Mémoires de Mathieu Mole, t. II, p
4. Mémoires de Mathieu Mole, t. II, p. 148 et suiv. C'est dans ce lit de justice qu'à raison d'une innovation imposée par le roi et qui froissa beaucoup les magistrats, les présidents durent se lever à l'apparition du garde des sceaux et le saluer. Il était d'usage, consacré par lettres patentes, que les présidents se levassent
de la défaite et de la prise du duc de Montmorency1: La terreur régnait partout et les parlements de province se soumettaient à l'autorité du terrible cardinal. Le parlement de Dijon rendit et fit exécuter, d'ailleurs par effigie, un arrêt de mort contre les ducs d'Elbœuf et de Montpensier. Mais le Parlement de Paris résistait encore et ne manquait aucune occasion pour témoigner de sa fermeté. Des lettres patentes du 51 janvier 1655 avaient décidé que le roi pourrait pourvoir aux offices des condamnés par contumace pour crime de lèse-majesté, bien que les cinq ans de l'article 28 de l'ordonnance de Moulins et de l'article 185 de l'ordonnance de Blois ne fussent pas expirés. Le Parlement refusa d'enregistrer cette déclaration et le roi apprit que cette décision avait été inspirée par le président de Mesmes. Des lettres du 25 mars lui prescrivirent de quitter sur-le-champ Paris et de se rendre à Blois pour y rester jusqu'à 'nouvel ordre. Le Parlement s'empressa
seulement à l'entrée du chancelier dans le parquet, honneur que les magistrats se rendaient aussi les uns aux autres. Le garde des sceaux de Laubespine obtint du roi une lettre de cachet qui obligeait les présidents à le saluer. Cela fit grand bruit et scandale dans le palais. Le roi l'ayant appris fit savoir au premier président qu'il entendait être obéi, et comme ce magistrat lui faisait observer que cet honneur rendu au garde des sceaux était une innovation, le roi répliqua qu'il ne voulait entendre aucune raison. Il fallut obéir. Mais le premier président eut bien soin de dire au garde des sceaux qu'on lui rendait cet honneur pour obéir au roi, quoiqu'il ne fût pas dû à sa dignité et qu'il fût contraire à l'usage. Il y eut encore à la même séance trois autres innovations qui firent grand bruit et scandalisèrent le premier président : contrairement à la règle «que le roi nepeutninedoitavoir de compagnon dans un lit de justice », il s'en donna dans cette circonstance, en appelant avec lui en conseil les princes du sang et les cardinaux; en second lieu les cardinaux furent mis sur le pied d'égalité avec les princes du sang, tandis qu'ordinairement ils passaient après eux; enfin les présidents ne donnèrent leurs suffrages qu'après les princes et les cardinaux, quoique d'après l'usage ils fissent connaître leur avis immédiatement après le roi.