Croustilleux
3. — Au xviie siècle, poitrine choquait les oreilles pudiques. Vaugelas le condamne. Corneille lui substitua le mot estomac : “je vais lui parler, mon estomac ouvert, Le Cid. Mamelle et sein, pour la même raison, furent proscrits par les purs. On était pudibond çà fait trembler, au siècle de Louis XIV et de Mme de Montespan.
4. - — Jouir ne signifie pas seulement, en Acadie, se réjouir, se divertir, comme le mot anglais to enjoy , mais encore maîtriser, contrôler, “ avoir la jouissance ” d’une chose : Cet enfant est assez escrable, je ne peux pas en jouir ; mon cheval avait peur, je ne pouvais pas en jouir.
Les Canadiens, apparemment plus pudibonds encore que nous, disent :
Nous irons jouer dans l’île.
En Acache, une petite fille jouera, sans se compromettre, avec
une catin , et un jeune homme peut, sans inconvénient, aller voir les filles1 2.
Une jeune fille peut se laisser honnêtement courtiser par son amant, et être chastement sa maîtresse 3 4 5.
Dans un pays où les jeunes filles se mariaient entre quatorze et dix-huit ans, les garçons entre dix-huit et vingt-et-un, et où les familles de douze enfants et plus n’étaient pas rares, le diable perdait le meilleur des droits qu’il prélève ordinairement sur les infractions du sixième et du neuvième commandement. Jamais de naissance illégitime, et jamais d’adultère, en Acadie^ avant le Grand-Dérangement.
Pour tout çàA, la jeunesse est la jeunesse, et tous les tempéraments ne se ressemblent pas, celui des jeunes filles pas plus que celui des garçons.
Une jeune fille un peu garçonnière était une jambreteuse, voire, une coureuse. Elle avait le pied 'poudreux ; elle pouvait même être sergaillonne. Si elle l’était trop, elle forlaquaü, elle était forlaqueb, (ou forlacque) . La langue ne connaissait pas d’expression plus forte.