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être vendus : ressource dont on usait trop souvent.
Lorsqu'un édit ou tout autre acte royal était enregistré en lit de justice, était-il permis au Parlement d'en délibérer après l'enregistrement , afin d'examiner s'il y avait lieu à remontrances? C'était une question qui s'élevait souvent et qui n'était nullement admise par l'autorité royale. Messieurs des Enquêtes demandèrent une assemblée générale. Le Premier Président la refusa et le Roi lui écrivit pour lui défendre de l'accorder sous aucun prétexte 5 il s'indignait même qu'on eût osé la demander. Sa lettre contenait des paroles sévères sur la conduite du Procureur général. — « Nous sommes « grandement étonnés que notre Procureur général ait « permis, qu'en pleine Grand'Chambre, le sieur Laisné K ait entrepris de demander l'assemblée des chambres. . . « Nous nous promettions du devoir de sa charge et de « son affection, qu'il ne manquerait point de nous douce ner avis d'une telle entreprise. »
Le Roi était mal informé ; Mole était malade et n'avait point assisté à la séance; il porta à la Grand'Chambre la nouvelle lettre du Roi, qui interdisait l'assemblée générale demandée par Messieurs des Enquêtes-, puis, donnant son avis, il dit qu'on devait obéir au Roi; qu'ainsi il avait la bouche fermée et n'avait rien à dire sur le fuit des édits. Les Enquêtes insistèrent, et la Cour ordonna qu'un président et quatre conseillers iraient vers monsieur le Chancelier pour le prier de faire en sorte que le
Roi permît l'assemblée générale des chambres. Le Roi commanda qu'une députation du Parlement vînt le trouver à Saint-Germain , et renouvela la défense de délibérer sur des édits déjà vérifiés en sa présence.
Alors M. Laisné, conseiller des Enquêtes, présenta requête contre le premier président Lejay, à qui il imputait d'avoir conseillé à M. de Bulhion, contrôleur général , de prendre des mesures sévères contre lui ; le Premier Président interdit la lecture de cette plainte et leva la séance.
Le lendemain on apprit que MM. Laisné et Foucauld avaient été arrêtés pour être conduits au château d'Angers, et que le président Barillon était exilé.
Les députés demandèrent plus vivement encore une assemblée des Chambres. Le Roi continua à les interdire et déclara qu'il n'écouterait aucune remontrance . ni demande relative aux détenus et aux exilés . avant que les édits fussent acceptés.
Le Parlement ne céda point-, il suspendit le cours de la justice, et les officiers nouvellement créés ne furent pas reçus. Après deux mois passés ainsi, le Roi commanda que le Premier Président, le Procureur général et d'autres membres du Parlement , se réuniraient en conférencfr chez le Chancelier, pour traiter de ce qu'il était à propos de faire.
Tout était déjà à peu près réglé; le Cardinal, après beaucoup de négociations où le Procureur général avait
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eu grande part, avait compris qu'une transaction était nécessaire. Yingt-quatre officiers nouveaux avaient été créés 5 on réduisit ce nombre à dix-sept. Deux de messieurs des Enquêtes furent promus à la Grand'Chambre. L'édit fut vérifié. Une députation alla remercier le Roi et demanda le rappel des absents qui leur fut accordé à titre de grâce. — « Ils auraient mérité une peine plus . « sévère, dit le Roi 5 si cela arrive encore une fois , il « n'y aura ni grâce ni pardon. »
Les circonstances qui avaient motivé les édits contribuèrent aux concessions qu'obtint le Parlement. La guerre entraînait des dépenses d'autant plus considérables qu'elle n'avait pas été heureuse. Les Espagnols passèrent la Somme et s'avancèrent jusqu'à Roye j l'effroi se répandit à Paris ; on craignait que l'armée ennemie arrivât sans résistance jusqu'à la capitale du royaume. Le Roi manda le Parlement au Louvre-, il avait besoin d'hommes et d'argent, et il s'attendait, dit-il, à recevoir, de la première compagnie du royaume, les mêmes témoignages de fidélité et d'affection, pour lui et pour l'Etat, que lui avaient déjà donnés la ville de Paris et messieurs du Conseil.
