A la pointe du jour
Au coup de l’angelus, chacun se découvrait et s’inclinait pour la Salutation Angélique. C’était l’heure du dîner. Si les travaillants étaient aux champs, et qu’il n’y eut pas de cloche au clocher de l’église pour sonner l’angelus, comme cela arrivait souvent, on huchait 1 après eux, de la maison, ou, s’ils étaient trop éloignés, on les appelait avec un borgo2.
Le dîner pris, les vieux se ouêtr aient 3 une escousse 4 ; si la dinette s’était faite aux champs, les vieux et tout le monde se ouêtr aient un élan (même sens que escousse).
Les familles étant toujours très nombreuses, chacun faisait sa propre ouvrage 5. Pas de servant 6, pas de servante. A peine retenait-on temporairement les services cl’un engager ou d’une fille engagère 7 . Il était difficile qu’il en fût autrement, garçons et filles se mariant aussitôt qu’ils étaient grandets 8, trop jeunes, le plus souvent, pour aller en service.
L’autorité du père et de la mère était absolue. Quand ils avaient dit, (avaient donné un ordre), personne n’eut osé
1. — Ce verbe qui est actif en France : hucher quelqu’un, est neutre en Acadie ; hucher après quelqu’un, ou à quelqu’un. On huche à quelqu’un lorsqu'il est à portée de comprendre ce que l’on veut dire, et apres quelqu’un, pour attirer son attention, lorsqu’il est loin. S’emploie aussi absolument : Si tu as huché, je ne t’ai pas entendu. J. Cartier, 2ème Voyage, nous parle d’un “ grand nombre de peuple du dit Donnacona, huchans et hurlans toute la nuit, comme des loups. ”
2. — Porte-voix fait avec une corne de bœuf, dans laquelle on souffle.
3. — Ce mot d’un usage universel signifie se mettre à l’abri, se reposer, faire un petit somme. Après dîner, les ouvriers se ouêtrent avant de se remettre au travail, durant les grandes chaleurs de l’été, font la sieste.
■ — Entre te ouêtrer, on va avoir de l’orage. — Je suis fatiqué, je vais me ouêtrer une petite élan, avant de me remettre à l’ouvrage. Ouêtrer donnerait vêtrer, en bonne orthographe française, où il n’y a pas de lettre qui rende le son du w anglais.
4. — Petit espace de temps. Le temps de s ’escouer, ou, ce qui est la même chose et le même verbe, de se secouer. Employé par les meilleurs auteurs du xvue siècle.