IV. — Cérémonies diverses
a) La mort du roi. -— C’est le procureur général qui l'an nonce aux chambres assemblées 1; il requiert immédiate ment des membres de la compagnie la prestation du serment de fidélité au successeur du défunt; Messieurs viennent tous jurer, dans l’ordre accoutumé, d’être « ses bons loyaux et très fidèles serviteurs ».
La cour mande ensuite les consuls, leur annonce la nouvelle et leur fait promettre d’être « les bons, loyaux et fidèles sujets du nouveau roi, de tenir la main à ce que rien ne se fasse contre son service et d’avertir la cour de tout ce qui viendra de contraire ».
C’est ensuite aux officiers du siège de la sénéchaussée, au viguier, au prévôt de la maréchaussée de prêter le serment d'usage ; cérémonie importante, puisque la cour annule tous les actes qu’auraient pu faire ces fonctionnaires, avant de l’avoir prêté.
Le soin d'informer le peuple de cette triste nouvelle revient au Parlement qui envoie ses huissiers aux principaux carrefours de la ville en leur donnant l’ordre « d’aller vers le peuple avec la verge bas et d'annoncer la mort du roi d’une voix triste », pendant que les consuls iront faire assembler tous les chefs de famille pour leur enjoindre de prêter le serment de fidélité entre les mains des commissaires pris parmi les membres de la Cour.
b) Convalescence du roi. — C’est pour le Parlement l’occasion de montrer son loyalisme et son attachement au souverain. Première assemblée de la province, c'est elle qui organisera tout le détail des réjouissances publiques, c’est elle qui « donnera les premières marques de joye »°.
1 Reg. délib., 17 sept. 1715 et Moissac : manuscrit n° 957, p. 72-73. 3 Reg. délib., 2 sept. 1744; Récussé : Arréts de Réglements, p. 420. Comp. Capasse : Of, cit., t, 111, p. 69-75. Convalescence de Louis x1v en 1684.
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L’heureuse nouvelle est annoncée à la cour par le proccreur général qui requiert « que la compagnie fixe le jour auquel la cérémonie sera faite, que, lesdits jours, les arts et métiers seront mis sous les armes, les capitaines de quartier mis à la tête de chaque compagnie ; que toutes les boutiques de la ville seront fermées; qu’il soit enjoint à tous : les habitants de la ville de faire illuminer, le soir et à l'entrée de la nuit, les fenêtr:s de leurs maisons et de faire des feux de joye au devant de la porte; que les habitants des maisons situées à la place des Prêcheurs, où il y aura un feu que Messieurs les officiers du Parlement iront allumer, seront tenus d’en tapisser :a façade ; et qu’à cette occasion il sera donné toutes les marques possibles de la joye publique ; que les consuls d'Aix seront mandés venir pour recevoir les ordres nécesaires et que l'arrêté qui sera rendu sur sa réquisition sera lu, publié et affiché par tous les lieux et carrefours de cette ville pour qu'aucun n’en prétende cause d’ignorance » ’, À
Tout ceci est ponctuellement exécuté : un magistrat du Parlement provençal nous a laissé la relation exacte des fêtes ordonnées, en 1744, après la maladie de Louis XV *. Nous nous contentons d’y renvoyer le lecteur.
c) Publication de la paix. — C'est une des prérogatives du Parlement de Provence de faire publier la paix dans la ville‘. Le greffier audiencier, précédé de tambours ou de trompettes, de la maréchaussée et des huissiers, suivi des greffiers,des principaux officiers du siège, des consuls et des officiers de la ville, tous à cheval, en robe, ou en habit de cérémonie, va lire le traité de paix aux carrefours de-la villes.
41 Reg. délib., 2 sept. 1744.
2 Récusse : Arréts de Règlements, 421-423.
3 DARRIGUE DE MONTVALON : Op. cit., p. 3064 4 eg. Gélib., 25 nov. 1759, 1° juin 1739, 14 févr, 1749, 3 juin 1763.
d) La fêle des procureurs. — Elle a lieu la veille de la fête anniversaire de la translation des restes de St-Nicolas, c’est-à-dire le 9 mars; mais il faut que la fête ne tombe pas un dimanche, sinon on anticipe d’un jour’. Deux procureurs en robe vont chercher à domicile les présidents à mortier, le doyen et l’ancien du parquet”; ils les conduisent au palais pour entendre les vêpres. Cette cérémonie terminée, la compagnie se rend, au son des violons et des tambourins, à la salle d'audience ornée de feuillages et de fleurs. Dès que tous le monde a pris place, le syndic des procureurs remet un bouquet et une boîte de dragées aux prési. dents, en même temps les autres procureurs offrent aussi à tous les officiers de la Compagnie un bouquet et une boîte de dragées de moindre dimension*. Le syndic adresse un compliment à la cour, auquel le président répond en témoignant au corps des procureurs toute la satistaction de la Compagnie.
