Mémoires de Goulas, t. I, p. 116 et
ils l'avaient donné en secret, les vrais coupables étaient bien plutôt ceux qui, oubliant leurs serments, avaient trahi le secret de leurs délibérations. Reçus le lendemain par le roi, les délégués du Parlement lui déclarèrent « que quand il y aurait sujet de plainte, l'ordre en France ne peut souffrir tels interdictions et bannissements, puisqu'il y a loi expresse et de tout temps gardée, que nul officier ne pourrait être interdit ou privé de sa charge que par forfaiture déclarée, en connaissance de cause, parles juges établis pour les juger ; que le roi Louis XI, touché de repentir d'en avoir jugé autrement, voulut enfin se donner la loi à soi-même et l'établir pour être gardée à l'avenir, comme fondamentale du royaume. Elle assure l'innocence et l'intégrité des magistrats qui, ne pouvant, en l'exercice de leurs charges, contenter un chacun, peuvent laisser les mécontentements en l'esprit de quelques-uns qui, pour se venger, se porteraient aisément à rapporter choses non véritables qui, étant facilement crues par le prince, le pourraient porter plutôt à leur faire ressentir la peine de son indignation que d'examiner la vérité de l'accusation selon les ordres prescrits en justice. Elle augmente le courage des officiers exposés pour soutenir l'effort de ceux qui veulent abuser de leur puissance et arrête le cours des maux qui peuvent accroître à tel degré qu'ils ne laisseraient plus de lieu aux remèdes ». Le roi se laissa toucher et fît répondre par le garde des sceaux qu'il révoquait dès maintenant l'ordre donné aux trois magistrats de se rendre à Limoges, Clermont et Bourges et qu'il les autorisait provisoirement à se retirer dans leurs maisons de campagne près Paris, en attendant une grâce plus complète. Le lendemain 17 mai, la Cour délibéra et décida que des commissaires se rendraient de nouveau auprès du roi, pour le remercier et lui demander le complément de la grâce; mais cette démarche ne fut pas faite et fut rendue inutile
par le roi qui accorda la grâce avant qu'elle ne lui fût demandée1.
C'est à cette époque que le roi éleva le cardinal de Ri- Difficultés
entre là
chelieu2, déjà pair de France, à la dignité de duc et il Grand'Chambre accorda les mêmes honneurs en même temps à MM. de et les Enquêtes. la Vallette et de la Rochefoucault. Mais l'enregistrement des lettres patentes du nouveau duché-pairie fut pendant quelque temps retardé par suite d'un conflit qui s'était élevé entre la Grand'Chambre et les Enquêtes. Celles-ci soutenaient qu'elles avaient le droit d'assister aux délibérations relatives aux lettres de création des duchés-pairies, tandis que la Grand' Chambre leur contestait ce droit et affirmait qu'elles ne l'avaient exercé que depuis François Ier. Le roi avait déjà insisté, à la dernière audience qu'il avait donnée aux députés du Parlement, pour obtenir l'enregistrement de ces lettres, mais sans aucun succès. Le 20 août il manda la Cour au Louvre, pour faire cesser le conflit, mais la Cour préféra ne pas se rendre à cette invitation et chargea le procureur général Mole de l'excuser; elle espérait qu'elle arriverait à un arrangement sans l'intervention du roi. Louis XIII écrivit de nouveau le 2 septembre au Parlement, pour ordonner l'enregistrement par la Grand'Chambre, sans la participation des Enquêtes ; puis l'affaire se termina par une transaction : il fut convenu que l'enregistrement aurait lieu en l'absence de Messieurs des Enquêtes, mais que ceux-ci assisteraient à la prestation de serment des nouveaux ducs et pairs et, quant au fond du débat, que les droits de chacun étaient entièrement réservés pour l'avenir3.