‹ Le parlement de ParisChapitre 86 sur 238 · Mémoires d'OMER Talon, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires d'OMER Talon, t. I, p

on l'a dit, devait fatalement diminuer les épices, mais elle procurait des ressources considérables au roi, et, dans les guerres où l'Etat était engagé, il fallait avoir l'esprit de sacrifice. La noblesse et le clergé avaient donné l'exemple; on l'avait rappelé ; le Parlement ne le suivait pas.

Dans la suite il fut mieux inspiré. Dès le mois d'aoïU 16361e roi appela son Parlement au Louvre et lui demanda des subsides pour repousser les Espagnols ; il dit que Paris avait promis 20 000 hommes, le Conseil autant, et qu'il ne pouvait attendre moins de son Parlement. Celui-ci promit en effet ce qu'on lui demandait et le roi s'en montra très satisfait. Pour la réalisation de la promesse de la ville, le Parlement autorisa Paris à emprunter jusqu'à concurrence de la somme de 100 000 livres. Chaque habitant devait en outre fournir un homme de cheval armé, mais le roi fit dire au Parlement qu'il n'entendait pas employer la violence et qu'il espérait bien recevoir ce don du bon vouloir de ses sujets. En même temps, sur les réquisitions du procureur général, le Parlement rendait arrêt qui enjoignait à tout gentilhomme, de quelque qualité ou condition qu'il fût, faisant la profession des armes, de se soumettre, dans la huitaine, au service de guerre du roi en Picardie, s'il n'était retenu par la maladie ou autre cause légitime reconnue par le bailli ou sénéchal, sous peine d'être déclaré déchu du bénéfice de la noblesse. Quelques jours après, le roi quitta Paris pour aller se mettre à la tête de son armée de Picardie et pendant son absence il confia le gouvernement de l'État à la reine Anne, assistée d'un Conseil dont faisait partie le procureur général Mole. L'accord était complet en présence du danger extérieur et cependant dans ce même mois d'août une nouvelle brouillerie avait été sur le point d'éclater. Deux ou trois jours après avoir accordé les deux mille hommes qu'on demandait, Messieurs étant assemblés, proposèrent de délibérer sur les mesures

à prendre pour assurer la sûreté de la ville. Le Premier Président, voulant empêcher cette délibération d'aboutir, fit traîner l'affaire jusqu'à l'heure où l'on avait l'habitude de lever l'audience et la discussion fut remise au lendemain. Mais le roi fut prévenu de l'incident et trouva la chose très mauvaise, d'autant plus qu'il était présent à Paris et qu'il s'occupait des mesures à prendre. Il commanda au procureur général défaire venir le Parlement au Louvre, et, dans l'audience où il le reçut, il lui témoigna sa colère de ce qu'il voulait toujours se charger des affaires de l'État. Il ajouta qu'il saurait bien montrer qu'il était le maître1.

L'année suivante, en 1657, une nouvelle création d'offices, nécessitée par les dépenses de la guerre, souleva encore l'opposition du Parlement. L'affaire semblait même prendre une tournure assez grave, car ce n'étaient plus les jeunes magistrats turbulents des Enquêtes qui avaient provoqué la résistance, mais les trois chambres, composées de magistrats plus modérés. Le roi reçut très mal, le 26 mai 1637, la députation du Parlement et il vint luimême au Palais, pour assister à l'installation des nouveaux conseillers. Le Parlement se vengea en refusant de délibérer avec eux. Il plaça ces conseillers dans une situation si ridicule qu'il fallut l'année suivante un arrêt du Conseil du mois de mars pour rappeler au Parlement que les anciens et les nouveaux conseillers étaient sur un pied de complète égalité2. Disons tout de suite qu'on continua à leur faire toutes sortes de misères et que cette situation dura jusqu'à la guerre de la Fronde. Pour se procurer des ressources, le Parlement leur promit alors la paix et l'égalité, à la condition qu'ils paieraient chacun une somme de

1. Voy. sur tous ces points Mémoires de Mathieu Mole, t. II, p. 351 à 356.

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