PRÉFACE. XIX
« terre et seigneurie de Champlàtreux '. » — Suivait rénuméralion des terres et fiefs qui, à ce moment, composaient la terre de Champlàtreux et les diverses prérogatives qui résultaient de l'érection en comté.
* An temps de Matbiea Mole » Champlàtreux n'était point une Taste propriété, et le château n*était qu'un modeste manoir, où il habitait pendant les vacances avec sa famille, et n'invitait que ses amis les plus intimes. Son fils, M. deChampIfttreux, commença à Tembellir. Soit par économie, soit par bon goût, il ne changea point le caractère de l'architecture du vieux château. Le Père Léon, ancien ami de son père, en lui dédiant une nouvelle édition de son livre intitulé : les Couronnes des SainU^ lui parlait des changements qu'il avait faits à une première édition : — t J'ai fait à peu près ce que t vous avez fait dans votre belle maison de Champlàtreux , c'est « une ancienne nouveauté ou une antiquité renouvelée. » — Lorsque Mathieu- François Moié eut épousé une fille de Samuel Bernard , il se trouva assez riche , pour agrandir la propriété , en acquérant des terres voisines, et pour faire construire un des plus beaux châteaux des environs de Paris. Achevé en 1857, il fut l'ouvrage d'un architecte nommé Chevotet qui était alors en réputation. Le parc fut agrandi; de larges allées conduisaient de la grande route au château , et la tradition est restée que M* de Maiesherbes donna ses conseils et ses directions pour ces plantations.
Pendant la tyrannie révolutionnaire, Edouard -François Mole périt sur l'échafaud et ses biens furent confisqués. Le château de Champlàtreux fut converti en hôpital militaire. Lorsque les biens des condamnés furent restitués et l'ordre public rétabli, le comte Mole fit réparer les dégâts commis dans le château, et au retour d*nn voyage en Angleterre il fit dessiner le parc dans le même goût qu'il avait admiré dans les vastes jardins anglais.
En 1429, le roi Charles VII, d'après les conseils de Jeanne d'Arc, et prenant foi en sa mission dirine, marchait vers Reims où il devait être sacré. Il se présenta devant la ville de Troyes. Elle était occupée par une faible garnison de Bourguignons ; les sommations faites au nom du Roi , eurent un refus pour réponse. L'armée royale n'était pas nombreuse*, elle manquait de vivres, de munitions et d'artillerie^ toutefois, la Pucelle fut d'avis de tenter l'assaut et promit, au nom de Dieu, que par amour ou par puissance, le Roi entrerait à Troyes avant deux jours.
La garnison n'était guère en mesure de repousser l'attaque. Le peuple de la ville était épouvanté des merveilles qu'on racontait de la Pucelle. D'ailleurs, il y avait a Troyes, comme dans toutes les villes, un parti contraire aux Anglais et aux Bourguignons, qui désirait rentrer sous l'autorité du Roi. A la tète de ce parli étaient Guillaume Mole , un des principaux habitants
de la ville, et ses beaux-frères, Jean Leguisé, évêque de Troyes, et Gilles Leguisé, son frère, chancelier des foires de Champagne. Ils persuadèrent facilement au peuple et même à la garnison de traiter avec les assiégeants. On commença à parlementer. La menace d*un assaut hâta la négociation^ l'évéque et les principaux de la ville se rendirent au camp du Roi , et il fut réglé que la garnison sortirait librement avec ses armes. Une complète abolition fut accordée aux bourgeois pour fait de rébellion.
C'est la première fois que le nom de Mole , destiné à une bien plus grande illustration, parait dans riiistoire de France.
La postérité de Guillaume Mole vit accroître son importance, dana les générations suivantes, par de nobles et considérables alliances dans la noblesse de Champagne. Son arriére-petit-ûls, Nicolas Moléi s'établit à PiiriSf où il fut d*abord conseiller à la Cour des Aides, et en 1617, conseiller au Parlement* Son Qls Edouard Mole, après avoir acquis beaucoup de réputation dans le barreau, entra au Parlement en 1567.