Le Parlement donna, comme les autres Compagnies, la somme nécessaire pour lever, équiper et solder deux mille hommes. Mais en même temps quelques-uns de Messieurs crurent faire preuve de zèle en propo-
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sant de délibérer sur la sûreté et la défense de la ville.
Le Roi fut très-irrité, que, lui présent, le Parlement s'occupât de la conduite des affaires de guerre. Il commanda au Procureur général d'avertir la Cour de se rendre au Louvre.
Le Roi était malade au lit. Il se leva , et témoigna sa colère de ce qu'on voulait toujours se mêler des affaires d'État. — « Je suis satisfait de la Compagnie, dit-il, mais (( il V en a deux ou trois qui font semblant d'être mes c( serviteurs, et dont la conduite est tout espagnole. »
Le Roi, en partant pour l'armée, confia à la Reine le soin de décider ce qui serait nécessaire pour le bien de son service dans sa bonne ville de Paris et pour le repos de ses sujets... Rien n'avait, pendant les démêlés avec le Parlement . diminué son estime pour Mole et la confiance qu'il lui accordait 5 il lui écrivit : — « Comme je « veux que la Reine soit assistée du conseil d'aucuns de « mes bons et fidèles sujets, et que je sais que vous y « pouvez servir aussi utilement que nul autre, dans la « grande expérience que vous vous êtes acquise des c< plus importantes affaires de l'État, je vous ai voulu (( faire cette lettre pour vous dire que vous ayez à vous « trouver aux conseils que ladite dame Reine fera c assembler pour les affaires qui surviendront, afin de a lui départir vos bons avis, selon que je l'attends de « votre affection pour mon service. »
C'est qu'en effet le Roi s'offensait rarement de voir
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Molé prendre la défense des prérogatives du Parlenienl, ou maintenir la liberté des opinions et de la parole; il l'excusait de son assentiment habituel aux motifs des remontrances , sachant bien que le Procureur général agissait ainsi par un sentiment de devoir et de conscience, mais sans manquer jamais au respect et à l'obéissance p(Tur les volontés du Roi. Il lui écrivait souvent pour recommander les affaires courantes qui l'intéressaient et que l'immixtion continuelle du Parlement dans les matières de pohce ou d'administration rendaient fréquentes.
La soumission respectueuse que le Parlement témoignait habituellement n'était plus la même, lorsque les circonstances changeaient, et lorsque la guerre entraînait des dépenses qui mettaient toujours dans la nécessité de chercher des ressources extraordinaires. L'expédient le plus commode était toujours de créer et de vendre de, nouveaux offices. Alors recommençait l'opposition du Parlement, les refus ou les délais d'enregistrement . les assemblées des chambres , les remontrances , que le Roi accueillait avec colère et menaces : puis on en venait à une transaction et la création des nouveaux offices était réduite à un moindre nombre.
Le Procureur général n'eut aucune part directe à ces difficultés : il ne fut point l'organe des plaintes et des remontrances du Parlement; il n'eut point à lui signifier le mécontentement et l'irritation du Roi. A cette épo-
que, le premier président Lejay fut presque toujours le représentant honorablement courageux de sa Compagnie. Plus d'une fois, des présidents ou des conseillers furent envoyés en prison ou en exil.
Au commencement de 1639, dans une circonstance grave, l'obéissance complète de Mole à la volonté royale put causer quelque étonnement. Le duc de la Valette avait, par capitulation, rendu aux Espagnols la place de Fontarabie où il commandait; on imputait sa conduite à la trahison; et en effet, il se trouvait mêlé aux coupables desseins du duc d'Orléans et du comte de Soissons. La procédure avait été préalablement instruite par des conseillers d'Etat; puis l'information fut communiquée au Procureur général. Le Roi convoqua un conseil extraordinaire composé des présidents du Parlement, des membres de son Conseil et de plusieurs maréchaux de France : on y traita d'abord la question de compétence ; le Premier Président supplia le Roi de renvoyer l'affaire au Parlement, seul compétent pour juger un duc et pair. Le Roi cita plusieurs exemples de jugements rendus en la forme et manière qu'avaient voulu les rois , ses prédécesseurs , et par tels juges qu'ils avaient désignés ; puis il ordonna au Procureur général de prendre ses conclusions. Mathieu Mole conclut à un décret de prise de corps contre le duc de la Valette.
