DES PARLEMENTS DE FRAI7GE
tolérer les guerres privée^, aux bourgeois normands de les interdire (1).
En 1347, le dauphin Charles réduit le nombre des gens de justice; il défendit aux magistrats de faire le commerce, on leur reprochait leur paresse et la longueur de leurs dîners (2),
La guerre avec l'Anglais creuse des plaies profondes, que la sagesse du roi cherche à guérir par la concession de privilèges.
Ainsi, l'Eglise d'abord, les rois ensuite, par leurs missi daminici (3)^ propagèrent et répandirent ces idées dejustice;lemouvementde la croisade tira les hommes de la servitude locale et les mena au grand air, par l'Europe et par l'Asie. Ils cherchaient Jérusalem et rencontrèrent la liberté.
Cette trompette libératrice de l'Archange, que l'on avait cru entendre en l'an 1000, sonna un siècle plus tard dans la prédication de la croisade. Au pied de la tout féodale qui l'opprimait de son ombre, le village s'éveilla (4). Cet homme, trop souvent impitoyable, qui ne descendait de son nid de vautour que pour dépouiller ses vassaux, les arma lui-même, les emmena, vécut avec eux, souffrit avec eux; la communauté de misère amollit son cœur, il devint juste. A Tœuvre de* sa justice il associa ses vassaux; en Normandie, le vas-
(i)Ord. m, i26-7-3i.
(2) Ord. IV, 617-651.
(3) Les Missi Bominici étaient envoyés par l'empereur avec des pouvoirs Irès-étendus pour accomplir, inspecter et reviser même l'œuvre de la justice. Ils s'enquéraient des abus, rendaient la justice et signalaient au roi, en son conseil, les aflaires dignes d'intérêt (Capit., 8i0).
(4) Michelet, Bùtoire de France.
sal devait au seigneur sursa^semonce le service de son conseil et de sa cour, aussi bien que le service militaire en la bataille. — «Conté a en ses terres sa justice, saule « roi qui est pardessus et li roi ne li doit pas sorbir sa « justice, tant comme il fait droit {Livre de justice et de « plet). Bien apartient à Tonneur de la cour et au sei- « gneur qu'il à ses jugemens ait de ses plus riches « homes et de ses plus sages meismement et quand la a querelle li requiert» (Pierre de Fontaines, Conseil, ch. XXI, § 57).
En Normandie, li baronsjurés font venir les sergenz de la visconté et des plus léaus chevaliers du pais viii ou xiii ou XX, selon ce que la baillie est grant (Marnier, Établ. et Cout.^ p. 58).
Ainsi, aux âges bibliques, la justice se rendait aux portes des villes, des temples, des palais, comme le faisaient nos rois, tenant les plaids à la porte de leurs hôtels, soit en personne, soit par des gens de leur conseil.
Joinville, en la vie de saint Louis, dit que ce prince avait coutume de le charger, avec les sieurs de Nesles et deSoissons, d'aller ouïr les plaids de la porte, qu'ensuite il les envoyait quérir et leur demandait s'il y en avait aucuns qu'on ne pût dépêcher sans lui, et que plusieurs fois, selon leur rapport, il faisait venir les plaidoyeurs et les contentait, en les mettant en raison et droiture. Ces plaids de la porte étaient une justice ordinaire, une justice pour tous ceux qui venaient en chercher l'aumône.
Les légistes appelés par les rois ou par les seigneurs, d'abord inférieurs en rang et nombre puisqu'ils se tenaient sur le marchepied du banc oîi les pairs et les ba-