Après le meurtre du duc de Guise i^ Blois et TaU liance de Henri III avec le roi de Navarre, au mois de janvier 1589, la Ligue demeurait maltresse de Paris. Buasy-Leclerc, alors gouverneur de la Bastille et toutpoissant dans la ville, entra, armé et le pistolet à la main, dans la GrandXhambre et commanda à plusieurs membres du Parlement, dont il donna la liste, de le suivre i l'hôtel de ville. Lorsque le Premier Président lui demanda par quelle autorité il agissait ainsi; il répondit que si on ne lui obéissait pas, quelques-uns d'entre eux
pourraient s'en mal trouver. Le Premier Président de Harlay, les présidents de Thou, Potieret Brisson, suivis de cinquante ou soixante conseillers, qui pour la plupart n'étaient point sur la liste, furent conduits à la Bastille à travers une populace, qui les insultait et les menaçait. Dès le lendemain Brissou et plusieurs autres furent mis en liberté-, successivement tous sortirent de prison, hormis le Premier Président de Harlay.
Brisson fut chargé par le Parlement de remplir les fonctions de Premier Président. Un arrêt, conçu dans les termes suivants, porta qu'Edouard Mole, conseiller , ti est nommé pour l'exercice de Tétat de procureur général du Roi pour l'absence de Jacques de la Guesle '. »
Ce choix était dicté par les clameurs d'une populace échauffée et menaçante, qui criait : Mole! Mole! Ce n'est pas qu'il eût jamais montré le moindre assentiment à la sédition^ il avait été la veille conduit à la Bastille*, mais il avait une grande réputation d'intégrité.
Brisson, en acceptant les fonctions, qui lui étaient conférées par la suggestion des chefs de la Ligue, déposa secrètement chez deux notaires une protestation, où il alléguait la force et la contrainte que la licence popu* laire exerçait contre lui : il ajoutait que des gens de bien et d'honneur, bons et fidèles serviteurs du Roi, lui avaient conseillé de temporiser et de s'accommoder au
* Registres du Parlement.
vouloir du peuple, quoiqu'il fût injuste et déraisonnable.
Cette apologie de la conduite de Brisson peut s'appliquera presque tous les magistrats qui continuèrent a siéger au Parlement, au lieu de se rendre à Tours, où le Roi les convoquait, en déclarant d'avance que tous les actes du Parlement resté à Paris seraient nuls. Ils suivirent la ligne de conduite indiquée dans la protestation de Brisson et conservèrent l'espérance qu'avec le temps , ils pourraient «(profiter en quelque chose pour la réduction et la réconciliation du peuple avec le Roi. »
Brisson, qui était ambitieux et que ses succès dans les lettres et au barreau, ainsi que la confiance dont l'avait honoré Henri III, avaient rendu présomptueux, s'était, plus qu'aucun autre, flatté de manier l'esprit du peuple. Hahile à conduire les affaires dans un État régulier, il vit bientôt qu'en temps de sédition il n'en était pas de même, et qu'il avait conçu une vaine espérance; mais il avait du courage, et, tout en sachant le danger, il le brava. Le grand et formidable parti de la Ligue ne tarda point à se diviser en deux factions : — la Ligue française qui voulait un roi catholique, mais de lignée royale : c'est-à-dire reconnaître le roi de Navarre pour roi de France, quand il se ferait catholique -, — la ligue espagnole, qui voulait un roi catholique, mais étranger, pourvu qu'il eût assez de puissance pour protéger et maintenir la fortune des chefs et principaux de leur faction.
Le Premier Président et la compagnie presque entière
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élaienl de la ligue française et s'opposèrent constamment à la ligue espagnole, ainsi qu'aux prétentions du duc de Mayenne et de la maison de Lorraine; le Parlement, par ses arrêts et selon ses formes légales , entrava sans cesse cette double cabale.
Mole était, par sa charge, plus en évidence que tout autre dans cette conduite. Un nommé Brigard , agent dévoué du duc de Guise, et qui avait joué un râle actif dans les barricades de 4588, avait écrit furtivement A un de ses parents, qui se trouvait dans Tarmée du Roi. Cette lettre fut saisie -, les ligueurs crièrent à la trahison. Brigard fut traduit en justice. Soit que la lettre nVût pas une signification criminelle, soit qu'il ne convint pas au Parlement de punir comme crime les communications avec le parti royal, Brigard ne fut pas déclaré coupable. Les ligueurs devinrent furieux contre le Parlement, et cherchèrent à soulever la populace, Àcet eflfet des écrits, destinés à être publiés et affichés pour émouvoir la ville, furent remis A un imprimeur. Le Procureur général requit qu'il fût fait défense, sous peine de la vie, à toutes personnes d'imprimer, faire imprimer et afficher aucun libelle ou billet tendant A division ou faction populaire ; il envoya, pour saisir les délinquants , des huissiers qui furent repoussés et maltraités.
