‹ Le parlement de ParisChapitre 79 sur 238 · Mémoires d'OMER Talon, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires d'OMER Talon, t. I, p

Fontainebleau, manda au Parlement de se rendre au Louvre. « Sur les trois heures et demie, dit Mole, nous sommes tous partis du Palais, en corps de Cour, à pied, les bonnets carrés et les huissiers marchant devant, et sommes arrivés au Louvre à quatre heures. On y donna lecture au Parlement d'un arrêt du Conseil qui cassait son arrêt du 26 avril 1631, par lequel il avait déclaré qu'il allait délibérer sur les lettres patentes rendues contre les personnes sorties de France avec le duc d'Orléans. » L'arrêt du Conseil reprochait au Parlement, « au lieu de procéder à l'enregistrement et publication pure et simple d'icelle, ainsi que leur était mandé et ce devait faire selon que de tout temps il s'est observé, d'avoir mis l'affaire en délibéré et pris divers avis, en sorte qu'il n'y aurait eu aucune résolution, au grand mépris de l'autorité du roi et de ses commandements, bien et repos de la France, où il n'est permis ni loisible aux Cours du Parlement, ni à aucun autre officier de prendre connaissance des affaires d'État, administration et gouvernement du royaume, qu'au roi seul établi et préposé de Dieu et auquel seul il en doit rendre compte ; telles et semblables déclarations concernant le gouvernement de l'État étant envoyées au Parlement, non pour en délibérer, mais pour les faire publier, garder et observer par tous ses sujets ». L'arrêt du Conseil porte ensuite que « fais Sa Majesté très expresse inhibition et défense à ladite Cour du Parlement, de mettre à l'avenir en délibération telles et semblables déclarations concernant les affaires de son État, administration et gouvernement d'icelui,à peine d'interdiction de leurs charges et de plus grandes s'il y échet ». L'arrêt du Conseil se termine par deux dispositions : les lettres de déclaration seront retirées du Parlement et envoyées aux baillages et sénéchaussées du ressort de la Cour, pour y être lues, publiées et enregistrées ; l'arrêt de délibération du Parlement sera lacéré. Le garde

des sceaux réprimanda le Parlement vertement et, par des autorités prises dans l'histoire, il lui prouva qu'il ne devait pas s'occuper des affaires de l'État, que sa seule fonction était de juger les différends entre particuliers, que les déclarations du roi lui étaient envoyées pour le seul enregistrement. A la même séance, le procureur général de Monsieur présenta requête contre Richelieu et demanda qu'un procès lui fût fait. Il y eut sur cette requête arrêt du Conseil, lequel la déclara calomnieuse et défendit de la présenter au Parlement de Paris et aux autres. Enfin on rendit une déclaration en faveur du cardinal et qui n'était autre chose que son panégyrique fait par lui-même. Aussi en rit-on beaucoup à la Cour, à Paris et à Nancy où se trouvait alors Gaston1.

Le même jour, à cinq heures du soir, les présidents Exil

Gayant et Barillon et le conseiller aux Enquêtes Laisné de maëistratsreçurent ordre du roi de ne pas venir au Palais et de quitter Paris dans les vingt-quatre heures. Le lendemain matin, dès sept heures, cette nouvelle se répandit immédiatement au palais et le procureur général Mole conclut à ce que, toute affaire cessante, de très humbles remontrances fussent faites au roi. Il citait comme précédent ce qui avait eu lieu en 1561 à l'occasion de l'interdiction du premier président. La Cour obtempéra à ces réquisitions et, le lendemain, les Chambres assemblées chargèrent Mole de se rendre auprès du roi et auprès du garde des sceaux pour se plaindre de cette atteinte à l'honneur de la compagnie et de tous les officiers de France qui ne peuvent être interdits de leurs charges que par sentence des juges; d'ailleurs, ajoutait-on, les magistrats frappés n'étaient en faute que d'avoir manifesté leur avis, et comme

Page 1