Mémoires de Mathieu Mole, t. II, p
de demander audience pour adresser des remontrances au roi et obtenir le rappel du président. Le roi répondit qu'il recevrait les députés du Parlement le 26 mars; il leur offrit même à dîner avant l'audience, mais il leur déclara ensuite qu'il avait sévi contre le président de Mesmes pour faire un exemple ; il leur demanda de le mieux servir à l'avenir et leur rappela que les présidents doivent se lever à l'arrivée du chancelier1.
On se garda d'oublier cette recommandation. Quelques Annulation jours après, le mardi 12 avril, le roi étant venu tenir un de Gaston? lit de justice, le premier président s'empressa de se lever à l'entrée du chancelier, et le même cérémonial fut observé dans la suite2. Ce lit de justice était tenu à l'occasion de la déclaration qui permettait au roi de disposer tout de suite des offices des condamnés par contumace. La déclaration fut enregistrée, malgré les représentations du premier président qui essaya en vain de montrer au roi la gravité d'un pareil changement3. Le Parlement ne fit au contraire aucune difficulté pour annuler, par arrêt du 5 septembre 1654, le mariage du duc d'Orléans avec la princesse Marguerite de Lorraine, ni même pour déclarer le duc de Lorraine coupable d'un crime de rapt envers la personne de Monsieur, frère unique du roi4. Richelieu avait compris que, dans une question de cette nature, le point de vue juridique avait autant d'importance que l'intérêt politique, et il n'avait pas hésité à s'adresser au Parlement, au risque de le saisir d'une question qui intéressait l'Etat au plus haut degré. D'ailleurs il savait que dans les
1. Mémoires de Mathieu Mole, t. II, p. 168 à 174; Mémoires cTOmer Talon, t. I, p. 55.