Reg. du Parlement, III
en 1589. on raison de sa force même, cette force diminuait peu à peu au profit de la royauté, en sorte que les Parlementaii'cs devaient eux aussi se sentir attires d'autant plus puissamment vers la royauté. Les victoires successives du roi, échelonnées depuis Arques, les défections de plus en plus nombreuses des villes ligueuses allaiblissaient la confiance que l'on avait pu avoir dans l'Union. L'accroissement, encore lent certes, sensible pourtant, du parti royaliste bourguignon, donnait donc de plus en plus à penser aux ligueurs de la Bourgogne. Or, la population dijonnaise elle-même, celle qui touchait de plus près au Parlement, s'était ressentie de cet état de choses et avait évolué. Cette évolution avait été d'ailleurs assez facile : le peuple dijonnais, en effet, même en lôSg, était en majeui'e partie composé de « politiques », d'hommes priidents et réservés comme les Parlementaires eux-mêmes, conduits par un petit groupe de ligueurs énergiques. Les succès du roi peu à peu firent renaître leurs espérances, et leur intérêt même les poussait à désirer la chute dernière de l'Union et le rétablissement de la paix : en effet, les bandes de pillards, aussi bien ligueurs que l'oyalistes, sillonnaient sans cesse et ravageaient la région. Tout commerce était interrompu, les vendanges rendues impossibles. Les courses continuelles des garnisons de Saulx-le-Duc. de Yergy, de Màlain, et même et surtout de Vaugrenant ' et de ses lieutenants, dévastaient les vignobles, ruinant ainsi une importante partie de la population dijonnaise, enlevaient le bétail ou même les paysans des villages et des fermes environnantes 2. Par là, le peuple et les bourgeois dijonnais étaient directement atteints dans leurs intérêts; la [)aix, à tout prix, était maintenant leur principal désir. Mais ils demeuraient catholiques ; leurs consciences se révoltaient à l'idée de reconnaître pour roi de
1. Voj'. Galmiche, Le Président Baillet de Vaugrenant, ch. III.
2. Hukunot, II. 91, 111, 11;, 121, la'î, i3o, 141, i;3, 178, 2t8, 36i. —3 juillet i594 : Ceux de Màlain raflent le bclail des {fiaiiffes d<' (^alherine à la Coloinl)iére el de Bouhier à la Noue.
France un roi protestant. Le dernier coup à leurs hésitations fut porte i)ar l'abjuration de Henri IV. La seule conciliation possible entre les deux lois fondamentales de l'Etat français, loi salique et loi qui faisait du roi de France le fils aîné de l'Eglise romaine, était accomplie.
Rien ne troublait plus désormais les convictions intimes des Dijonnais. Ils pi-évoyaient le succès définitif du roi. Les politiques- alors devinrent des royalistes. S' unissant aux royalistes de la première heure que leur prudence avait toujours tenus à l'écart, ils en arrivèrent à former à Dijon, au milieu de logS, un parti véritable royaliste. Composé des paysans des faubourgs, des vignerons ' que la guerre ruinait, de bourgeois aisés ou de marchands, ce parti s'accroissait de jour en jour, en même temps que s'atlirmait le triomphe du roi. Nombreux déjà au début de 1694^ l'entrée de Henri lY à Paris lui donna une nouvelle impulsion (22 mars i594). L'acharnement même, la violence des prédicateurs de la Ligue nous montrent la colère des ligueurs à la vue de la propagation si rapide des nouvelles idées : sans cesse le père Christophe ou le carme Bullet tonnaient contre le roi de Navarre, l'hérétique \ Mais un prédicateur aussi, le Cordelier, commençait à se retenir et était traité de prédicateur « politique » * : de l'aveu même de la Chambre de Ville, presque toute la ville allait à ses prédications et désertait les autres ^ L'audace des « politiques » croissait, ils commençaient à « lever les cornes ï>\ Si, en 1592, on se moquait publiquement du roi de Navarre', c'était la Ligue
I. Les vigncTons disaient : « Ce n'est pas nous qui ne voulons point de roi, nous en voulons un: ce sont les gros de la ville qui ne le veuillent pas « (Brkvnot, h, 5i : 7 mars 1594).
a. Sur une poi)ulation totale d'environ i5. 000 habitants, l'échevin t'ignalel, capitaine des murailles, évalue à 1.300 le nombre des royalistes, c'està-dire à peu près la moitié du nombre des hommes laits. Cf. Diiouox, op. cit., p. 10, note i.
3. Breunot, II, 5o-55. — Cf. aussi les Mémoires de Snllot. p. i5.
4. Breu.not, II, 5;j. — Arch.. inun. de Dijon, B -lii, f" 14!^.