Dès lors les Seize résolurent de sévir contre le Parlement, et de créer une chambre composée de leurs partisans pour que la justice fût rendue à leur gré. Après
EDOUARD MOLfi. 7
beaucoup de conciliabules, Bussy-Leclerc fit saisir dans la rue le président Brisson , et Ton arrêta chez eux, Larcher, conseiller, et Tardif, membre de la Cour des Aides. Ils furent traînés en prison où on les étrangla ; puis on suspendit leurs cadavres a des potences avec un écriteau, qui les nommait traîtres, hérétiques et politiques : c'était ainsi qu*on nommait ceux qu'on soupçonnait de traiter avec le Roi.
Le peuple fUt plus ému de pitié que de sédition. En vain Bussy-Leclerc essaya d*exciter les esprits *, la bourgeoisie élait indignée et eflrayée, elle envoya des dépu^ lés au duc de Mayenne, qui était absent, pour le conjurer de venir punir et réprimer ces brigands. Le mauvais succès de ce crime en prévint les suites. Il n*y eut pas d'autres victimes. Une liste avait désigné un certain nombre de parlementaires qui devaient être massacrés. Le nom de Mole s'y trouvait, et son successeur était déjA désigné.
Comme Bussy et ses amis étaient soudoyés par les Espagnols et travaillaient pour donner la couronne à Philippe II, le duc de Mayenne n'avait pas de ménage-^ ments à garder. Il arriva à Paris. Bussy et les principaux ligueurs prirent la fuite ^ quatre autres furent arrêtés et exécutés, sans forme de justice, par ordre du duc de Mayenne.
Dès lors le calme fut rétabli à Paris. Mais le Roi soumettait les provinces l'une après Tautre -, puis, se rap-
8 ÉDOUÂRU MOLE.
chanl de la capitale, il en essayait le siège. Ainsi elle c(ait condamnée à la misère et à la famine, tandis que les factions, étant les unes comme les autres impuissantes à obtenir un plein succès, se bornaient à s'entraver muluellement.
Le 11 octobre 1592, Mole et Séguier furent députés par le Parlement au duc de Mayenne pour lui exposer la déplorable situation de Paris et pour le conjurer de traiter avec le Roi , du moins pour obtenir une trêve.
Une telle négociation devait évidemment amener la reconnaissance de la royauté de Henri IV. Déjà la noblesse et la bourgeoisie commençaient à la désirer; mais la plus grande partie du Clergé, la Sorbonne et les amis de l'Espagne y étaient opposés plus vivement que jamais.
Le duc de Mayenne répondit donc au Parlement : — it Je pourvoirai aux affaires avec vous et par vos avis, en attendant l'assemblée des États, qui sera sans remise à la fin du mois prochain, pour y prendre quelque bonne et finale résolution qui soit au contentement des gens de bien. »
C'est qu'en effet Mayenne, le parti espagnol et le légat du Pape avaient résolu de déléguer aux États Généraux l'élection d'un roi de France. L'opinion du Parlement et de la bourgeoisie parisienne s'était hautement déclarée contre cette mesure-, elle fut encore plus décriée, lorsqu'on vititrriver des députés élus par un pe-
Ut nombre de partisans de la Ligue, la plupart « factieuXy nécessiteux, ennemis du repos public, affamés du bien d' autrui, venus exprès pour favoriser les Espagnols. •
Plusieurs provinces n'avaient pas envoyé de députés; rassemblée était incomplète, et lors de Vouverture des États, on n'y comptait que quarante-cinq députés. Successivement le nombre s'éleva à cent vingt-huit. Le Clergé était dévoué à la cour de Rome et obéissait au légat. Le Tiers État appartenait en majorité aux Espagnols, qui y achetaient des partisans; mais la minorité, composée des députés des grandes villes, voulait la paix. La noblesse était vivement opposée à l'Espagne ; quelques députés de cet ordre étaient dévoués au duc de Mayenne. Le plus grand nombre, sans être encore favorables à Henri IV, voulaient un roi français et catholique.