L'instruction prit alors la forme judiciaire, et, quand
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elle fut terminée, le môme conseil extraordinaire siégea, le 24 mars 1639, comme tribunal. Le Roi présidait.
Le rapport fut fait et le Procureur général conclut à condamner par contumace, pour crime de lèse-majesté, trahison et désobéissance, l'accusé à avoir la tête tranchée. Le Premier Président et la plupart de messieurs du Parlement opinèrent conformément aux conclusions , sous la réserve que , si l'accusé se présentait pour purger sa contumace, il aurait à faire valoir son droit d'être, comme pair de France, jugé en Parlement. Le président de Bellièvre vota le bannissement, et le président Séguier mit en question si le Roi pouvait être présent en une telle occasion.
Le Roi parla et motiva la volonté qu'il exprimait en opinant conformément aux conclusions. Ce fut moins un arrêt qu'un acte émané du vouloir personnel et direct du Roi : exemple étrange de la violation de toutes les formes de justice.
Mole refusa d'assister à T accomplissement de l'exécution par contumace, comme sa charge lui en faisait l'obligation.
Au commencement de l'année 1641 , le Roi vint, en grande cérémonie, tenir son lit de justice-, il fit donner lecture d'un édit qui renouvelait la défense, si souvent signifiée au Parlement , de se mêler d'aucune affaire d'État, et l'ordre de se renfermer dans son attribution judiciaire.
Un très-long préambule motivail cette volonté royale, sur les principes de la monarchie et sur un grand nombre d'exemples. Car les rois avaient si souvent appelé le Parlement à intervenir dans les affaires d'État, que lorsqu'il en était ensuite résulté quelques embarras dans le gouvernement, l'autorité royale changeait de doctrine et réformait ses propres actes. — L'action du Parlement était aussi définie et restreinte par le commandement d'enregistrer désormais les édits sans en prendre connaissance, ni faire aucune délibération.
Evidemment cette solennelle déclaration était inspirée par la pensée que le Roi et le Cardinal, l'un et l'autre malades, et menacés de ne pas vivre longtemps , devaient prendre d'avance des précautions pour que, pendant une régence , l'autorité royale fût garantie contre les entreprises du Parlement. Cela n'était pas à craindre tant que Richelieu était maître du pouvoir, mais il essayait de garantir l'avenir.
Au moment où se tenait le lit de justice, roffîce de Premier Président du Parlement était vacant par la mort du président Lejay : dix mois après, le Procureur générai fut appelé à lui succéder. Ce n'était point par espoir de le trouver docile et complaisant que le Roi le plaçait à la tète de la magistrature; il savait, par une longue expérience, que Mole ne sacrifierait jamais les prérogatives du Parlement, mais il était assuré de le
trouver toujours éloigné de l'esprit de sédition et incapable d'une conduite imprudente. Souvent il avait eu des preuves de son respect religieux pour la personne et l'autorité du Roi.
Le cardinal de Richelieu avait la même opinion de Mole; il ne le confondait pas avec les membres du Parlement, dont l'opposition était passionnée et intraitable. Toutefois il voulut prendre ses sûretés, et il exigea de lui un écrit par lequel il promettait de ne point permettre l'assemblée générale des Chambres sans un ordre exprès du Roi. Bien qu'on n'eût jamais contesté au Roi le [louvoir d'interdire l'assemblée des Chambres et qu'il l'eût souvent exercé, s'engager d'avance était un acte de faiblesse dont Mole conserva un sensible regret, ainsi qu'il le témoigna longtemps après'.
