‹ Le parlement de ParisChapitre 58 sur 238 · Mémoires de Mme de Mornay, t. I, p. 357 et · texte numérisé non relu

Mémoires de Mme de Mornay, t. I, p. 357 et

pas en habit royal, comme mes prédécesseurs, ni avec l'épée et la cape, comme un prince à des ambassadeurs étrangers, mais vêtu comme un père de famille, en pourpoint, pour parler franchement à ses enfants. »

Le roi exposa aux membres du Parlement qu'il les avait mandés pour la vérification de l'édit accordé aux protestants. « Ce que j'ai fait est pour le bien de la paix. Je l'ai faite au dehors, je la veux au dedans. Vous me devez obéir, quand il n'y aurait autre considération que de ma qualité et de l'obligation que m'ont tous mes sujets et particulièrement vous tous de mon Parlement. J'ai remis les uns en leurs maisons dont ils étaient bannis, les autres en la foi qu'ils n'avaient plus. Si l'obéissance était due à mes prédécesseurs, il m'est dû autant et plus de dévotion, d'autant que j'ai établi l'État, Dieu m'ayant choisi pour me mettre au royaume qui est mien par héritage et par acquisition.... Ne m'alléguez point la religion catholique, je l'aime plus que vous; je suis plus catholique que vous; je suis fils aîné de l'Eglise.... Ceux qui ne voudraient que mon édit passe veulent la guerre; je la déclarerai à ceux de la religion, mais je ne la ferai pas; vous irez la faire vous, avec vos robes, et ressemblerez à la procession des capucins qui portaient le mousquet sur leurs habits. Si vous ne voulez passer l'édit, vous me ferez aller au Parlement et vous serez ingrat quand vous m'aurez créé cet ennui.... La nécessité me fit faire cet édit. C'est par la même nécessité que j'ai fait autrefois la guerre. Je suis roi, maintenant, parle en roi, et veux être obéi. A la vérité la justice est mon bras droit, mais si la gangrène s'y prend, la gauche doit le couper. » Le roi reprocha ensuite aux membres du Parlement de lui demander sans cesse des grâces qu'il ne leur refuse jamais et de résister à sa volonté lorsqu'à son tour il leur adresse quelques demandes. Il n'était pas possible de traiter le Parlement de

plus haut. Après quelques négociations et une seconde entrevue au Louvre entre le roi et sa Cour, le Parlement se décida à publier l'édit le 2 février 1599. D'ailleurs il avait obtenu satisfaction sur deux points importants. D'une part on avait limité la faculté, pour les calvinistes, de s'assembler et d'autre part on avait modifié la répartition des conseillers protestants. Ceux-ci n'étaient plus concentrés dans la Chambre de l'Édit; un seul y était attaché et les autres, à Paris au nombre de cinq, étaient répartis dans les chambres des Enquêtes1.

Le Parlement avait compris que le roi entendait régner Henri iv en prince absolu et qu'il ne pouvait plus être question de le paiement, s'occuper sérieusement des affaires politiques. C'était au contraire le roi qui intervenait dans celles de la justice, parfois avec raison, parfois aussi tout à fait à tort. D'après un usage constant depuis des siècles et qui se perpétua encore longtemps pendant la suite, tout plaideur faisait intervenir en sa faveur auprès des juges les personnages influents qu'il pouvait connaître et qui consentaient à lui prêter assistance. Les magistrats étaient tellement habitués à ces sollicitations que le plus souvent ils n'en tenaient pas compte. Mais lorsque le roi intervenait ainsi en faveur d'un plaideur, le fait était plus grave ; la recommandation d'un roi peut avoir la même force qu'un ordre impératif. Henri IV eut le tort d'en abuser et pendant tout son règne il écrivit lettre sur lettre aux magistrats des différents parlements pour soutenir les prétentions de certains plaideurs. Il déclarait volontiers qu'il n'avait « rien en si grande recommandation après l'honneur de Dieu que faire distribuer également la justice2 ». Mais sa correspondance prouve qu'il oubliait assez facilement ce pré-

1. Voy. l'article 30 de l'édit de Nantes. Isambert, t. XV, p. 150.

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