Mayenne institua deux nouvelles Chambres, l'une composée des princes lorrains, des maréchaux de France et des officiers de la couronne; l'autre, des délégués des parlements et des divers corps de magistrature. Le Parlement de Paris , sur les conclusions du Procureur général Mole, se réserva expressément la prérogative de vérifier et d'autoriser les résolutions prises par les États Généraux. — C'était contrarier le duc de Mayenne, qui aurait voulu que l'élection d'un roi ne fût pas soumise à la vérification du Parlement, Cette ré-
serve étant faite, la Compagnie délégua pour assister aux États Généraux le Premier Président, le Procureur général et huit oonseillers ou présidents.
Cependant la cause royale faisait de jour en jour des progrès. La résolution prise par Henri Vf de rentrer dans la religion catholique était connue et le duc de Mayenne , sans renoncer à ses espérances , était dans la nécessité de ne pas entrer en latte ouverte avec les Espagnols.
Le 28 mai 1593, le duc de Mayenne annonça que les États seraient informés des propositions du roi d'Espagne, qui promettait des secours d*argent et des troupes pour sauver la religion catholique, si Tlnfante, sa fille , était reconnue comme héritière de la couronne de France. A peine la lecture de cette proposition futelle achevée, que Mole se leva et dit que, selon le devoir de sa charge, il y mettait opposition et qu'il invitait les membres du Parlement à la combattre avec lui, comme contraire aux lois en vigueur dans le royaume depuis douze cents ans. On voulut contester au Procureur général le droit de former une opposition -à la face des États : alors tous les délégués du Parlement se levèrent et sortirent de la salle, annonçant qu'ils ne paraîtraient plus à rassemblée. Aussitôt le Parlement s'assembla, prit connaissance des propositions et députa le Premier Président, le Procureur général et quelques conseillers, pour aller faire des remontrances au duc de Mayenne.
L'ftTOcat du roi Hotman donna lecture de la formule solennelle : — « Nous ne pouvons, ni ne devons, » — chacun des délégués s^ exprima librement et résolument. Mole parla avec plus d^énergie encore, disant « qu'il élaîl vrai Français, qu'il mourrait Français et perdrait ses biens et sa vie plutôt que de cesser de l'être. »
Cependant la dissension qui annulait, Tune par l'autre, la cabale espagnole et la cabale du duc de Mayenne empêchait les États Généraux de procéder à l'élection d'un roi. La guerre devenait de jour en jour plus favonible à Henri IV. Il offi*ait une trêve que refusait le conseil d^Ëtat de Mayenne. La population de Paris, menacée d'un nouveau blocus, impatiente de voir la fin de tant de misère, s'irritait jusqu'à la sédition et demandait la trêve; le légat était insulté jpubliquement-, le duc de Féria menacé; ce qui restait des Seize contraint à se dérober i la Colère du peuple. Il fallut céder^ et une trêve de dix jours fut conclue.
Telle était la situation, lorsque le 23 juin 15d3, Michel de Marillac, conseiller aux Enquêtes, représenta à la seconde chambre qu'en ce moment des choses de grande conséquence étaient traitées dans l'assembréc des États, et que le Parlement semblait obligé d'ouvrir les yeux pour aviser à ce qu'il serait à propos de faire. — d On se propose, disait-il, de faire un roi et la Compagnie doit s'y opposer. »
Sur sa proposition la Chambre, non sans quelque hé-
sitatioD et craignant de s'engager dans une si importante affaire, prit courage et envoya sur-ie-champ à l'autre Chambre des Enquêtes, Marillac et un autre conseiller pour y proposer de demander à la Grand'Chambre une assemblée générale du Parlement. Cette proposition étonna d'abord les esprits qui étaient timides, encore qu'elle fût conforme à leurs sentiments.
L'assemblée des Chambres fut indiquée pour le 25 juin. Gomme on commençait à délibérer , M. de Mayenne, envoya prier la Compagnie de ne point passer outre-, il promettait de prolonger la trêve qui allait finir; puis il trouverait bon que le Parlement s'assemblât et proposât ce qui lui semblerait sage.
