Voy. notamment Mémoires de Mathieu Mole, t. I, p
Le Parlement commençait à tomber de nouveau dans un défaut qui lui avait bien souvent nui, mais d'ailleurs ce défaut était aussi celui du temps et il avait, dans maintes circonstances, été une des causes de la faiblesse des États généraux. On ne comprenait pas, à cette époque, qu'un grand État doit faire face à de nombreuses dépenses, et chacun, ne songeant qu'à ses privilèges, cherchait à échapper à l'impôt. Le Parlement n'était pas mieux avisé. En toute circonstance, soit dans l'intérêt du Tiers-État qu'il voulait flatter, soit dans son propre intérêt, il refusa les taxes nouvelles et manqua complètement, sous ce rapport, de prévoyance et d'esprit politique. Sa conduite ne pouvait, en effet, avoir d'autre résultat que de mettre la royauté dans l'embarras au lieu de l'en tirer; alors aussi la royauté était naturellement portée à considérer le Parlement comme un véritable obstacle à la bonne administration de l'État. Sans doute, le Parlement élevait des critiques sérieuses contre certaines mesures, mais il aurait dû comprendre qu'il ne suffisait pas de critiquer une taxe et qu'il fallait aussi en proposer une autre pour en tenir lieu et payer les dettes de l'État. Le Parlement n'avait pas la vue aussi longue; il ne songeait qu'à l'opposition, et sa résistance était d'autant plus fâcheuse qu'elle était fondée plutôt sur un intérêt particulier que sur un intérêt général. Pour faire face aux frais de la guerre contre les protestants, il avait fallu rétablir le droit annuel qui avait été supprimé en 1618 à la demande de l'Assemblée des notables; on avait créé de nouvelles charges de trésoriers de France, au nombre de douze ; on avait établi quelques taxes nouvelles, parfois même inventé des offices ridicules. Le Parlement avait présenté des remontrances et le surintendant La Vieuville les avait fait rejeter; les parlements de province ne furent pas plus heureux.
Aussi lorsque Richelieu devint définitivement maître Richelieu des affaires, loin de songer à s'appuyer sur le Parlement, le piment il s'attacha sans cesse à l'affaiblir. Qu'on lise les mémoires dits de Richelieu et on constatera que le grand ministre affecte de ne pas parler du Parlement et ne lui donne qu'un rôle tout à fait secondaire, celui d'une simple Cour de justice ordinaire. Si ces Mémoires ne sont pas de Richelieu, du moins sont-ils inspirés de son esprit et en les lisant on acquiert la preuve que pendant toute cette seconde partie du règne de Louis XIII la monarchie absolue et despotique contint le Parlement dans des limites très étroites. Les autres Mémoires du temps, par exemple ceux de Goulas, laissent la même impression, le Parlement est toujours relégué à un rang inférieur.
Ce n'est pas à dire cependant qu'il se fit complètement oublier. Il eut, au contraire, le courage de la résistance ; il lutta même souvent avec dignité, parfois, ce qui vaut mieux encore, avec le bon droit de son côté. Aussi un des principaux soins de Richelieu fut, pendant toute la durée de son ministère, de constituer des commissions extraordinaires pour juger les procès de nature à intéresser l'État.
Dès qu'il fut maître du ministère, il établit une chambre de justice pour rechercher les abus commis dans l'administration des finances1. Richelieu aurait même voulu que cette commission fût permanente, mais le Parlement résista et avec succès. Les commissions extraordinaires n'en continuèrent pas moins à être constituées en maintes circonstances et c'est devant elles que Richelieu traduisit ses ennemis politiques. La juridiction de ces commissions était-elle illégale et irrégulière, comme l'ont écrit certains historiens, ou n'était-elle pas une simple application de la