‹ Le Parlement et la Ligue en BourgogneChapitre 18 sur 144 · Corresp., II, préface, p. xxii · texte numérisé non relu

Corresp., II, préface, p. xxii

Mayenne : les avocats et procurouis ambitieux qui coml)osaient en majorité la Chambre de Ville connaissaient leur intcrct. Quand le duc entra à Dijon, il trouva une ville toute [)rèle à le servir. Et le Parlement eùt-il encore hésité devant cette extension inespérée de la Ligue, que le duc Charles n'eût pas laissé aux magistrats le temps de choisir entre le roi et lui. Mayenne connaissait bien l'état d'esprit de la Cour ; il connaissait la faiblesse, l'irrésolution de la plupart des magistrats ; si quelques-uns d'entre eux lui étaient à bon droit suspects d'hostilité, il savait qu'un coup de force et d'audace entraînerait à lui le corps tout entier. Aussi se proposa-t-il, dès son arrivée à Dijon, d'user de vigueur. Le baron de Lux, envoyé en avant par Mayenne, eut pourtant du mal à obtenir du Parlement l'entrée pour son maître : il avait beau dire que le duc était député du roi, et qu'il en avait des lettres patentes. Longtemps la Cour insista pour voir ces lettres, et le baron de Lux toujours s'excusait, alléguant le retard du messager qui les portait. Sur ces entrefaites, Mayenne entra à l'insu de la Cour : celle-ci dut alors se soumettre, et une délégation, composée du président Bourgeois de Cre.spy, de Claude Bretagne, de P. Colard, P. Odebert et Fyot, alla, le "j janvier 1689 ', complimenter le duc.

Mais cette démarche ne suilisait pas à celui-ci : i)our s'assurer véritablement la majorité des magistrats, il fallait que le duc montrât plus d'audace encore et fît sentir plus lourdement sa puissance. D'ailleurs, il allait, du même coup, satisfaire sa rancune contre les royalistes qui avaient été [)articulièrement pressants dans l'insistance du Parlement à voir les lettres patentes dont s'était réclamé le duc de Lorraine. Mayenne fit donc arrêter et emprisonner au Château, le n janvier, les conseillers Pierre

I. Eeg. du Parlement, III, aSg. — Bacdoiix (op. cil ,11, p. 363> indique, à la place de Fyol, « ; autres conseillers ». Mayenne élait entré le 5 à Dijon (Hfg. du Parlement, III. 23;-8-9).

Odebert et Bretagne puîné '. Et, loi'sque, le lundi i6 janvier, les députés du Parlement, Desbarres, Briet, Millet, Louis Odebert et Catherine ", vinrent réclamer la mise en liberté des magistrats enfermés au Château, Mayenne leur l'épondit qu' « il les avoit fait saisir pour sa seureté et conservation de ladite ville, et estoit résolu de les y laisser, touttefois qu'il auroit égard à la requeste que la Cour luy avoit présentement faitte et adviseroit d'y faire ce qu'il pourroit pour la seureté de ladite ville et par la douceur dont il avoit accoutumé d'user »\ Des listes de proscinption furent dressées en même temps, et dans celle du iG janvier 1.589, figurait bon nombre d'avocats et d'huissiers'*. Maj'enne ne s'en prenait pas seulement aux conseillers qui lui étaient hostiles, il frappait aussi l'entourage du Palais, les gens de robe, les suppôts du Parlement.

Toutes ces rigueurs étaient propres à intimider les magistrats. S'ils avaient pu résister à la sourde influence qu'exerçait déjà sur leurs esprits l'adhésion de Dijon et de la Bourgogne entière à la Ligue, s'ils avaient pu se dérober à la contagion, s'ils avaient eu quelque velléité de secouer leur apathie, leur mollesse, pour mettre obstacle à l'entraînement, la fermeté et la décision que montra Mayenne pendant son séjour à Dijon, suffisaient à leur enlever toute pensée de résistance. A vrai dire, Mayenne frappait à coup : sûr Fremyot n'était plus là pour relever le courage des magistrats qui partageaient plus ou moins

I. La Ccisine, op. cit., II, i35. — Reg. du Parlement, III, 262. — Fonda De Juignié w 3, p. 26. — Col'htévék (E.s.sai .lur la Ligne, p. 6) ajoute à ces deux noms ceux des conseillers Fyot et Quarré : nulle part ailleurs ils ne sont mentionnés. — Pkpix {Livre de Souvenance, p . 44) t-'i^c le président Bourg'cois de Crespy. — Des.iardins {op. cit., p. 47!)) ajoute les noms de La Verne, Bernardon et ÎNIillolet. D'après La (^iisiMi {op. cit., II, i'56) ceux-ci ne furent emprisonnés que quelques mois après parla ('liambre de Ville. (V. ci-dessous.)

2 Reg. du Parletncnl, III, 262. — Le Fonds De .hiignié n" 3, [). afi, ne cite que Desbarres, Briet et Millet.

3. Reg. du l'arlcnient, III, 263. — Fonds Dr .hiignié n" 3, p. 2;.

4. Voy. cette liste dans la Corresp., 11, p. i3i, n° 35i. — La voir dans B 456, f" J16, aux Arch. miin. de Dijon. Cf. Kleinclalsz, op. cit., p. 243.

SCS senliinonls. Timorés vl ci-;iinlil's, ceux-ci nosèrcnt protester : [>uisque la Ligue était la plus forte, le mieux n'était-il pas, cette fois, de crier « Vive la Ligue » ? Kt le Parlement resta courbe sous le joug du duc de Lorraine.

Celui-ci [Kirtit donc rassuré le i8 janvier, laissant derrière lui une municipalité toute dévouée à l'Union; le 9 janvier, la Chambre s'était fait un devoir d'assister en corps au service célébré pour MM. de Guise *; au surplus, elle était surveillée et secondée admirablement par Francliesse, bien retranché dans son Château, dont les canons menaçaient sans cesse les Dijonnais et dont la garnison pouvait au besoin recevoir ra[)pui de celle du château de Talant. Or, Mayenne, à son départ, avait confié à ses bons amis le soin d'achever la soumission du Parlement, de surveiller ce corps qui n'était pas très sûr à ses yeux, et de débarrasser la ville de toute la « vermine » royaliste. Le duc savait que ses ordres seraient bien exécutés, et c'était en toute tranquillité d'âme qu'il pouvait écrire à Fervaques, le 3 février : « J'ay laissé en ceste ville si bon ordre qu'avecq l'aide de Dieu il ne fault rien craindre-. »

De fait, à cette heure, il ne fallait rien craindre. La double volonté de Mayenne fut exécutée promptement et en conscience. En premier lieu, il fallait s'assurer du Parlement. La Cour était calme, certes; les rancunes s'y étaient tues; mais elle n'avait pas encore adhéré officiellement à la Ligue. Des murmures semblaient même prêts à s'élever, au Parleuient, contre les agissements de Mayenne : quand le lieutenant général pour la Ligue en Bourgogne, Fervaques, présenta ses p juAoirs au Parlement, quelques-uns froncèrent les sourcils , estimant à leur juste valeur les protestations de Fervaques de « conserver l'autorité du Roi ' ».

Dans ces conditions, il fallait encore user de violence ])our amener le Parlement à une soumission complète et

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