Voy. Mémoires (TOmer Talon, l. III, p
règne serait un règne de piété, de justice et de paix et, lorsqu'on passa aux avis, le duc d'Orléans et le prince de Condé déclarèrent, conformément aux conclusions des gens du roi, que l'autorité devait appartenir tout entière à la reine. Ce fut l'avis unanime des membres du Parlement.
En conséquence, la cour des pairs rendit un arrêt déclarant la reine régente pour le roi « conformément à la volonté du défunt roi, son très honoré seigneur et père, pour avoir soin de l'éducation et nourriture de sa personne, de l'administration libre, absolue et entière des affaires de son royaume pendant sa minorité ; veut et entend Sa Majesté que le duc d'Orléans son oncle soit lieutenant général en toutes les provinces du royaume, sous l'autorité de ladite dame reine et que, sous la même autorité, son dit oncle soit chef de ses conseils et en son absence le prince de Condé, demeurant au pouvoir de ladite dame de faire choix de personnes de probité et expérience en tel nombre qu'elle jugera à propos pour délibérer auxdits conseils et donner leur avis sur les affaires qui seront proposées, sans que néanmoins elle soit obligée de suivre la pluralité des voix si bon le lui semble1 ». Comme on le voit, l'arrêt du Parlement cassait, tout au moins en partie, le testament de Louis XIII : il supprimait le conseil de sept personnes que le défunt roi avait adjoint à la reine et dont elle devait suivre les avis pris à la majorité; la reine pouvait constituer un conseil à son gré et n'était pas obligée de suivre ses opinions. Le Parlement n'avait pas eu l'heureuse chance de déférer luimême la régence, comme il l'avait fait à la mort de Henri IV ; Louis XIII lui avait enlevé ce droit en l'exerçant lui-
1. Voy. sur ces divers points Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 55 à 65; Isambert, t. XVII, p. 4 et suiv. ; Mémoires de Mme de Mot teville, t. I, p. 104; Dupuy, Traité de la majorité des rois, p. 520.
même dans son testament; mais du moins l'arrêt du Parlement organisait cetie régence et modifiait le testament du roi.
Après avoir été vaincu et réduit au silence par Richelieu, le Parlement rentrait donc encore une fois dans la vie politique, grâce à la minorité du nouveau roi. Il donna une fois de plus la preuve de ses qualités et de ses défauts : d'une part une grande intégrité, un véritable esprit de justice, un dévouement absolu à la monarchie, mais à la condition que cette monarchie soit limitée et non despotique; d'autre part un esprit assez étroit, un manque complet de souplesse, tenant à l'habitude de la procédure, une véritable incapacité de s'élever à la compréhension exacte des vrais besoins de l'État, un soin trop jaloux des intérêts de la compagnie.
Mais le Parlement, qui a joué un rôle secondaire pendant la dernière partie du règne de Louis XIII, va maintenant prendre la première place. Qu'on se reporte aux mémoires du temps si nombreux et si intéressants, on pourra constater qu'après avoir donné un rôle insignifiant au Parlement pour les dernières années du règne de Louis XIII ils s'occupent presque exclusivement de lui pendant la minorité de Louis XIV.
Premières On sait quel était l'état de la France à l'avènement
du nouveau roi : la guerre sur toutes nos frontières, mais avec de brillants succès pour nos armes; les finances épuisées ; le Parlement et la noblesse abaissés par Richelieu. Ce fut la noblesse qui s'agita la première et la cabale des Importants essaya d'arrêter le système politique inauguré par Richelieu. Ce mouvement n'eut aucune importance : les principaux chefs furent enfermés ou bannis et le duc de Beaufort, qui s'était mis à la tête des mécontents, fut enfermé au château de Vincennes. Le roi
écrivit au Parlement pour lui faire part de ces mesures1. La reine tenait ainsi sa promesse de rester toujours en rapport avec le Parlement. Il ne faut pas non plus oublier que les commissions extraordinaires établies par Richelieu furent supprimées et que les victimes du grand ministre rentrèrent pour la plupart en grâce. Aussi le calme parutil se rétablir partout. Tout au plus peut-on relever au Parlement, pendant les mois de juillet et d'août de cette année 1643, une certaine agitation à l'occasion du droit d'induit. Autrefois les nominations résultant de ce droit d'induit avaient été faites directement par le Parlement; puis, dans la suite, le chancelier, au nom du roi, s'était substitué au Parlement. Celui-ci voulait profiter de ce que les circonstances étaient favorables, pour recouvrer ce droit de nomination et il chargea, à cet effet, les gens du roi d'adresser un mémoire au chancelier. Ces observations furent fort mal reçues ; le chancelier n'avait pas oublié qu'on l'avait maltraité dans les assemblées des chambres et qu'on l'avait même accusé de trafiquer des induits. Aussi déclara-t-il qu'il était prêt à combattre à la barrière pour conserver ce droit ; on lui faisait injure en voulant le dépouiller d'une prérogative que lui et ses prédécesseurs avaient exercée depuis près de cinquante ans ; il n'entendait se soumettre qu'en présence d'un ordre de la reine. Mais le prince de Condéet le cardinal Mazarin intercédèrent auprès de la reine et du chancelier et le Parlement recouvra le droit de nomination2.
1. Mémoires du cardinal de Retz, t. I, p. 90; Mémoires de Goulas, t. II, p. 14.
2. Voy. Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 94; Mémoires d'OMER Talon, t. III, p. 28 et suiv. Ce fut d'ailleurs pour peu de temps, car dès l'année 1650 le garde des sceaux de Châteauneuf se remit en possession de la nomination des induits. L'induit était un droit ou privilège, accordé à tout membre du Parlement de Paris, d'obtenir un bénéfice ecclésiastique, soit pour lui-même s'il était clerc, soit
Mesures Le 3 septembre, le Parlement vérifia une déclaration du
financières. . .,
roi qui diminuait les tailles de dix millions pour 1 année 1644, déchargeait les villes et les bourgs détaxes estimées à 600 000 livres et confirmait des exemptions du droit de franc fief1.
Ces mesures furent accueillies favorablement par le Parlement, toujours prêt à accepter les réductions d'impôt et à repousser les augmentations. En matière financière, le Parlement pratiquait les doctrines simples mais absurdes et égoïstes du clergé, des villes et des autres corporations : demander tout à l'État et lui accorder le moins possible.
Le Parlement devait, d'ailleurs, à ses propres dépens, constater que l'État, comme tout autre débiteur, ne peut pourtant pas acquitter ses dettes lorsque ses caisses sont vides. Dès le mois de janvier 1644, le Parlement se plaignit au cardinal Mazarin du retard apporté au paiement de ses gages. On le calma en lui promettant de le satisfaire lorsque les ressources du trésor le permettraient et en ajoutant que désormais les membres du Parlement jouiraient du privilège de franc-salé et des exemptions de droits seigneuriaux et autres accordés aux secrétaires d'État2. Anne d'Autriche alla même plus loin et, pour reconnaître les services que le Parlement lui avait rendus, elle conféra à tous ses membres, par une déclaration de propre mouvement, les privilèges des
pour une autre personne de son choix s'il était incapable de tenir un bénéfice. D'ailleurs, chaque officier du Parlement de Paris ne pouvait jouir de l'induit qu'une fois dans sa vie. Suivant les temps, le Parlement lui-même, ou le chancelier au nom du roi, nommait au collateur ou patron ecclésiastique l'officier du Parlement de Paris qui devait être investi du bénéfice ou la personne que cet officier avait choisie à sa place. Voy. Denisart, V° Induit du Parlement.