaient nécessaires; le trésor était aux abois et, malgré la vigilance de Sully, la dette de l'Etat s'élevait à plus de 320 millions; dans des conjonctures aussi sérieuses, le roi ne voulait pas proposer au Parlement de simples édits qui auraient été repoussés, ni s'adresser à des États généraux qui auraient compromis son autorité absolue.

Henri IV se décida à convoquer une assemblée de L'assemblée notables à Rouen pour rétablir l'ordre dans les finances. esn0 a Ce qu'il importe de remarquer ici, c'est l'importance donnée à la magistrature : sur soixante notables du troisième ordre, vingt-cinq étaient des délégués des parlements et des autres cours souveraines; le troisième ordre comprenait en outre dix-huit trésoriers de France et dixsept maires ou échevins. On avait convoqué pour le clergé neuf membres et pour la noblesse dix-neuf. Ce n'est pas ici le lieu d'étudier les travaux de l'assemblée des notables

Page 1