Arch. mun. de Dijon, B aaô, f
4. C'est en effet le 17 qu'est rendu l'arrêt ordonnant l'enregistrement des lettres de transfert (Bib. mun. de Dijon, Fonds Saverot n° 3, III, f» i. — Cf. Pièces justif., n' II). Il semble que ce devait être là le premier ouvrage du Parlement de Flavigny. La Cl isine donne pourtant comme date d'ouverture le 7 (op. cit., II, 168). Le premier chiffre fut sans doute oublié.
5. Dans la liste des femmes des absents du 11 avril se trouve la femme de Bossuet (v. Arch. mun. de Dijon, B 226, f» aoi). Lagrange, à cette date, n'était pas encore parti, puisque la Chambre de Ville sursoit à son em-
rent : le 2 mai, La Verne et Valon sortirent de Dijon, « feignans s'aller promener » : on ne les revit plus*. Les conseillers Golard, Saumaise ', Millet, La Reynie, le procureur général Hugues Picardet', ne tardèrent pas à imiter leurs collègues : ils partirent, au vu et au su de tous, ayant promis de (( retourner en bref », ce qu'ils ne firent*. Breunot lui-même \ avait quitté la ville, pour régler diverses affaires particulièi^es : je ne sais s'il eût jamais l'intention d'aller grossir, lui aussi, les rangs du Parlement royaliste ; quoiqu'il en soit, Breunot rentra en ville quelques mois plus tard. Ce ne fut pas le cas du président Bourgeois de Grespy : celui-ci demanda, le 9 mai, à la Mairie, des passeports « pour aller faille les affaires de sa maison aux champs » ; mais il dut acheter le droit de sortir de la ville, et ce n'est que sur sa promesse de donner 1.200 écus pour subvenir aux frais de la guerre, et à condition qu'il n'irait pas se joindre volontairement aux ennemis, que les passeports lui furent accordés. Il se rendit à
prisonnement ; mais il était fortement suspect, et sa fuite ne s'est pas fait longtemps attendre : le 21 avril, l'hôte du Cygne des faubourgs d'Ouche vient dire à la Mairie qu'il a vu « lesdits sieurs Boussuet, conseillers des requêtes, Lagrange, conseiller à la Cour, les procureurs Gros et Mouchet, le notaire Taby, l'auditeur Tisserand, ung surnommé Mausan et le greffier des requêtes Apoillenay, accompagné de neuf ou dix chevaulx qui alloient audict Flavigny ». (Arch. mun. de Dijon, B 226, f" 20J y.)
I. Arch. mun. de Dijon, B 226, f" 221. — Le 17 mai, la femme de Vaugrenant et celle de Quarré s'enfuient. (Ibid., f" 234.)
a. Saumaise qui se trouvait à Beaune (Arch. dép. de la Côte-d'Or, C2087, r» 145) obéit aux ordres de la Cliambre de Ville et revint un peu plus tard à Dijon. Il ne fit en eflel jamais partie du Parlement royaliste, et nous le retrouvons dans les listes du Parlement ligueur, à la Saint-Martin iSgS, bien que l'entrée lui eût été refusée le 8 fév. iSgi. (Arch. mun. de Dijon. B 228, f° 170 V».)
3. Le a juin, la Chambre de Ville est informée que Picardet s'en va à Fiavigny ; ses livres seront inventoriés et son étude fermée. —Son beaupére, Thomas Berbisey, interrogé, repond que Picardet est à Mirebeau : on fait enquête et on constate que ses livres sont à Mirebeau (Arch. mun. de Dijon, B 226, f" 229 v et 25i v).
4. Arch. mun. de Dijon, B 226, f» 236. — Le 18 mai, la Ville leur ordonne de revenir dans dix jours.
5. Arch. mun. de Dijon, B 227, f" 26 v». L'ordre de retour donné à Breunot semble indiquer qu'il était quelque peu suspect d'abandonner l'Union. Mais il demande à rentrer en octobre 1689. (Ibid., f» u4 v». — Cf. Pièces justif., n° IX).
Semur, non parce que Semur était une place royaliste ' (il n'avait encore en aucune façon l'idée d'abandonner la Ligue et d'aller se joindre aux magistrats dissidents^), mais parce que ses intérêts l'appelaient dans cette ville. Les Parlementaires de Flavigny crurent à une défection : ils cherchèrent à l'attirer dans leurs rangs. Longtemps Crespy résista à leurs pressantes injonctions et aux ordres du roi lui-même. Enfin, ses scrupules tombèrent devant la menace de vente de tous les biens qu'il possédait en Auxois ; il écrivait, à ce propos, ses ennuis et ses hésitations à sa femme, demeurée à Dijon : comme sa maison de Dracy venait d'être pillée, « voyla comment je suis accommodé de tous costez [disait-il], si je pers ce que j'ay icy me voyla réduit à piteux estât 3 », L'intérêt prit alors le dessus : pour éviter la ruine, il se résolut à aller à Flavigny'*. Il est vrai que, depuis cette époque, il devint l'un des plus fermes soutiens du parti royaliste en Bourgogne; si, par cupidité, et devant les menaces, il devint membre de la nouvelle Cour, désormais, il sut concilier l'intérêt avec le devoir, et il embrassa avec ardeur le parti du roi.