L'année suivante, en 16i2, le cardinal de Richelieu mourut. Quelle que fût la disposition du Roi à suivre, sans nul changement, la direction politique du grand ministre à qui il donna de solennels regrets, l'influence de Mazarin se manifesta par un adoucissement des rigueurs qu'avait prodiguées son prédécesseur. Depuis trois ans , un des meilleurs amis de Mole , l'abbé de Saint-Cyran , avait été enfermé à Vincennes, et Richelieu avait même pensé à commencer un procès contre lui. Mole adressa
1 Mémoire sur la vie et les actions de M. Mole, par Claude Lepelletier (manuscrit).
des instances réitérées au Cardinal, qui finit par lui dire avec impatience : — «M. Mole, c'est un honnête homme, « mais il est un peu entier. » — Pendant qu'il s'eflorçait ainsi d'obtenir, par ses instances, que justice fût faite à son ami, Mole conservant toujours la même aversion et la même méfiance de la procédure par commission, faisait dire à Tabbé de Saint-Cyran d'avoir soin de parafer chaque page de ses interrogatoires. — « Car il « a, disait-il, affaire à d'étranges gens. »
Aussitôt après la mort de Richelieu , Mole écrivit une lettre au garde des sceaux pour demander la liberté de son ami-, il rendait témoignage de sa parfaite innocence. — « Je le connais il y a plus de quinze ans 5 pendant ce « temps il venait souvent au logis , et je n'ai jamais tt rien reconnu en lui , soit pour sa doctrine , soit pour « ses œuvres, qui puisse seulement porter ombre. J'en « avais parlé par trois fois à M. le Cardinal et je lui « avais offert d'être sa caution-, enfin il m'avait promis tt d'en parler au Roi, mais Dieu ne l'a point permis. « Maintenant l'auteur de sa prison est mort, j'ose me « promettre que si cette grâce lui est accordée, il achè- « vera l'ouvrage qu'il avait entrepris : c'est une réponse « à un livre du minisire Lefaucheux contre le Saint- « Sacrement. Un mois avant d'être arrêté , il était venu « m'assurer que les matériaux de son ouvrage étaient « prêts. On les a trouvés au nombre de ses manu- « scrits, qui furent alors pris, portés on sait bien où, et
« depuis , examinés par toutes sortes de personnes , « amis ou ennemis, qui n'y ont rien trouvé à redire. « Dieu sera loué par cet acte de justice, et le prison- « nier tiendra à faveur pour un singulier bienfait , qui « l'obligera toute sa vie à continuer ses vœux pour le « bonheur de la France et pour les jours de notre mo- « narque. — S'il existait quelque doute sur la doctrine de « M. de Saint-Cyran, Sa Majesté peut lui envoyer l'évô- « que de Lisieux, qui a parlé de lui à feu M. le Cardinal.» L'abbé de Saint-Cyran fut mis en liberté et mourut quelques mois après, le H octobre lG-i3.
Cinq mois après la mort de Richelieu , le Koi était mourant. Le 20 avril 4643 le Parlement fut mandé à Saint-Germain. Louis XIII était au lit; la Pieine, le Dauphin, les princes, le cardinal de Mazarin, étaient présents. Le Roi fit donner lecture d'une déclaration , qui réglait la régence, de manière à restreindre beaucoup le pouvoir de la Reine régente et lui imposait un conseil dont elle devait suivre les avis. Le Roi voulait que cette déclaration fût vérifiée dès le lendemain au Parlement.
Le Premier Président loua la prévoyance du Roi et son amour pour sa couronne , pour ses sujets et pour la justice; il lui témoigna l'afiliclion que donnait à son fidèle Parlement la pensée de mort qui avait dicté cette déclaration. — Le Roi vécut encore trois semaines; pendant ce délai la Reine protesta secrètement contre
la déclaration 5 elle voulut aussi préparer les esprits dans le Parlement à en changer les dispositions, et à ne pas enchaîner le pouvoir de la régence. U ne paraît pas qu'elle se fût adressée au Premier Président. Elle ne pouvait avoir aucune inquiétude sur le succès; un vif mouvement d'opinion s'élevait contre cet acte testamentaire. On s'imaginait que les ministres, créatures du cardinal de Piichelieu, voulaient, comme le feu Roi en avait témoigné le désir, continuer un règne despotique, en hutte à la haine puhlique. Leduc d'Orléans et le prince de Condé espéraient avoir plus de crédit sur la Reine , que sur le conseil institué par la déclaration testamentaire 5 le Parlement et tout le peuple de Paris étaient encore plus animés.
