Voy. Mémoires de Mathieu Mole, t. I, p. 72 à 8G
révolte. Le Parlement, toutes Chambres réunies, délibéra le 15 et le 18 septembre sur cette grave affaire. Il rendit un arrêt qui prononçait surséance pour un mois à l'enregistrement des lettres du roi. Le Parlement expliqua à Louis XIII qu'il n'avait pas voulu procéder tout de suite, à cause de la gravité de l'accusation dirigée contre un prince du sang, mais il ajouta qu'il avait rendu arrêt contre tous les perturbateurs de la paix publique, et, en effet, le Parlement avait ordonné à tous ceux qui avaient pris les armes, de les déposer, sous peine d'être considérés comme criminels de lèse-majesté. Quelques partisans du prince de Condé imaginèrent de faire publier un autre arrêt entièrement faux, et ils eurent même l'audace de se plaindre à la chambre des vacations de ce faux. Malgré tout, les partisans de Condé se soumirent; dans ces circonstances encore l'intervention du Parlement profitait au roi qu'elle tirait d'un grave péril1.
En même temps que le Parlement affirmait son autorité, il faisait aussi respecter ses privilèges. Le baron de Beauvoir, emprisonné pour crime de lèse-majesté, ayant été enlevé par violence, la Cour, le 14 juin 1616, se transporta en corps au Louvre pour se plaindre de cette illégalité. Le roi lui fit répondre, par le garde des sceaux, qu'il regrettait la manière dont ses ordres avaient été exécutés, mais qu'il avait en effet prescrit la mise en liberté de Beauvoir, par des raisons d'État; il invitait la Cour à ne pas suspendre l'administration de la justice, autrement elle l'offenserait. Le Parlement ne se tint pas pour satisfait et il envoya les gens du roi au Louvre pour prier Louis XIII de punir ceux qui avaient employé la force et la violence.
A la même époque, le premier président du parlement de Provence, Du Vair, fut nommé garde des sceaux, et
1. Voy. sur ces divers points Isambert, t. XVI, p. 101; Mémoires de Mathieu Mole, t. I, p. 97, 109.
une disposition des lettres patentes de sa nomination portait que le garde des sceaux pouvait présider le Parlement. Cette clause avait déjà été insérée dans les lettres de nomination des chanceliers de Marillac et de Birague. Mais le Parlement n'en voulut pas et refusa de l'enregistrer1.
Le maréchal Ce qui contribuait aussi à augmenter la force du Parlement, c'est que le roi lui-même comprenait la nécessité de s'appuyer sur cette compagnie dans les circonstances les plus graves ou les plus délicates. Ainsi, peu de temps après, le maréchal d'Ancre ayant été tué pour avoir résisté à Vitry qui était chargé de l'arrêter, le roi s'empressa d'appeler ses avocats au Parlement, Servin et Lebret; il les chargea de déclarer au Parlement qu'il avait voulu faire arrêter Concini pour attentat contre le roi et son État, et que Concini avait été tué pour avoir résisté à ses ordres. Louis XIII demandait que sa Cour de Parlement s'assemblât pour lui donner avis sur ce qu'il y avait à faire. Le premier président, assisté de quelques conseillers, se rendit au Louvre au nom de la Cour. Le roi lui demanda s'il y avait lieu de faire le procès au corps mort, ou si une déclaration suffisait pour expliquer que le maréchal d'Ancre avait été tué en résistant à un ordre du roi. Les députés du Parlement se prononcèrent pour cette déclaration dressée sous forme de lettre de cachet2. Le 20 juin 1617, les trois Chambres s'assemblèrent pour juger la maréchale d'Ancre qui fut condamnée et brûlée comme sorcière. L'arrêt de condamnation portait en outre « que ses biens et ceux du maréchal étaient con-
1. Mémoires de Mathieu Mole, t. I, p. 119 et suiv. D'ailleurs les lettres du roi, suivant l'usage, unissaient l'état et l'office de chancelier à l'état de garde des sceaux.