A la fin de mai ou au début de juin, deux autres conseillers abandonnèrent encore Dijon ; ils s'enfuirent sans passeport et en cachette : ce furent Claude Bourgeois de Molleron et Bénigne Tisserand \ D'autres encore, les deux
I. Semur était au pouvoir des royalistes depuis le 3i mars. Cf. le billet de Yaugreiiant à Henri III dans la Corresp., II, p. jôg. n°437.
a. Nous l'avons vu jurer sans hésitation les articles de l'Union, le ■25 mars, en même temps que Picardet d'ailleurs. (Reg. du Parlement. III, 2;o-;2. — La Cuisine, op. cit., II, i4i-3-) Pourtant Crespy était suspecté.
3. Lettre du 25 juin iSSg : Arch. man. de Dijon, B 45;, n» 69. — Cf. Pièces just . , n» I V .
4. Le 4 août, La Reynie, Picardet, avec son frère, audiencier en la Chancellerie de Bourgogne, et Crespy, étant retirés de source sûre à Flavigny, sont imposés par la Chambre de Ville, La Reynie et Picardet, à 100 écus chacun, et Crespy à 800 écus (Arch. mun. de Dijon, B 227, f- 64); La Verne, Millet, à 5o et 4oo écus, en même temps que Breunot (200 écus) et Saumaise (200 écus), qui ne sont pas encore rentrés à Dijon le 5 aoùl(7bjd., f 68). Tisserand est imposé à 400 écus.
5. 27 juin 1589 : Arch. mun. de Dijon, B 22;, f» 26 V : « seront imposés pour les frais de la guerre M.M. Molleron et Tisserand, conseillers à la Cour, absents, sortis de la ville sans passeport ».
derniers, partirent en demandant passeport, avec un faux air de fidélité à la Ligue et de vaines protestations de l'etour : Franc^ois Briet en août et Bénigne Milietot en octobre * .
Ce n'est donc qu'à la fin de 1689 que le schisme est consommé : royalistes fiers et énergiques de la première heure, royalistes encore timides, amenés à quitter Dijon par intérêt ou par rancune, autant ou plus que par sentiment du devoir, tous sont maintenant réunis à Flavigny et forment un groupe imposant de dix-neuf magistrats ^. Des avocats, des procureurs, des huissiers étaient venus les rejoindre et constituer autour du Parlement royaliste, comme autour du Parlement de Dijon, ce cortège de gens de robe nécessaii^e à la vie du Palais : entre autres, l'avocat général Jean Maillard, les avocats Odebert, Marc- Antoine Millotet, François Fyot, Jean-Baptiste Richard, Claude Mocliet d'x\zu, aïeul maternel de Bossuet, les procureurs J. Mignard et Lazare Turreau.
Bien qu'il eût ouvert ses séances le 17 avril, le Parlement royaliste ne fut définitivement constitué qu'à la fin de 1589. Pendant la période qui s'étend d'avril à octobre, un certain flottement s'était produit au sein du Parlement dijonnais, et des désertions successives avaient accru le nombre des membres de la Cour dissidente; à partir d'octobre, nous ne verrons plus de magistrats quitter Dijon; tous ceux qui, de pensée, de sentiment, se séparaient vraiment de la Compagnie ligueuse, l'avait quittée aussi en fait : ce que l'on peut appeler le schisme pai'lementaire était accompli. 11 existait maintenant deux Parlements : d'un côté, en Auxois, une Cour faible encore,
1. Arch. mun. de Dijon, B 227, f' 77 : i3 août : Briet obtient des passe' ports pour Flavigny.— Ibid., f° iio : 4 ocl. : Milietot obtient des passeports pour aller vendanger en Auxois. Il est déclaré rebelle le 26 mars 1690 (7&iJ., f» 253).
2. Le Parlement, d'autre part, avait vu par lettres de juin i58g, enregistrées par arrêt du 27 juin iSSg, son ressort étendu aux comtés de Maçonnais, d'Auxerrois et de Bar-sur-Seine (Bib. mun. de Dijon, Fonds Sai'erot n' 3, III, f- 23. — Cf. Arch. dép. de la Càte-d'Or, G Sojo, f"* 8, 33 v°. —29, 62 v).
n'exerçant son autorité que sur une infime partie de la province, à peine soutenue par quelques gentilshommes campagnards et dévouée à une cause qui semblait perdue d'avance; de l'autre côté, à Dijon, une Compagnie, nombreuse, quoique diminuée, mais avilie déjà et humblement soumise aux meneurs de la Ligue, imposant cependant sa juridiction à presque toute la Bourgogne, encadrée dans un parti puissant, protégée par des troupes nombreuses et rehaussée du prestige moral dont jouissait le parti ligueur en Bourgogne. En un mot, il y avait en Bourgogne, d'un côté, un Parlement du Roi; de l'autre, un Parlement de la Ligue.