Ainsi la dernière volonté de Louis XIII, qu'il avait voulu rendre stable et impérative, en la faisant vérifier et enregistrer par son Parlement , allait être mise à néant avec la même solennité qui l'avait, peu de jours auparavant, confirmée et consacrée. Cette fois ce n'était pas en enregistrant un acte royal, mais en rendant un arrêt que la Cour de souveraine justice avait à disposer du gouvernement. L'édit de 1641 et tous les édits précédents qui avaient voulu réduire cette Compagnie à juger les procès entre particuliers, étaient mis en oubli. Le Parlement exerçait toute la puissance d'une opinion pubhque que nul ne songeait à contredire.
Dès le jour même de la mort de son père , une lettre signée du jeune Roi avait été adressée au Premier Pré-
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sident, pour lui faire connaître qu'un des devoirs de sa succession était de vaquer, dès le commencement de son règne, à rétablissement de la justice. — « Puisque « c'est par elle que les rois doivent régner, mon inten- K tion est que la justice soit administrée par le Parle- « ment, que ses séances continuent, nonobstant cette « mutation, en attendant que le serment, en pareil cas « requis et accoutumé, m'ait été fait : j'ai bien voulu « vous on donner part, afin que selon l'autorité et « prééminence du rang que vous tenez dans cette (( Compagnie, vous fassiez que ma volonté soit effec- « tuée. »
Cette lettre, ainsi que la lettre adressée au Parlemen t , s'exprimait d'abord dans des termes qui semblaient établir que les magistrats du Parlement devaient recevoir une nouvelle institution émanant du nouveau Roi. Le Premier Président et le procureur général n'acceptèrent pas les lettres ainsi conçues et les rapportèrent au chancelier, qui, après quelque débat, reconnut que cette formule devait être changée.
Le 16 mai, le Parlement fut admis à rendre ses hommages au jeune Roi et se rendit au Louvre. Le Premier Président exprima, en termes respectueux, les sentiments de la Compagnie. On remarqua comment, sans déroger à sa gravité, il s'inclinait vers le Roi enfant, et semblait, par son attitude et son accent, témoigner que c'était à lui, à sa personne, qu'il adressait ce discours.
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Puis il supplia la Uégente d'amener le Roi au Parlement pour y tenir son lit de justice : c'était lui demander ce qu'elle souhaitait et se proposait de faire.
La séance royale eut lieu le 18 mai \QAd. La Régente savait d'avance que tout s'y passerait selon son désir. Le Roi n'avait pas encore cinq ans. On lui avait fait apprendre les paroles qu'il devait prononcer. — « Je suis « venu témoigner au Parlement ma bonne volonté. (( Mon chancelier vous dira le reste. » — Par un entêtement d'enfant que ne purent vaincre ni madame de Lansac, sa gouvernante, ni la Reine, il se refusa à parler,
La Reine ne mit pas en question la plénitude du pouvoir qu'elle voulait exercer. — « Le Roi, monsieur mon « fils , est venu , comme vous l'en avez prié , tenir son « lit de justice et prendre ici la place de ses ancêtres, « laquelle il considère comme l'une des marques de la « royauté... En toute occasion je serai bien aise de me « servir de vos conseils , et je vous prie de les donner « au Roi et à moi, tels que vous jugerez, en vos con- (( sciences, pour le bien de l'Etat. »
La mort de Richelieu et de Louis XIII était un signal de délivrance^ l'autorité absolue, inflexible, impitoyable, qui avait établi l'ordre dans le royaume et rendu la France puissante, était devenue odieuse. Il y eut, à ce moment, une sorte d'émancipation universelle. La cour
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était venue s'élahlir à Paris, dans le Palais-Cardinal , légué au Roi par Pvichelieu, et qui fut dorénavant appelé le Palais-Royal. Le peuple était en pleine satisfaction et plaçait d'heureuses espérances sur le gouvernement de la Régente 5 les exilés étaient rappelés; les serviteurs disgraciés reprenaient leur place; le conseil des ministres resta d'abord tel que sous le feu Roi-, le cardinal Mazarin gagnait de jour en jour la confiance de la Reine : la victoire de Rocroy, remportée par le duc d'Enghien , cinq jours après la mort de Louis Xlll, venait d'ajouter encore au contentement universel. La Reine prenait plaisir à être ainsi aimée et approuvée de tous; elle ne savait refuser ni une faveur, ni un bienfait. •
Quelques changements furent opérés dans le ministère, sans diminuer en rien la prépondérance du cardinal Mazarin. Une cabale de cour ne tarda point à se former contre lui. Le duc de Reaufort avait eu, au moment de la mort du Roi, toute la confiance de la Reine , et lui avait montré un dévouement éclatant et sincère. Quoiqu'elle n'eût couru aucun danger, et que le succès de ses désirs n'eût été nullement dû à M. de Reaufort il n'en était pas moins exigeant et présomptueux.