Les magistrats provençaux semblent tenir beaucoup à ces hommages ; les procureurs leur ayant demandé de Îles dispenser du bouquet, « eu égard à la rigueur des temps », leur prière est repoussée impitoyablement*. Certain jour aussi, le grefñer du Parlement intente un procès aux procureurs, parce que son bouquet n’est pas assez gros; d’autre part ceux-ci, en le lui remettant, l’ont appelé maître et non pas « Monsieur » ?. |
e) Les thèses. — T1 arrivef souvent, paraît-il ,que des thèses soient dédiées à quelqu'un des officiers de la com
1 Comp. Dermas : Of. cil., p.27r, ? Reg. délib., 8 mai 1716.
3 Moissac, manuscrit 957, 174-178.
4 Reg.'délib., 7 niai 17009.
5 CaBassEl: Op. cil., III,.p. 124. :
6 Moissac : manuscrit 957, 171-173.
AU XVIII SIÈCLE os 19% pagnie. Les usages exigent alors que le futur docteur vienne en robe au palais inviter Messieurs à y assister. 11 remet
un exemplaire de sa thèse à chacun d’entre eux, en indiquant le jour de la soutenance sur la couverture.
Au jour dit, la cour, en robe noire, suivie des consuls en chaperon se rend dans une salle de l’établissement où la thèse doit être soutenue ; les huissiers précèdent la cOMpa= gnie, mais leur chef ne porte pas la masse. Dës que tous les assistants sont réunis, ils vont à la chapelle où des fauteuils leur sont réservés.Le premier président s’assied sut le siège qui est face à l'Evangile, ayant le parrain de la thèse à sa droite. L’auteur de la thèse prend la patole, adresse un, compliment en latin* à la compagnie; il commence ainsi : « princeps senatus illustrissimi, presides illustrissimi, senatores amplissimi ». Cette harangue prononcée, on distribue des thèses à Messieurs et la soutenance propre ment dite commence. Autrefois, c'était souvent ut magistrat qui était chargé d’argumenter avec le candidat; mais, au XVII siècle, ce sont toujours les professeurs qui le font.
La cérémonie se termine par quelques paroles de louange du nouveau docteur qui reconduit la compagnie jusqu’à la porte, |
f) Le feu de la Saint-Jean. — Le Parlement ne peut pas s'abstenir d’assister à cette fête bien provençale. La veille de la St-Jean, à > heures du soir, la compagnie s’assemblkt dans le cloître des Jacobins. Les deux présidents à mortier et les seize plus anciens conseillers allument le feu, devant le Palais, pendant que la « bravade » défile devant eux. ‘Tous les membres de la compagnie sé rendent ensuite à l'église St-Sauveur pour assister à un salut solennel:
ti Câraë : Op, cil:, 273-275 et DELMAS ; Op, vit, 263-265.
g) Visite d’un grand personnage. — La cour tient à honncur de rendre ses devoirs aux grands personnages de passage ;s’ils ne s’éjournent pas,le Parlement envoie en général une députation; mais il n’y a pas de règles fixes et chaque fois une décision sera prise pour déterminer en quelle forme les honneurs seront rendus *. S’il s’agit d’un membre de la famille royale venu pour rester quelques jours dans la ville, la compagnie demande au maître des cérémonies quelles sont les règles à observer. En 1777, lors du voyage à Aïx du frère de Louis XVI, voici ce que l’on fait”. La cour assemblée chez le premier président envoie le greffier en chef .demander au maître des cérémonies si Monsieur est visible. Sur réponse affirmative de cet jofficier, le Parlement en corps se rend chez le prince, précédé de la maréchaussée ; le maître des cérémonies les reçoit au bas du grand escalier de l’hôtel où est descendu ce grand personnage. Le Parlement lais son escorte à la porte, gravit l'escalier, traverse l’antichambre bordée à droite et à gauche par la garde du frère du roi.
A la porte de la salle où se tient Monsieur, le maître des cérémonies, qui marche à côté du greffier en chef, annonce Ja cour. Celle-ci entre alors et, après force révérences, le président harangue le prince qui répond très aimablement. La compagnie sort à reculons et retourne chez le premier président, où elle se sépare.