Le 28, le Parlement, n'ayant reçu aucun autre message du duc de Mayenne, s'assembla et entra en délibération : mais au lieu de parler de la trêve et de ses conditions, on en vint hardiment à traiter de cette élection ou nomination d'un roi , qu'il était question de déférer aux États Généraux.
Les gens du Roi furent mandés; et après que le Premier Président, Lemattre, eut résumé le sujet de la délibération, « M. Mole, comme Procureur général, présenta de convenables et généreuses conclusions '. »
Il ne s'agissait plus seulement de faire des remontrances, mais de casser 4out ce qui se faisait aux États contre la loi salique et les lois fondamentales du
* Mém(Hre8deMarUkffi,
royaume. L'arrêt fut rendu et se terminait ainsi : — N Dès à présent ladite Cour a déclaré et déclare tous K traités faits ou à faire ci-après pour rétablissement tt de prince ou princesse étrangers nuls, et de nul effet, u conmie faits au préjudice de la loi salique et autres (( lois fondamentales du royaume. »
Puis il fut proposé d'envoyer à l'heure même demander audience a M. de Mayenne^ il l'accorda : ensuite il fit savoir par un nouveau message qu'il ne pourrait re-' cevoir le Parlement que dans l'après-dlnée. Gela déplut à la Compagnie, qui supposait que le duc de Mayenne cherchait quelque moyen d'éluder l'arrêt-, mais les courages ne furent pas ébranlés.
Lorsque M. Lemattre et la députation furent admis, il commença par exposer en peu de paroles les motifs qui avaient déterminé la Cour à envoyer une députation à M. le duc* : — l'obligation qu'avait le Parlement de conserver et maintenir les lois fondamentales du royaume : — la crainte que ressentaient tous les Français de subir le joug et la domination de la nation espagnole, nation trèscontraire en mœurs et façons de vivre à la nation française : — la juste plainte et importunité des habitants de la ville de Paris et la pitié due au pauvre peuple : — l'obligation imposée tout autant à monseigneur le duc de Mayenne d'entretenir les lois, ainsi qu'il Tavait promis et juré solennellement en ladite Cour, s'engageant en con-
^ Registres du Parlement.
14 EDOUARD MOLlî.
sciwc^ à gi&rder les lois de oe royaume ot principulement la loi par laquQlU, depuis douze centa ans, la grandeur de la couroune a été ooDservéa en aoo entier, et par laquelle les femoies ^oat perpétuelleiDçnt caelues du droit à la couroDae, encore qu'elles soient originaires de France et plus proches parentes du roi décédé^ cette loi ayant ét^ introduite et pratiquée depuis le roi Ciovis, — ^ (( A ces causes, monsieur, ajouta le Premier Président, ' la Cour ma chargé de vous dire qu'elle a cassé to^it ee qui est fait et se ferait, en rassemblée des Ëtata, contre la loi salique et les lois fondainentales du royaume* ïi
Ce langage et cet acc^t troublèrent le duc de Mayenne. — Vous vous fussiez bien passé de donner un arrôt de si grande conséquence sans m'en communiquer ^«--'Telle fut à peu près la seule réponse qu'il ût à la députation; mais lorsqu'elle se retirait, il retint le président Lemat* tre et quelques conseillers, et tenta de les amener à un accommodement ou de les intimider* De vives paroles furent dites de part et d'autre \ et lorsqu'il s'emporta au point de dire qu'il casserait Tarrât, le premier président répliqua froidement : — «c j'en ferai rapport à la Cour. »
Le due de Mayenne avait en effet la pensée de déférer l'arrêt du Parlement aux États Généraux. Le lendemain il eut une nouvelle conférence aveo le Premier Président , chez l'archevêque de Lyon , qui se chargea d'expliquer les motifs de mécontentement du
* De Thou : Mémoires de Mar'dlac.
prince. Il s'çxprima en des termes si pou couvepables , quo M. Lemattre Vinterrompil ; ^^ <^ La Gompagnie respectable que je repré3ente est blessée par vos injurieuses paroles*, je dois en ^re offensé et je ne les puis souffrir. Sachez que le Parlement ne trompe personne et rend à chacun ce qui lui est dû. Il n'a jamais eu d*autre intention que de remplir ses obligations et de conserver sa dignité et Vi^ulorité des lois. Quant à moi j'aimerais mieux mourir que de m'engager avec la faction espagnole. »
Lorsque le Premier Président rendit compte de ce qui s'était passé, tous les membres du Parlement donnèrent de grands applaudissements i sa fermeté et promirent de sacrifier leur vie plutôt que de permettre qu'on changeât quelque chose à Tarrôt.
