Voy. Mémoires (TOmer Talon, t. III, p. 10 et suiv
tout en étant satisfaits d'avoir la reine pour régente, étaient pleins de méfiance pour le Conseil établi auprès d'elle. Ils craignaient que ce Conseil, composé de certaines créatures du cardinal de Richelieu, dont la mémoire était alors odieuse, n'eût été imaginé pour continuer le gouvernement despotique du cardinal et empêcher la reine d'inaugurer un régime moins oppressif1. Comme le roi continuait à s'affaiblir, la reine se décida le 9 mai à envoyer son aumônier auprès de l'avocat général Talon pour le prévenir que le roi était au plus mal et qu'elle avait l'intention, le moment venu, d'amener à Paris, au Parlement, le Dauphin, pour la tenue d'un lit de justice. La reine ajoutait qu'elle comptait sur les services de l'avocat général et que, s'il y avait lieu, elle l'avertirait à l'avance. Talon insista auprès de l'aumônier pour savoir quels pourraient bien être ces services que la reine attendait de lui. L'aumônier lui confia en secret que la reine avait eu une entrevue avec Monsieur, frère du roi, et avec le prince de Condé ; il y avait été convenu que ces deux princes renonceraient aux avantages que la déclaration leur assurait pendant la régence pour que la reine fût seule régente avec un pouvoir absolu. La reine espérait que le Parlement ne soulèverait aucune difficulté et, pour le cas contraire, elle comptait sur les bons offices de l'avocat général Talon2.
Malgré la gravité de la maladie du roi, il fallait songer aux besoins de l'État et particulièrement à ceux des finances qui étaient très pressants à raison des guerres dans lesquelles on était engagé. Un grand Conseil se tint à Saint-Germain le 10 mai : on imagina comme moyen