Le Parlement avait lieu de se louer beaucoup du nouveau gouvernement. Les rigueurs exercées contre les magistrats exilés ou privés de leur charge avaient cessé. Les commissions extraordinaires contre les-
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quelles le Premier Président n'avait pas cessé de réclamer étaient révoquées. La meilleure intelligence régnait entre l'autorité royale et la Compagnie.
Lorsque la prochaine arrivée du duc d'Enghien , à qui de nouveaux succès avaient donné une grande position, eut encouragé le Cardinal et la Reine à ne plus endurer les intrigues et les témérités du duc de Beaufort, il fut résolu d'y mettre un terme. Il fut arrêté et conduit au château de Vincennes le 2 septembre 16i3.
Huit jours après, le Roi écrivit au Premier Président : « Monsieur Mole, ayant été contraint de faire arrêter « mon cousin, le duc de Beaufort, et de faire mander à u quelques autres de se retf^er en leurs maisons, afin « de dissiper quelques cabales et mauvaises pratiques, « qui se formaient dans la cour, au préjudice de mon « autorité et du repos de mes sujets , j'ai bien voulu en « donner part à ma Cour de Parlement, par une lettre « expresse, afin qu'étant informée de la grande pru- « dence avec laquelle la Reine, madame ma Mère, s'em- (c ploie pour maintenir mon autorité et garantir mes « sujets des maux qui leur pourraient être suscités, « ma dite Cour apporte aussi , de son côté, ce qui est « en elle, de pouvoir pour maintenir un chacun dans « l'obéissance qui m'est due. Et bien que ma dite lettre « doive être lue en votre présence, et puisse vous faire K savoir ma volonté on ce sujet, j'ai voulu y ajouter
« celle-ci en paiLiculier, pour vous dire que je désire « (jue vous y apportiez ce qui dépendra de l'autorilé de « votre charge. Ce que me promettant que vous ferez, « selon vos soins et afîections accoutumés, je ne vous « en dirai davantage que pour prier Dieu qu'il vous ait « en sa sainte grâce. »
La lettre dcslinéc au Parlement était fort lonaiie. Klle exposait tout ce qui s'était fait depuis le commencement de la régence : les victoires, les négociations entamées pour la paix, la d'iminution des impôts, la justice rendue à tous. — « La Reine a voulu, pour ré- « duire les ennemis à la conclusion d'une paix géné- « raie, faire concourir à un même but toutes les forces « de notre royaume , en bannissant les divisions de la « cour qui sont presque toujours suivies de troubles « qui s'élèvent dans les provinces. Mais enfin ayant vu, « à notre grand regret , que ceux qui avaient reçu le (( plus de grâces et de témoignages de confiance , com- « mençaient à former des cabales et des factions, et que « nous ne pouvions plus différer de pourvoir à leurs « secrètes menées sans mettre en péril le gouverne - « ment de notre État... Nous avons été contraint, de « l'avis de notre honorée Dame et Mère , de notre trèsce cher oncle le duc d'Orléans , et de notre cher et « honoré cousin le prince de Condé, de nous assurer (' de la personne du duc de Beaufort. »
Le Parlement n'avait aucun motif de prendre parti
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pour le duc de Beaufort , et ne pouvait accorder le moindre intértH à des intrigues de cour et à des complots contre le cardinal Mazarin. C'était à son crédit sur la Reine que devait être attribué cet acte d'autorité, et l'on vit aussitôt après qu'il allait être premier ministre, avec la même autorité que le cardinal de Richelieu. Le bruit courut qu'il voulait faire de nouveaux changements dans les conseils du Roi. Son projet était, disait-on , de faire le Premier Président archevêque d'Auch , avec promesse 'du chapeau de cardinal. Il aurait eu, pour successeur, le président Bailleul, qui venait d'être nonuné surintendant des finances. Il n'en fut pas ainsi : Mole conserva la première présidence, mais il put voir que le Cardinal désirait l'écarter des aflaires. Déjà il s'en était aperçu, lors(]ue son nom que le Roi Louis XIII avait placé sur la liste des membres du conseil de régence, ne se retrouva pas dans le conseil que la Reine avait formé, après que les dispositions testamentaires du Roi défunt eurent été annulées.
