Mémoires cTOmer Talon, t. III, p
Grand'Chambre et demandèrent à délibérer; mais le premier président montra tant de fermeté que personne ne put parler jusqu'à ce que l'heure de la levée de l'audience eût sonné. Pendant ce temps, le peuple formait des attroupements au palais et demandait justice. A la sollicitation de la quatrième des Enquêtes, on décida de députer à la reine1.
Celle-ci différa l'audience d'abord pour cause d'indisposition et l'accorda ensuite, mais elle se montra inflexible. Cette entrevue n'eut d'autre résultat que d'exaspérer la reine et de froisser le Parlement. La régente, malgré sa douceur naturelle, se montrait parfois d'une hauteur insupportable. Après un discours du chancelier et un autre du duc d'Orléans, le président Gayant voulut prendre la parole, mais la régente lui imposa brutalement silence et refusa même d'entendre le Premier Président2. En se retirant dans son cabinet, elle manda auprès d'elle les gens du roi pour leur prescrire de s'opposer à toute assemblée. En même temps, des mesures de rigueur furent prises contre certains magistrats; le président Gayant, les conseillers Queslen et Le Comte furent exilés ; le président Barillon fut emprisonné à Pignerol. Le pouvoir royal ne respectait plus l'inamovibilité du Parlement. Celui-ci adressa tout de suite des remontrances à la reine sur les conclusions mêmes des gens du roi. La reine ne put recevoir le Parlement ce jour-là sous prétexte d'indisposition, mais l'audience fut accordée le lendemain en présence du duc d'Orléans, du prince de Condé, des ministres et de plusieurs maréchaux. Le 29 mars 1645, le chancelier fit part au Parlement du déplaisir qu'éprouvait la reine à la suspension du cours delà justice, et la régente ajouta qu'elle ne saurait tolérer que pendant son gouver-