‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 120 sur 179 · Prononcé abattouê, pour abattoir · texte numérisé non relu

Prononcé abattouê, pour abattoir

Choses de Religion

La religion des Acadiens d’empremier se traduisait par les oeuvres plutôt que par des professions de foi emphatiques. Ils avaient leur droite conscience et leurs missionnaires pour les diriger dans la voie spirituelle et morale, et cela leur suffisait.

L’église paroissiale s’emplissait, dimanches et fêtes d’obligation, depuis le portail jusqu’au jubé1, et, quand le prêtre montait dans la chaise 2 , le silence le plus recueilli écoutait sa parole. Si quelque tout petit se mettait à crier, (pleurer) la mère sortait sur le bout des pieds, pour ne pas faire crâler 3 ses souliers, faisait par en dehors le tour de l’église et venait se placer derrière l’autel, afin de ne rien perdre de la parole sainte.

L’allure du chant liturgique était très lente, comme pour faire durer les offices divins. Etre maître chantre, avoir le droit de se revêtir d’un surplis, de traverser le chœur4, d’aller faire la génuflexion devant l’autel, en face même du bon Dieu, était un honneur suprême, auquel chacun aspirait. Aussi tous ceux qui avaient de la voix pour chanter apprenaient-ils la note5.

1. — Le jubé de nos églises est une galerie latérale qui en fait tout le toùr, à l’exceptittn du sanctuaire, où s’élève l’autel.

2. — Chaire n’est qu’une altération du mot chaise. Sous Louis XIV, on disait à Paris une chaise de théologie ”. A. Brachet, Dict. Molière, Femmes Savantes, nous assure que : “ Les savants ne sont pas que pour prêcher en chaise. ”

Dans l’Avranehes on dit encore, comme en Acadie, chaise pour chaire.

3- — Les Canadiens diraient : craquer ses souliers. Bruit qu’on fait, quelquefois, en marchant avec une paire de souliers neux (neufs). On dit aussi : le vent fait crâler la maison. C’est probablement une onomatopée, quoique grottes, en Normandie, se dise encore pour vieilles savates, comme on le disait en vieux français.

4. — Le chœur s’entend pour le sanctuaire. Le chœur des chantres, le lutrin, était placé dans le sanctuaire même, et l’est encore, dans un grand nombre d’églises.

5. — La musique Savoir la note c’est savoir le plain-chant ; c’est chanter au lutrin, lire la musique notée. “ Messe sans note”, en v. fr. signifiait une basse messe. “ Molt sot de lais et de note” . Rom. de Brut., i. 178. “ Il ooit (entendait) a note (avec chant) ses heures. ” Joinville, Saint Louis.

A l’offertoire, ou à la communion, on chantait un cantique de France, pus parmi les plus beaux : “ Qu’ils sont aimés, grand Dieu, vos tabernacles ;x Tout n’est que vanité, mensonge et fragilité , etc. Durant tout le carême c’était : Au sang qu’un Dieu va répandre1 2 3.

La plus haute autorité laïque de toute la paroisse était le marguiller, prononcé mardiyer. Le premier mordiller, — il y en avait trois pour chaque fabrique — gardait l’une des deux clefs du coffre4 5; le prêtre avait l’autre. Ils s’assisaient 5 au bancd’œuvre, le dimanche, durant les saints offices.

Après les marguillii’s, mais bien au-dessous, venaient les syndics 6 7 8. Il y avait un syndic pour chaque section de la paroisse.

Lne bien louable coutume, perdue malheureusement, qui rappelle la multiplication des pains et des poissons sur la montagne, est celle du pain bénit. Le chanteau — nos gens disent château 7 — était réservé au prêtre, qui le faisait parvenir, discrètement, à quelque nécessiteux de la paroisse.

Rien de moins puritain que le saint jour du dimanche, parmi les Acadiens ; jour de repos et de prière, cependant. La cueillette3 d’un pauvre, ou d’une veuve, était-elle en perdition, les jeunes gas se réunissaient, le dimanche après-midi, avec la permission du missionnaire, et allaient, panni les chansons, le

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