DE RENTRÉE
de Corbie, qui avait été avocat, voulant assurer un fonds à la célébration de ces messes, établit une cotisalion de deux écus, sur la réception de chaque avocat, et d'un écu sur celle de chaque procureur. Les cérémonies furent dès lors plus solennelles, et les procureurs adoptèrent l'usage d'y inviter les magistrats et les avocats. En 1 51 2, Louis XII, logeant au palais, manifesta l'intention d'assister à la messe du Saint-Esprit ; les avocats furent avertis par le Parlement de s'y trouver en grand costume, robe écarlate et chaperon fourré. Le peuple donna, à cette occasion, à cette messe le nom de ronge, de la couleur qui y dominait.
C'était le jour de la Saint-Martin que les Parlements faisaient leur rentrée , ordinairement précédée d'un repas, qui réunissait l'élite de la magistrature. L'institution du dîner de la Saint -Martin remonterait au festin des Ides de mars, que le sénat donnait à Rome aux proconsuls et aux préteurs, avant leur départ pour les provinces.
Les procureurs, notaires, clercs et commissaires du Châtelet célébraient, comme les Parlements, leur rentrée avant les vacances, le jour de la Saint-Nicolas. Après le festin, les clercs représentaient des mystères et des pastorales; les frais du dîner étaient payés par le domaine.
On nommait mercuriales, les séances spéciales ou toutes les chambres étaient rassemblées, à huis clos.
Le procureur général ou l'avocat général faisaient un discours sur la discipline de la cour, comme sur les abus qui pouvaient s'y être glissés.
Plusieurs écrivains signalent le jugement que le3 cours de justice prononçaient contre elles mêmes, comme très- sévères. Les plus petites négligences étaient reprises comme de grandes fautes. Les membres, dont la conduite n'était pas conforme à la dignité de leur rang, étaient dénoncés sans ménagement. L'homme juste même, selon l'expression du chancelier d'Aguesseau, l'homme de bien devait rendre compte de sa loyauté et de sa justice.
Avant que les chambres s'assemblassent, le procureur général remettait à quelques membres du Parlement, commis à cet effet, un écrit contenant ses conclut sions sur la réforme de la discipline ; ils se consultaient entre eux, puis faisaient part aux chambres assemblées de leurs observations .
Il était du devoir du procureur général de veiller à
ce que ces mercuriales (1 ) fussent tenues convenablement. Il devait traduire, devant le roi, la cour de justice qui avait négligé de les tenir, et communiquer au chancelier les conclusions proposées et admises.
Le nom de ces séances particulières instituées d'abord par Charles VIII (Ord. de juillet 1 493, art. HO), ensuite par Louis XII (Ord. de mars 1498, art. 27), vient du jour de la semaine (mercredi) auquel, d'après cette dernière ordonnance, elles devaient se tenir.
Dans les premiers temps, elles avaient lieu tous les quinze jours, mais comme ellesprenaient trop de temps, François P r , dans son édit de Tan 1 539 [art. 1 30] prescrivit de les tenir tous les mois, et défaire part au roi de leur résultat , à la fin de chaque trimestre.
D après Tcfrdonnance que Henri III rendit (en mai \ 579) sur les remontrances des Etats de Blois, les mercuriales ne devaient pas être seulement tenues par les Parlements et les autres hautes cours de justice, mais aussi par les tribunaux présidiaux, tous les six mois, et par les Parlements les premiers mercredis, après la lecture des ordonnances, qui avait lieu d'ordinaire à la fête de Saint-Martin ou de Pâques.
Pour prévenir toute perte de temps, l'ordonnance en-
(1) Sous le nom de mercuriale, on entendait aussi, quelquefois, le, discours que le procureur général prononçait dans ces assemblées.
Dans les écrits de d'Aguesseau, se trouvent encore plusieurs mercu • riales qu'il a prononcées, lorsqu'il était procureur royal.
joignit à tous les tribunaux qui avaient discuté des affaires dans ces mercuriales, de les vider, avant toutes autres causes, aussi bien aux jours ordinaires des séances qu'aux autres jours, et de déclarer nuls et non avenus les jugements rendus, avant la terminaison desdites affaires.
Les magistrats avaient peu de prédilection pour ces séances des mercredis, et cette censure, exercée par les cours de justice sur elles-mùmes, n'a pas dû être, dans
la pratique, aussi utile qu'on pouvait s'y attendre en théorie.
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