Mémoires de Mathieu Mole, t. I, p. 452 à
2. Isambert, t. XVI, p. 198; Mémoires de Mathieu Mole, t. I, p. 469. Mais Richelieu ne fut duc et pair que quatre ans plus tard.
que le roi ne relève que de Dieu et que ceux qui se permettent de le blâmer sont des factieux qui mettent son autorité en danger. Le chancelier rappela au Parlement qu'il est établi pour rendre la justice aux particuliers et non pour s'occuper des affaires de l'État. Il voulut aussi faire enregistrer la célèbre ordonnance à laquelle il a donné son nom,quePothier appelait la Belle Ordonnance, parce qu'en effet elle s'inspirait à la fois des demandes des États généraux de 1614, et des voeux des Assemblées des notables tenues à Rouen en 1617 et à Paris en 1626. Il serait trop long de relever ici toutes les dispositions vraiment sages de cette grande œuvre, amélioration de la justice civile et de la justice criminelle, organisation des municipalités sur le modèle de celle de Paris, possibilité pour tout soldat de s'élever à tous les grades dans l'armée. Par maintes dispositions cette ordonnance était tout particulièrement favorable au Tiers-État, mais elle avait pour le Parlement le double tort de réprimer certains abus judiciaires fort invétérés et de réglementer le droit de remontrance. Les remontrances devaient être faites dans les deux mois de la date des ordonnances ; puis ensuite il fallait procéder à la publication, toutes choses cessantes et sans aucune remise1. Ces dispositions indisposaient le Parlement; aussi refusait-il l'enregistrement. De son côté, Richelieu n'éprouvait aucune sympathie pour le chancelier de Marillac, et les dispositions de l'ordonnance relatives au droit de remontrance n'étaient pas faites pour lui plaire. Aussi n'exerça-t-il aucune pression sur le Parlement. D'ailleurs la disgrâce de Marillac était proche- Après la journée des dupes, qui assura le triomphe de Richelieu sur la reine-mère, Marillac, partisan de la reine, fut exilé à sa campagne. Il résulte d'une lettre qu'il avait
1. Voy. art. 53 de l'ordonnance de janvier 1629, dans Isambert, t. XVI, p. 239.
écrite à Mole, qu'il ne se doutait de rien. Le 12 novembre, le roi lui demanda les sceaux et les donna à Charles de l'Aubépine, marquis de Châteauneuf1. Quant au maréchal de Marillac, frère du chancelier, on le poursuivit pour péculat et extorsion. Le Parlement était son juge naturel. Mais comme il s'agissait d'une vengeance politique, le cardinal se garda bien de le déférer à ses juges. Le maréchal fut traduit devant des commissaires ; il présenta requête au Parlement pour le décider à évoquer son procès. Mais le 10 février, le roi, après avoir mandé plusieurs magistrats du Parlement auprès de lui, défendit à la Cour de s'occuper de cette affaire 2.
Le Parlement ne s'opposait pas moins, dans la limite de ses forces, à toutes les nominations de commissaires et aux autres atteintes portées à la justice du roi. Lorsque Louis XIII lança une déclaration contre les personnes sorties du royaume en même temps que le duc d'Orléans, en les déclarant coupables de lèse-majesté, le Parlement fit des difficultés pour l'enregistrement de cette décision qui était moins une ordonnance qu'un arrêt de justice. Elle avait cependant déjà été enregistrée par le parlement de Dijon. Le roi fut obligé d'envoyer des lettres de jussion. Le Parlement, s'étant de nouveau réuni, se trouva partagé entre deux avis : l'un était de faire une information avant de procéder à l'enregistrement, l'autre d'adresser des remontrances3. Lorsque le roi eut connaissance de ce résultat, il en fut tellement offensé qu'il revint brusquement de
1. Mémoires de Mathieu Mole, t. II, p. 30; Mémoires cI'Omer Talon, éd. de 1732, t. I, p. 5.
2. Mémoires de Mathieu Mole, t. II, p. 69. Omer Talon croyait que Mole avait été impliqué dans cette affaire et qu'il avait obtenu un arrêt de décharge sur ses instances, mais il résulte des mémoires de Mole qu'Orner Talon s'était trompé. Voy. Mémoires d'OMER Talon, t. I, p. 12.