‹ Le parlement de ParisChapitre 94 sur 238 · Mémoires (TOmer Talon, t. III, p. 16 et · texte numérisé non relu

Mémoires (TOmer Talon, t. III, p. 16 et

2. Voy., sur ce lit de justice, Mémoires (TOmer Talon, t. III, p. 19 et suiv. ; Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 55 à Go; Dupuy, Traité de la majorité des rois, p. 526.

L'élude des rapports du Parlement et de la régence dans les affaires politiques est tout particulièrement intéressante. Pendant quelque temps l'harmonie fut complète, mais cela dura peu et l'attitude des deux partis ne tarda pas à se dégager très nettement. Malgré son indolence naturelle, la régente fut, pendant toute la durée de ses pouvoirs, et comme une vraie mère, très jalouse de ce qu'elle appelait les droits de son fils ; elle tenait avant tout à ce qu'il n'y fût porté aucune atteinte par le Parlement et ne reculait devant aucune mesure pour triompher; plus d'une fois elle porta de graves atteintes à l'inamovibilité de la magistrature. Ses conseillers la soutenaient dans cette politique et le cardinal Mazarin lui-même, tout en dissimulant, détermina indirectement la reine plus d'une fois à des actes de violence, se réservant habilement pour lui-même le mérite de les faire cesser après les avoir provoqués. La reine n'éprouvait d'ailleurs aucune affection pour ces hommes de loi et à l'occasion elle ne savait même pas dissimuler son mépris ni sa haine; elle ne s'adoucissait et ne leur faisait bon visage que pour la présentation des édits bursaux. De son côté le Parlement défendait avec non moins d'énergie ses droits et ses prérogatives, ce qui était bien, mais il continuait aussi, comme sous les règnes précédents, à refuser les subsides même les plus nécessaires et faisait ainsi les affaires des ennemis de la France qui surveillaient avec attention les difficultés de l'intérieur et entendaient bien profiter de nos troubles.

Au lit de justice qui suivit la mort de Louis XIII, l'accord le plus parfait parut régner entre tous. La reine prononça un discours où elle eut soin de dire qu'elle serait bien aise de se servir des conseils du Parlement, et « je vous prie, ajoutait-elle, de les donner au roi et à moi, tels que vous jugerez en vos consciences pour le bien de l'État ». Le chancelier aurait voulu que la reine obligeât

la compagnie à obtenir la confirmation de ses offices et à prêter serment de fidélité. Mais la reine n'y consentit pas, dans la crainte d'indisposer le Parlement1. Le duc d'Orléans et le prince de Condé prononcèrent aussi de sages paroles : ils renoncèrent au rôle que leur attribuait le testament de Louis XIII et reconnurent que l'autorité tout entière serait remise à la reine, ajoutant qu'ils ne prendraient part aux affaires que dans la mesure où elle y consentirait.

L'avocat général Talon prononça un long discours, où il fit l'éloge du feu roi : il rappela qu'il avait régné trentetrois ans comme David et qu'il était mort à l'anniversaire de son couronnement comme Auguste. Il remercia les princes d'avoir consenti à ce que toute autorité fût remise entre les mains de la régente et d'avoir renoncé à la clause du testament de Louis XIII qui limitait ses pouvoirs et établissait un Conseil. Il reconnaissait « que les restrictions imposées à la régente dérogeaient aux principes et à l'unité de la monarchie et pouvaient être des occasions de division et des empêchements de bien faire ». Mais il n'oubliait pas de supplier la reine » de nourrir et élever Sa Majesté dans l'observation des lois fondamentales du royaume et dans le rétablissement de l'autorité que doit avoir cette compagnie anéantie et comme dissipée depuis quelques années sous le ministère du cardinal de Richelieu qui a achevé d'intervertir la nature des lits de justice, comme on l'avait si fort commencé sous le cardinal Duprat et depuis sous Henri III ». L'avocat général termina en concluant à ce que les restrictions apportées par le testament à l'autorité de la régente fussent supprimées.

Dans son discours le chancelier annonça que le nouveau

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