‹ Le Parlement et la Ligue en BourgogneChapitre 15 sur 144 · La Cuisine, op. cil .. t. il, ■.■'5i · texte numérisé non relu

La Cuisine, op. cil .. t. il, ■.■'5i

eux les clieCs de lu Ligue en liouigogne. Mais ces deux groupes, d'opinions Ijien distinctes et caractérisées, ne formaient, mcnie réunis, qu'une laihle partie de la Gompa gnie.

Les magistrats à idées arrêtées n'étaient, en réalité, que l'infime minorité : la majorité des Parlementaires était flottante, indécise. Esprits faibles et hésitants, volontés vacillantes, ils étaient voués à n'être guère que le jouet des circonstances. Ils se laissaient entraîner vers un parti, selon l'intérêt du moment, suivant la pente des événements ; en un mot, c'étaient des « opportunistes », Ils eussent été des sages au gré de La Fontaine, car ils criaient selon les gens et selon les temps : « Vive le Roi, vive la Ligue ! » Le premier président lui-même, Denis Brulart ' , send:)lait réaliser le type de cette majorité parlementaire inconstante et malléable : sans fermeté, sans énergie, Brulart se laissait mener par ses conseillers eux-mêmes. Aucune initiative ne venait de lui : sa faiblesse était telle que sa femme, Madeleine Hennequin', en arrivait quelquefois à gourmander sa mollesse. Son excessive prudence le paralysait, la peur de se compromettre, en s'engageant tro[) avant dans l'un ou l'autre des partis, le conduisait à préférer sa sûreté à la dignité et à l'honneur même de la Compagnie qu'il avait à diriger.

Ainsi, au début de 1589, il existait dans le Parlement bourguignon, trois factions, trois groupes parlementaires : celui des royalistes, celui des ligueurs exaltés, et entre

1. Denis Bruliirt, chevalier, baron de la Borde et de Sombernon, seigneur de Santenay et de Mimande, conseiller du Roi. Il était fils de Noél Brulart, procureur g-énéral au Parlement de Paris. Il avait rendu de si grands services au Roi dans son office de conseiller au Parlement de Paris que le Roi le pourvut de Tofflce de Jean de la Guesle le 25 juillet i5:;o. Il fut reçu le 14 août suivant. Son fils épousa la fille du président de Crcsj))'. Il mourut en 1611 et fut inhumé aux Cordcliers à Dijon. Ses armes étaient : « de gueules à une bande d'or, chargée d'une traînée de sable accompagnée de cinq barrillets de même ». Sa devise était : Animis illabere nostris. — (Vindry, op. cit., I, i4a.)

2. Madeleine Ilennequin était la fille de Jean Ilennequin, conseiller au Parlement de Paris, et d'Anne Mole. Pour preuve de son caractère très ferme, voyez ci-dessous, ch. V, la conduite qu'elle tint à partir de 1694.

les deux, le groupe le plus nombreux, celui des opi»oitunistes, faibles et prudents, toujours lumli's [)ar lu crainte de se compromettre.

Cette analyse du Parlement, déjà divisé seci'ètement par des divergences, nous permettra de comprendi-e facilement l'attitude de la Cour en face du coup d'état de Blois, à la fin de 1088 et au début de 1589. Sous la poussée des circonstances, la plupart des magistrats, hésitants et irrésolus, se laissait entraîner du côté du plus fort. Or, Henri III venait de frapper la Ligue dans ses chefs : il ne semblait pas que celle-ci pût se relever et mettre en péril la royauté. En tout cas, pour l'instant, Henri triomphait ; sans trop s'avancer, en se tenant sur ses gardes, il importait donc de ne pas prendre ouvertement parti contre le roi; il fallait se réserver, évoluer habilement, approuver la conduite du roi, tout en se ménageant la possilnlité d'entrer dans la Ligue, si,par quelque changement, celle-ci se retrouvait victorieuse. Les ligueurs, en trop petit nombre, n'osèrent se déclarer ni agir ouvertement contre l'alliance, qui devait être bien éphémère, des royalistes et des opportunistes, en sorte que la Cour, à ce moment précis, se montra favorable au roi.

Dans la séance du 3i décembre i588 où furent lues les lettres patentes du roi données à Blois le 23 décembre, par lesquelles Henri III tentait de justifier l'assassinat du duc de Guise, le Parlement sembla disposé à rester attaché au roi et à se plier aux mesures de sûreté que le souverain prescrivait. Les officiers municipaux ' furent donc mantlés au Palais et le maire Jacques La Verne exposa les résolutions prises par la Chambre de Ville : il remontra que, sur sa proposition, les magistrats municipaux avaient juré sur les saints évangiles de continuer à servir fidèlement, et do veiller à la conservation de la ville sous 1' « autorité et obeyssance » du roi, que des précautions avaient été prises pour assui-er la garde des murailles, exhorter le

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