Toutefois, ni le Parlement, ni le Premier Président n'avaient de plaintes à former contre le nouveau gouvernement. Les droits et les attributions de la Compagnie n'étaient point contestés et semblaient même mieux reconnus que jamais. Les rapports avec l'autorité rovale étaient faciles : on pouvait s'applaudir des ménauements et des égards manifestés en toute occasion.
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Mais de jour en jour le contentement général et la contiance faisaient place à l'inquiétude et à la malveillance : les discordes et les intrigues qui divisaient la cour-, les exigences des princes et des courtisans; , les prétentions de leur vanité et l'avidité de leur ambition; les profusions où la Reine était entraînée par son penchant à contenter son entourage-, le désordre de l'administration et la détresse des finances devaient bientôt amener une situation critique.
Un nouveau moyen de se procurer de l'argent fut malencontreusement essayé. Une ordonnance, qui avait cent ans de date, avait interdit de bâtir aucune nouvelle maison dans les faubourgs de Paris, sous peine de confiscation et d'amende. Renouvelée plusieurs fois, cette ordonnance n'avait jamais été exécutée. Paris s'était agrandi : les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Germain étaient devenus des quartiers de la ville. Il est facile d'imaginer l'effet que produisit un arrêté du Conseil par lequel étaient ordonnés la reconnaissance et le toisé de toutes les constructions qui contrevenaient à cette ordonnance oubliée. Les propriétaires se pourvurent au Parlement; leur requête fut admise.
De là résulta un conflit entre le Conseil du Roi et le Parlement, des remontrances mal accueillies par la Reine qui était orgueilleusement impérieuse, des soulèvements populaires, des alternatives de concessions ou de mesures de rigueur.
Le Premier Président soutint imperlurbablenient la juridiction du Parlement. — <( Si le Parlement, disait- « il, était resté, comme il doit Tètre, juge des appels c( des contribuables, ils auraient une garantie et ne « s'inquiéteraient pas. Maintenant ce ne sont plus seu-^ (( iement les habitants des faubourgs qui sont irrités, « ce sont les habitants de la ville. L'émotion va gii- « gner toutes les villes du royaume. Le venin de la H sédition gagnera de proche en proche la France c( entière. »
Tout en excusant les mécontents, et en se plaignant des moyens de rigueur et des exécutions militaires employés contre eux , Mole faisait rendre un arrêt qui ordonnait une information sur les faits de sédition.
Cette conduite, à la fois sage, ferme, mais légale et respectueuse pour l'autorité royale, ne convenait pas à messieurs des Enquêtes , toujours ardents et sans mesure. Les relations du Premier Président avec eux étaient difficiles; il ne se prêtait pas à leurs exigences; souvent il leur refusait des assemblées générales , et ne leur donnait pas séance dans la Grand' Chambre De leur côté ils se plaignaient bautemcnl du Premier Président, disant qu'il les traitait comme des écoliers et qu'il était cause que la Compagnie se trouvait divisée en deux partis.
L'affaire du (oisé continuait; Mole, qui voyait la Reine s'adoucir et promettre qu'on chercherait d'autres