Cette courageuse volonté du Parlement, dont les sentiments étaient hautement partagés par un grand nombre de seigneurs et de gentilshommes, changea la résolution de M, de Mayenne. Il pouvait prévoir que, même dans les États Généraux « il trouverait une vive résistance. Mole avait déjà écrit le discours qu'il de* vait y prononcer, et qui devint inutile, lorsque le duc eut renoncé à la cassation de Tarrôt. Ce dif cours a été conservé et présente un caractère d'assurance et d'énergie. La trêve fut donc prolongée de trois mois^ puis encore de deux mois. Les plus grandes villes du royaume et presque toutes les provinces reconnaissaient
l'autorité royale; les grands seigneurs et les personnages importants de la noblesse quittaient Mayenne et traitaient avec le Roi. Il avait abjuré solennellement le calvinisme, le S5 juillet 1593; il avait été sacré à Chartres, le S7 février 1594. Mayenne et le parti espagnol usaient leurs dernières forces dans leurs discordes. Le Parlement rendit un arrêt, qui ordonnait aux troupes étrangères de sortir de Paris , et interpella le duc de Mayenne de reconnaîtra le roi que Dieu et les lois avaient donné au royaume.
Enfin toutes les autorités de Paris se concertèrent pour livrer au Roi sa capitale. L'hôtel de ville, représentant de la haute bourgeoisie, les corps de magistrature, le Parlement s'unirent pour une entreprise qui n'était pas sans danger, car il y avait à Paris dix-huit mille Espagnols , et les derniers Ugueurs pouvaient encore soulever nne populace toujours disposée au désordre. Lemaitre et Mole étaient actifs dans cette honorable conspiration. Le succès en devint assuré lorsque le gouverneur de Paris, Brissac, eut traité avec le Roi, qui était contraint d'acheter à prix d'argent tous les seigneurs de la Ligue.
Le Roi fit son entrée à Paris le 22 mars 1S94. L'édit par lequel il promettait qu'aucune poursuite, ni recherche ne serait faite contre ceux qui, à Paris, auraient tenu un parti contraire au sien, fut d'abord vérifié par le Conseil du Roi siégeant dans la GrandXhambre. Ce-
tait considérer le Parlement, qui avait siégé i Paris, comme n'ayant aucune existence légale-, or ce Parle* ment s'était opposé à toute usurpation de la couronne; il avait donné Texemple aux bons citoyens, résisté aux ligueurs, aux Espagnols, au légat et au duc de Mayenne.
Henri IV comprit bientôt que flétrir ainsi de dignes magistrats, à qui la France, et lui, avaient de si grandes obligations; qui avaient, au nom des lois, défendu ses droits et proclamé son légitime avènement, c'était une faute et une injustice. Les membres du Parlement, qui étaient restés à Paris et ne s'étaient point rendus a Tours où siégeait le Parlement royal, furent maintenus; ceux qui siégeaient avec des provisions délivrées par le duc de Mayenne durent en recevoir d'autres données par le Roi.
Mole redevint simple conseiller» Le retour des magistrats qui avaient siégé au parlement de Tours n'établit aucune distinction, n'entretint aucune division, dans cette sage Compagnie'. Les uns ne se targuèrent pas de leur fidélité; les autres n'eurent pas besoin de rappeler combien ils avaient rendu de services à la cause royale. Mole conserva la haute considération qu'il avait acquise. En 1602 il fut nommé président au Parlement ; son fils Mathieu Mole fut conseiller en 1606, président aux requêtes en 1610, procureur général en 1644. — Avant qu'il se fit connaître par son mérité, l'im-
* Pasquier.
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portance que son père avait acquise lui valut » jeune encore, un prompt avancement dans la magistrature. La gloire qu'il attacha au nom de llolé vint s*ajouter i celle que lui avait déjà donnée son père. -- Edouard Mole mourut en 1616.