‹ Le parlement de ParisChapitre 87 sur 238 · Mémoires cI'Omer Talon, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires cI'Omer Talon, t. I, p

15000 livres, ce qu'ils s'empressèrent de faire, et, comme ils étaient au nombre de vingt, on leur donna le sobriquet de Quinze- Vingts.

L'année 1657 vit aussi reparaître le droit annuel qui avait été supprimé en 1617. Malgré ces expédients, le trésor restait aux abois et des désordres éclatèrent à Paris au mois de mars 1638 à cause du non-paiement des rentes de l'Hôtel de Ville. A la même époque, le Parlement ou, pour parler plus exactement, les Enquêtes, continuaient à causer toutes sortes d'ennuis aux conseillers de création nouvelle. Un arrêt du Conseil de mars 1658 enjoignit aux Enquêtes de cesser ces mauvais procédés qui consistaient surtout à ne donner à ces magistrats aucune affaire à rapporter et à ne pas les laisser opiner. Le 27 mars, les gens du roi portèrent l'arrêt du Conseil à la Grand'- Chambre et on en avertit les conseillers des Enquêtes. Aussitôt, sur la proposition de la troisième des Enquêtes, les diverses chambres des Enquêtes demandèrent une assemblée des chambres au sujet du défaut de paiement des rentes de l'Hôtel de Ville et de l'emprisonnement de certains rentiers séditieux. Le premier président trouva le moyen d'éviter l'assemblée des chambres et déclara même très franchement que, si elle se tenait, rien ne serait plus désagréable au roi. En effet, le roi ayant eu connaissance de ces projets envoya le 29 mars au Parlement une lettre de cachet pour lui défendre de s'assembler. En même temps, un conseiller, M. de Nauve, fut chargé de porter aux cinq chambres des Enquêtes l'arrêt du Conseil et les lettres patentes concernant les insultes faites aux nouveaux conseillers. Ce magistrat fut très mal reçu. A la première des Enquêtes, le président Barillon lui demanda si l'arrêt du Conseil avait été lu en la Grand'Chambre et s'il avait été ordonné qu'il serait « registre » au greffe de la cour; autrement, disait-il, les Enquêtes n'étaient pas

tenues de le recevoir. Le conseiller de la Nauve ayant répondu qu'il n'était pas chargé de rendre compte de ce qui se passait à la Grand'Chambre, le président Barillon répliqua qu'il tenait l'arrêt comme non enregistré. La troisième chambre agit plus franchement et refusa directement de recevoir l'arrêt du Conseil et la lettre de cachet ; les conseillers Charton et Bitaud se firent tout particulièrement remarquer par leurs critiques. A la suite de ces refus, les membres des Enquêtes allèrent prendre leurs places à la Grand'Chambre pour demander l'assemblée. C'est le président Gayant qui fit cette proposition en sa qualité de plus ancien président des Enquêtes. Le président Barillon attaqua violemment la Grand'Chambre; il lui reprochait de se désintéresser des affaires du peuple et de la compagnie, alors qu'elle devrait, à raison même de l'ancienneté de ses membres et de leur autorité, donner l'exemple contraire aux jeunes conseillers des Enquêtes. Mais, d'ailleurs, la démarche des cinq chambres des Enquêtes resta sans résultat et ne put vaincre le refus du Premier Président. Le lendemain 30 mars, les membres des Enquêtes revinrent, comme la veille, occuper leurs sièges à la Grand'Chambre; le premier président leur fit remarquer qu'ils n'avaient pas plus de pouvoirs que la veille et que par conséquent l'assemblée ne se tiendrait pas. Ils n'en restèrent pas moins sur leurs sièges jusqu'à neuf heures du matin, mais sans résultat. A la suite d'un conseil tenu le 51 mars, deux présidents et trois conseillers reçurent l'ordre de se retirer, le président Barillon à Tours, le président Charton dans une de ses maisons de campagne, le conseiller Salo, de la première des Enquêtes, à Loches, le conseiller Sevin, de la troisième des Enquêtes, à Riom, et le conseiller Chibeuf à Caen. En même temps deux huissiers du Conseil étaient envoyés à la troisième chambre des Enquêtes pour lui déclarer qu'elle était

frappée d'interdiction et par conséquent suspendue de ses fonctions. Les conseillers des différentes chambres des Enquêtes répondirent à ces mesures en déclarant qu'ils ne prendraient plus part à aucun des travaux de la cour; qu'ils ne siégeraient plus ni à leurs chambres particulières, ni à celle de l'Édit, ni à celle de la Tournelle, mais qu'ils assisteraient seulement aux actes publics comme à la mercuriale. Il en résulta que la chambre de l'Édit et la Tournelle n'étant plus en nombre ne purent pas siéger. Pour empêcher cette suppression du cours de la justice, le roi adressa le 24 avril au Parlement une lettre de cachet qui enjoignait aux Enquêtes de travailler comme à l'ordinaire. Cette lettre fut portée par les gens du roi à la Grand'Chambre, avec ordre de la communiquer aux diverses chambres des Enquêtes. Dans cette lettre de cachet le roi avertissait ces Messieurs du Parlement d'entrer tous les jours dans leurs chambres pour rendre la justice aux sujets du roi, ainsi qu'ils y sont obligés par l'ordonnance et avec défense de désemparer du service qu'ils doivent, sans avoir demandé congé au préalable. Les Enquêtes se soumirent à cet ordre et cette affaire se termina encore une fois par la défaite du Parlement1.

Nouvelles On restait ainsi de plus en plus sous le régime de la

i des^créations violence2. Le Parlement ne s'occupait pas plus de respecd'offices. ter ies droits du roi pour les affaires de l'État que le roi ne s'inquiétait de l'inamovibilité de la magistrature. Mais, comme le roi était le plus fort, le Parlement fut bien obligé de limiter ses prétentions et, jusqu'à la fin du règne de Louis XIII, sous la main de fer de Richelieu, il s'abstint presque toujours de connaître des affaires d'État.

1. Voy. sur tous ces points les Mémoires oVOmer Talon, t. I, p. 244 et suiv.

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